Pétition, appel au boycott... la venue de Bertrand Cantat à Grenoble prend un tournant politique

Comme dans plusieurs villes où il était programmé, la venue de Bertrand Cantat à Grenoble divise jusqu'au conseil municipal. Une pétition a même été lancée par "Osez le féminisme" pour demander à Eric Piolle d'annuler le concert.

Bertrand Cantat lors d'un meeting EELV à Bordeaux le 17/05/14
Bertrand Cantat lors d'un meeting EELV à Bordeaux le 17/05/14 © Thibaud Moritz/MaxPPP
Bertrand Cantat persona non grata à Grenoble... L'ex-chanteur de Noir Désir, puis de Détroit, doit se produire à la Belle électrique pour deux dates les 13 et 14 mars prochain.

Si les dates, annoncées depuis décembre dernier sont complètes, la venue du chanteur en crispe plus d'un et agite les réseaux sociaux depuis quelques semaines.



Beaucoup demandent en effet l'annulation du concert du chanteur condamné à huit ans de prison pour le meurtre de Marie Trintignant en 2004 et libéré en 2011. Une pétition a même été lancée par Osez le féminisme 38 il y a quelques jours qui ne recueille pour le moment que 250 signatures.

Cette pétition prend modèle sur une autre initiative, qui concerne également la venue du chanteur au festival Papillons de nuit, en Normandie, le 18 mai prochain. Elle recueille quant à elle, plus de 70 000 signatures.

C'est que là où l'ancienne gloire du rock français des années 90 passe... le malaise s'installe.


Pour Jenny Ducoli, l’une des militantes à l’origine de la pétition grenobloise, il ne s’agit pas "de censurer l’artiste", qui reste malgré l’accomplissement de sa peine, symbole des violences faites aux femmes.

C’est surtout l’enquête du Point, publiée en novembre 2017 qui est dans toutes les têtes. Cet article, censé être basé sur le témoignage d’un ex-membre du groupe, fait le portrait d’un homme violent, capable d’emprise psychologique sur ses proches et qui aurait déjà tenté d’étrangler son ex petite-amie.

Pour le moment, les quatre membres du groupe ont démenti ces informations.

La militante, qui rappelle qu'une femme "meurt tous les 2,7 jours sous les coups de son compagnon ou ex-compagnon" évoque aussi un climat plus propice à la prise de parole des femmes, dans le sillage du séisme Weinstein et des hashtags #MeToo et #Balancetonporc. Elle espère que les élus prendront leur responsabilité. Si l'événement était maintenu, elle se dit prête à organiser un rassemblement devant la salle.

Du côté des élus justement, Matthieu Chamussy (LR) président du groupe de l'opposition au conseil municipal, a publié une lettre pour demander à Eric Piolle d'exprimer, au minimum, "sa profonde désapprobation".
 


Sans appeler pour autant à l'annulation de l'événement, l'élu de droite reproche au maire son silence sur le sujet. Emmanuel Carroz, adjoint au maire à l’égalité des droits et à la vie associative, reconnaît "un phénomène d’émotion" mais dénonce "une volonté de faire le buzz" et "des attaques politiciennes".

Le directeur de la salle, Frédéric Lapierre s'est finalement exprimé ce mardi soir. Il dit comprendre "l’émotion et le débat que sa venue puisse susciter" mais assume faire le choix "de programmer un artiste important de la scène rock française" et laisser aux publics "leur liberté de venir ou pas à ces concerts, et de se forger leur propre opinion sur l’artiste".

L’association Mixlab, gestionnaire de la salle La Belle électrique, est en contrat de délégation de service public avec la ville de Grenoble. 

Parmi les concerts de Bertrand Cantat programmés, celui de Saint-Nazaire a été annulé et l'Ardèche Aluna festival, où il devait se produire le 14 juin prochain a également annulé la prestation du chanteur.


 

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