«Le policier m'a dit: "si tu bouges, t'es mort"»: deux collégiens grenoblois portent plainte contre des agents de police

Deux collégiens assurent avoir été pris en chasse et frappés par plusieurs membres des forces de l'ordre, mardi 3 novembre, à la sortie de leur établissement, à Grenoble. Soutenues par les professeurs, les familles des élèves ont porté plainte contre des policiers. 

Le collège Vercors, à Grenoble.
Le collège Vercors, à Grenoble. © Capture d'écran Google Maps
Youness cherche ses mots, mais ne se démonte pas. Choqué par les événements, le garçon de 14 ans, scolarisé au collège Vercors de Grenoble, revient encore une fois sur l'après-midi du 3 novembre : "J'ai vu mon copain Abderrahmen se faire frapper. Un policier m'a dit 'si tu bouges t'es mort'. Il m'a mis un coup de genou dans la hanche droite, m'a fait une clef de bras. Puis ils nous ont emmenés dans une sorte de chapiteau. Ils nous insultaient."

Mardi 3 novembre, vers 16h30, alors que Youness, Abderrahmen et deux autres élèves de troisième – qui n'ont pas été interpellés – sortent du collège, sans masque, des policiers, un peu plus loin, les apostrophent. "On ne voulait pas se prendre une amende, donc on a couru", explique le jeune Grenoblois. "Quand il est rentré, mon fils m'a dit qu'il avait fait une bêtise, par rapport à son masque, raconte Lahouaria Khacir, mère d'Abderrahmen. Mais il a avait très peur. Depuis, il ne passe plus par le parc pour se rendre au collège."

Il s'agit du parc Emile-Romanet, en face de l'établissement, vers lequel les collégiens, d'après leur récit, se dirigeaient lorsque les agents de police les ont violemment interpellés. "L’un d’eux a été mis à terre par une balayette, il a ensuite été plaqué et maintenu au sol de manière brutale par un agent de police qui l’écrasait en lui comprimant le dos avec ses genoux. L’élève a fini par être relevé en étant tiré par sa capuche ; cela l’étranglait et il a signalé à plusieurs reprises qu’il avait mal. A ce moment-là, un agent est intervenu pour demander à ses collègues d’arrêter", précise la communauté éducative du collège Vercors dans un communiqué. Les forces de l'ordre auraient alors demandé les carnets de correspondance des deux garçons, avant de les laisser partir. 

"Les enfants ont été passés à tabac"

De retour en classe, mercredi 4 novembre, Youness et Abderrahmen se plaignent de douleurs. Interrogés par leurs professeurs, ils se confient alors sur les événements de la veille. "Ils avaient des traces de coups. Ils se sentaient mal. Pour moi, les enfants ont été passés à tabac", déplore Pablo Guevara, professeur au collège Vercors, affilié au syndicat Sud Education. 

La communauté éducative assure avoir signalé ces faits à l'inspection académique et à l'administration de l'établissement, qui aurait pris contact avec le référent police. "Nous avons également accompagné les familles pour qu'elles portent plainte", continue Pablo Guevara. Chose faite dimanche 8 novembre avec, à l'appui du témoignage des deux élèves, celui d'un autre camarade, témoin de la scène. 


Pas de communication de la part des forces de l'ordre

"Presque que tous les professeurs du collège nous ont accompagné au commissariat, sourit Lahouaria Khacir. Au début, j'avais hésité à porter plainte. Mais quand je me suis rendu compte qu'en plus le policier lui avait demandé ses origines, qu'il lui a dit : 'Je vais te mettre dans une cave', j'ai trouvé ça vraiment choquant. Je suis très en colère."

"Comment le fait de ne pas porter un masque et de prendre peur a-t-il pu déchaîner une telle violence ? Serait-ce parce qu’ils vivent dans un quartier populaire qu’ils sont ainsi les premiers contrôlés et stigmatisés dans le contexte politique et sanitaire actuel ?",
se sont à leur tour indignés les enseignants, dans leur communiqué. Contactée ce jeudi, la direction départementale des services de police n'a pas souhaité communiquer. 

Presque dix jours après les faits, dans ce collège de 400 élèves, classé en réseau d'éducation prioritaire, la colère reste intacte. "C'est quelque chose qui va les marquer, reprend Pablo Guevara. Alors on tient à dire aux élèves que même si cela peut arriver, ce n'est pas normal."
 
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