Le procès de quatre ex-patients du chirurgien de Grenoble, attaqués en diffamation, est renvoyé

Quatre ex-patients du Dr V. et trois organes de presse comparaissaient en diffamation ce mercredi à Grenoble. / © France 3 Alpes
Quatre ex-patients du Dr V. et trois organes de presse comparaissaient en diffamation ce mercredi à Grenoble. / © France 3 Alpes

L'avocat du Dr V., chirurgien grenoblois soupçonné d'avoir effectué des opérations abusives sur des dizaines de patients, a sollicité ce mercredi le renvoi du procès en diffamation qu'il avait intenté contre quatre ex-patients de son client et trois organes de presse.

Par M.D. avec Christelle Nicolas et Vincent Habran

"On a déjà atteint notre objectif", glissait Me Bernard Boulloud avant même d'entrer dans la salle d'audience. L'avocat du docteur V., chirurgien grenoblois soupçonné d'opérations abusives sur une soixantaine de patients, a sollicité un renvoi du procès en diffamation qu'il a intenté contre quatre ex-patients de son client et trois organes de presse (Le Parisien, Le Dauphiné Libéré et 20 Minutes). L'audience qui se tenait ce mercredi 9 octobre au tribunal de grande instance de Grenoble est donc reportée au 20 novembre.

"J'ai fait cette demande de renvoi parce-que le débat n'était ni loyal ni contradictoire", explique Me Boulloud qui dit avoir reçu les conclusions des avocats des parties adverses il y a seulement quelques jours. Le médiatique avocat du chirurgien orthopédiste annonçait en mai déposer une série de plainte pour "calmer les ardeurs de certains", regrettant la "violation de la présomption d'innocence" de son client dans plusieurs articles de presse.
 

Journalistes et ex-patients, qui ont été nombreux à s'exprimer dans la presse depuis le début de cette affaire, risquent jusqu'à 12.000 euros d'amende s'ils ne parviennent pas à prouver leur bonne foi lors de la prochaine audience. Dans Le Parisien, la famille d'une victime présumée avait notamment accusé le chirurgien de Grenoble d'être responsable d'un décès.

"L'indécence de ce chirurgien persiste puisqu'il impose de nouveaux délais de procédure à des gens qui se véhiculent en chaise roulante", a dénoncé pour sa part Me Edouard Bourgin, l'avocat des victimes présumées du chirurgien. Représentant les quatre ex-patients appelés à comparaître ce mercredi, l'avocat estime que cette procédure en diffamation "va faire « pshit » puisqu'elle est pétrie de nullité".

 

Suspension confirmée


"S'il y a eu des erreurs de procédure, j'en tirerai les leçons et les prochaines citations ne contiendront plus d'erreur", a rétorqué l'avocat du chirurgien, affirmant qu'il "recommencera autant de fois qu'il le faudra". Dans sa série de poursuites judiciaire entamée il y a quelques mois, le docteur V. avait également attaqué un médecin-conseil de la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM), l'accusant d'avoir "trafiqué la procédure d'enquête" qui le visait. Un recours débouté par la chambre disciplinaire de Lyon.

Car le médecin est suspendu depuis mai 2019 pour une durée d'un an et demi à cause des soupçons qui pèsent sur lui, rappelle encore Me Edouard Bourgin. Une suspension contestée en appel puis devant le Conseil d'Etat, mais finalement maintenue. "Une trentaine de citoyens, de juges ou de médecins ont estimé qu'il devait être suspendu en raison de sa dangerosité extrême, ce sont les termes de la décision de la section nationale disciplinaire", ajoute l'avocat.

Sur le fond de l'affaire, l'instruction est toujours en cours. "Une trentaine de cas problématiques" est étudiée par un juge d'instruction, selon Me Bourgin. Il est toujours reproché au Dr V. d'avoir souvent pris des décisions d'opérer sans disposer "de tous les éléments nécessaires" et surtout de ne fournir "aucune explication convaincante" sur une trentaine de complications postopératoires. Plusieurs de ses ex-patients souffrent aujourd'hui de handicaps lourds, la justice devra déterminer la responsabilité du médecin dans ces séquelles.

Reportage Vincent Habran, Gilles Ragris & Azedine Kebabti

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