“Grenoble est au bord de la faillite” : ce qu'il faut retenir du retour d'Alain Carignon au conseil municipal

Les manifestants s'opposent au retour d'Alain Carignon au Conseil municipal ce 16 décembre. / © Jordan Guéant / France 3 Alpes
Les manifestants s'opposent au retour d'Alain Carignon au Conseil municipal ce 16 décembre. / © Jordan Guéant / France 3 Alpes

L'ancien maire de Grenoble Alain Carignon a fait son retour au conseil municipal ce lundi, à la faveur d'un jeu de chaises musicales. Des manifestants se sont rassemblés pour s'opposer au candidat qui a notamment pris la parole sur la question de la dette. Voici ce qu'il faut retenir de la séance.

Par France 3 Alpes

Les débats ont été mouvementés au conseil municipal de Grenoble. La séance du lundi 16 décembre, dédiée au vote du budget, a été marquée par le retour de l'ancien maire Alain Carignon, grâce à un habile jeu de démissions et de remplacements. Le candidat sans étiquette aux élections municipales de 2020 a largement débattu avec Eric Piolle, l'actuel élu EELV. Et ses relations ne sont pas non plus au beau fixe avec le chef de file du groupe de droite, Matthieu Chamussy. Ce dernier ne fait plus partie de LR mais il reste une voix forte au sein de l'opposition.

Manifestation contre le retour de Carignon, débats, prises de position... Voici ce qu'il faut retenir de cette séance houleuse que vous pouvez visionner en intégralité dans notre article.
 

 

Démarrage sur les chapeaux de roue


Chacun a pris la parole sur la question du budget et de la dette. Plusieurs membres de l'opposition de droite dont Matthieu Chamussy et Richard Cazenave. Les membres de l'équipe municipale défendent un à un les choix budgétaires de la majorité. Le maire Eric Piolle n'a répondu à aucune des attaques à son encontre. 

Yann Mongaburu a évoqué les baisses de dotation de l'Etat en avril 2014. "Je m'étonne que certains découvrent cet effet ciseau". "Fallait-il baisser le budget de la propreté, des crèches ou de la Police Municipale ? Nous avons fait le choix de protéger le service public" a-t-il affirmé. 
 

"Pour la première fois le nombre de voitures possédées diminue, si cela est possible c'est parce que nous avons pu offrir de nouveaux modèles de mobilité (...) c'est un enjeu de justice sociale et énergétique" a jouté le conseiller délégué à l’Intercommunalité et président du SMTC, Syndicat Mixte des Transports. L'ancien maire Alain Carignon, candidat à nouveau, est intervenu longuement quelques minutes auparavant. 

"Grenoble est au bord de la faillite" a-t-il affirmé. Mais sur la question de la dette qui lui est imputée, l'ancien maire n'est pas d'accord, "L'endettement de Grenoble il est le vôtre. Vous avez plus emprunté que nous, on peut se demander pourquoi, vu les résultats". Quelques minutes auparavant Hakim Sabri, l'adjoint aux Finances, avait en effet présenté un graphique sur l'évolution de la dette de la Ville, avec une hausse au début des années 90.

Matthieu Chamussy d'éjouter : "Les dépenses augmentent plus vite que les recettes à Grenoble""Les impôts vous les avez augmentés significativement avec un double effet négatif (..) vous avez supprimé l'exonération des taxes foncières pour les logements neufs. Vous avez créé un impôt, ce n'est pas rien !"

Hakim Sabri, l'adjoint aux Finances, a nuancé : "Non Grenoble n'est pas la ville la plus endettée de France" (...) l'encourt de dette a baissé entre 2019 et 2020, il ne faut pas travestir la réalité". "Vous avez fait la cigale", a tout de même martelé Alain Carignon. "En septembre 2019, 24 ans après mon départ, vous avez lancé un appel d'offres pour bénéficier d'un conseil de gestion de la dette. L'été dernier vous vous êtes réveillés, pour traiter la dette Carignon (...) ce n'est pas sérieux". 

"En 2014, vous avez emprunté une douzaine de millions d'euros."
ajoute-t-il. "Sous vos mandats Grenoble est devenue la ville de plus de 100.000 habitants avec le taux de taxe foncière le plus important". L'ancien maire évoque également la fermeture de la piscine de la Villeneuve, de même que le budget alloué à l'entretien des gymnases. "Avec 400.000 euros rien ne sera possible" affirme-t-il. 

 

Échange d'amabilités


Eric Piolle propose de boire un verre et s'adresse à Alain Carignon : "avec ironie je suis très heureux de votre retour et je vous propose de boire un verre de cette eau que vous avez vendue". Allusion à la privatisation du service de distribution de l'eau. Rires dans la salle. 

Quelques minutes auparavant, Alain Carignon critiquait le Plan Lumière juste avant le vote du budget qui lui est alloué : "la ville est plongée dans le sombre (...) du fait de l'insécurité de la ville, les plus faibles se sentent en danger". Réponse du conseiller municipal et métropolitain Alan Confesson : "aucune rue de Grenoble n'est dans le noir, c'est typiquement une fake news."

Eric Piolle prend la parole avant les votes, après avoir entendu  : "il faut éviter de tomber dans les fake news comme au sujet de l'immobilier de la ville (...) Grenoble fait partie du top 3 des villes les plus attractives, et nous avons vu une recrudescence de l'arrivée des étudiants à Grenoble". 

"Ce budget est dans la ligne du projet défendu dans ce mandat "ajoute-t-il.  Le maire évoque trois axes : la sobriété concernant la dépense publique, l'efficacité avec par exemple une augmentation des effectifs et des équipements de la Police municipale, et la transition énergétique avec l'investissement majeur dans le bâti, l'accompagnement des enfants, ou la gratuité des bibliothèques...

 

Les amendements 


Alain Carignon propose un amendement : allouer les 630 000 euros prévus pour la remise en état de la salle municipale, à des travaux urgents dans les équipements sportifs et culturels de la ville. Il n'est pas accepté. 

Sur la question du Crédit Agricole, "acquisition jugée suspecte par la Cour des Comptes", poursuit l'ancien maire, "je propose que ces crédits soient affectés aux gymnases, ou à la piscine Vaucanson qui en a bien besoin... "Je propose de revendre ce siège plutôt que le conserver."  Lucille Lheureux l'adjointe aux Espaces publics et à la Nature en ville précise que le siège n'est plus celui d'une banque. 

Pendant ce temps Olivier Noblecourt annonce sa candidature à la mairie de Grenoble. Sans grande surprise, il sera tête de liste de Grenoble Nouvel'Air, dont il a initié la création en octobre. Depuis octobre 2017, il est par ailleurs délégué interministériel à la prévention et à la lutte contre la pauvreté des enfants et des jeunes. 
 


 

Manifestation contre le retour de l'ancien maire


"Grenoble Levallois même combat", "Balkany Carignon ce n'est pas qu'une question de pognon", ou encore "Comité de jumelage avec Levallois-Perret"... Tels étaient les slogans affichés par les manifestants. 

Une façon de comparer Alain Carignon, condamné en 1995 pour corruption, avec Patrick Balkany, actuellement incarcéré pour fraude fiscale. Le maire LR de Levallois a par ailleurs été hospitalisé jeudi, quelques jours avant son procès en appel. 
 
Les manifestants devant les locaux de la Métro où se tient le Conseil municipal. / © Jordan Guéant / France 3 Alpes
Les manifestants devant les locaux de la Métro où se tient le Conseil municipal. / © Jordan Guéant / France 3 Alpes

 

Comment Alain Carignon a-t-il pu revenir ?


Pour comprendre ce retour, il faut revenir aux élections municipales de 2014. A l'époque, le candidat de l'UMP Matthieu Chamussy se voit imposer la présence d'Alain Carignon sur sa liste, à la neuvième place. Or son score assez faible, 23,99%, n'envoie que sept co-listiers au Conseil municipal. 

Ce retour, Alain Carignon le convoitait de longue date. Mais pour ce faire, il fallait qu'un conseiller municipal du groupe démissionne. Et aussi, que la huitième de la liste, Brigitte Boer, lui cède sa place.

Cette proche de l'ancien maire le lui avait promis. Restait donc l'occasion. Elle est arrivée en novembre dernier avec Nathalie Béranger, qui a accepté de se désister en sa faveur. La conseillère régionale et communautaire a annoncé dans la foulée son soutien à l'ancien maire. Le voici donc de retour au Conseil municipal, 24 ans après son départ et ses démêlés avec la justice.

Ce soir c'est le vote du budget. Les débats s'annoncent mouvementés avec le maire EELV de Grenoble Eric Piolle. Les relations ne sont pas au beau fixe non plus entre Alain Carignon et le chef de file du groupe de droite, Matthieu Chamussy. Ce dernier ne fait plus partie de LR mais il reste une voix forte au sein de l'opposition. 

 

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