"Si on ne peut pas quitter la vie, c'est une prison" : le témoignage de François Galichet, militant du suicide assisté

François Galichet fait partie des dix militants mis en examen, soupçonnés d'avoir aidé des personnes qui souhaitaient mettre fin à leurs jours à se procurer un produit interdit en France. Cet ancien professeur de philosophie, militant de l'association Ultime Liberté, témoigne.

François Galichet, militant pour la légalisation du suicide assisté, le mardi 9 mars 2021.
François Galichet, militant pour la légalisation du suicide assisté, le mardi 9 mars 2021. © Cécile Mathy - France 3 Alpes

François Galichet est un ancien professeur de philosophie, ancien vice-président de l'association Ultime Liberté et ancien responsable du groupe isérois Ultime Liberté, qui milite pour la légalisation du suicide assisté et de l'euthanasie volontaire. "La liberté de disposer de sa personne, de son corps et de sa vie et donc de se donner la mort", est-il précisé sur leur site Internet. Cet ancien professeur de philosophie, âgé aujourd'hui de 78 ans, fait partie des dix militants mis en examen en fin de semaine dernière pour "propagande en faveur de produits permettant de donner la mort", "complicité d'importation, détention et acquisition de plantes classées comme psychotropes" et "complicité d'importation en contrebande de marchandises dangereuses pour la santé publique". Elles sont soupçonnées d'avoir permis à des personnes souhaitant mettre fin à leurs jours de se procurer du Pentobarbital-Natrium, un produit interdit en France. Depuis son domicile isérois, François Galichet témoigne ce mardi 9 mars au micro de France 3 Alpes.

Quelle est votre réaction après votre mise en examen ?

J'ai eu le sentiment d'une très grande disproportion. Mobiliser 60 à 70 gendarmes ou policiers dans toute la France pour interpeller et garder à vue des septuagénaires et des octogénaires, tout ça parce que des personnes ont aidé des personnes aussi âgées en général à acquérir le moyen de mourir sereinement, tranquillement, dignement, c'est prendre un marteau pilon pour écraser une mouche.

Qu'avez-vous rééllement fait par rapport à ces personnes qui souhaitaient mettre fin à leurs jours ?

On a toujours dit que nous aidions les personnes à se procurer les moyens de quitter la vie tranquillement. Cette démarche est illégale, ça n'a jamais été nous associations qui avons commandé le produit, le Pentobarbital. C'est ce que soupçonnaient les juges, une association qui faisait du trafic. Nous avons aidé les personnes à commander elles-mêmes le produit. Mais nous nous sommes interdits toute commercialisation ou commande.

"C'est peut-être illégal, nous ne le contestons pas, mais c'est parfaitement légitime."

De quoi êtes-vous accusé ?

Je suis accusé de complicité d'acquisition de substances interdites. Dans la République française, il y a le principe de fraternité qui figure dans la consitution. Le conseiller constitutionnel a affirmé récemment que la fraternité pouvait s'appliquer même à certains actes illégaux. Par exemple, pour des personnes qui ont aidé des migrants en grand danger en les hébergeant, elles ne pouvaient être poursuivies pour ces faits-là. Nous allons plaider ce principe de fraternité, nous plaiderons ce dossier ainsi. C'est peut-être illégal, nous ne le contestons pas, mais c'est parfaitement légitime. Lors du débat sur l'IVG (interruption volontaire de grossesse), des personnes ont commis des actes illégaux pour permettre que l'IVG devienne un droit légal reconnu partout.

Etre mis en examen, c'est un bon moyen de médiatiser votre combat pour la légalisation du suicide assisté...

Nous ne souhaitions pas être mis en examen, mais puisque nous le sommes et que ce n'est pas de notre faute, on va utiliser le procès s'il y a procès, naturellement. Nous expliquerons ce que nous avons fait, pourquoi nous l'avons fait, et pourquoi ce que nous avons fait répond à la demande de 95 % des Français, tous les sondages sont favorables à une aide à mourir.

Pourquoi, selon vous, le suicide assisté n'est-il pas en passe d'être légalisé ?

C'est difficile, il y a des résistances qui viennent de certains lobbys, le lobby médical d'abord, les médecins en France ont souvent été très conservateurs. Ils évoquent le serment d'Hippocrate qui leur dit d'aider la vie et de ne pas donner la mort, mais personne ne leur demande de donner la mort, juste de ne pas l'interdire, de ne pas l'empêcher. Il y a aussi le lobby religieux : l'Eglise catholique en particulier, mais pas seulement, est très hostile à l'idée de mourir dignement, volontairement, ce qui est paradoxal. Le Christ, dans l'Evangile de Saint-Jean, a dit : "Ma vie, personne ne me la prend, c'est moi qui la donne." Un chrétien devrait plus que les autres, pour suivre le Christ, accepter que la liberté de mourir fasse partie des libertés accordées par Dieu. L'Eglise catholique n'a pas ces doctrines et résiste à ce droit. 

"Si on ne peut pas quitter la vie, c'est une prison et une prison, on ne peut pas l'aimer."

Vous faites le parallèle entre la fin de vie et les mariages arrangés et les naissances avant la contraception...

Pour aimer la vie, il faut être libre de la quitter. De même que quand les mariages étaient arrangés, jusqu'au 18-19e siècle, les mariages étaient souvent forcés, organisés par les parents, il était difficile d'aimer son conjoint. C'est la liberté de choisir son conjoint qui a permis à l'amour de s'épanouir. Même chose pour les enfants. Quand on avait des enfants parce qu'on ne pouvait pas faire autrement, on les aimait mais pas toujours, c'était un enfant pas désiré. Depuis la contraception, on peut choisir d'avoir ou pas des enfants, des enfants qu'on va aimer. Pour la vie, c'est la même chose. Si on ne peut pas la quitter, c'est une prison et une prison on ne peut pas l'aimer.

Vous êtes ancien professeur de philosophie. Cette discipline vous a t-elle aidé à avoir ces convictions ?

Je cite cette phrase de Cioran : "Sans l'idée du suicide, je me serais tué depuis longtemps." C'est une phrase contradictoire mais très profonde. Si je n'ai pas la possibilité de quitter la vie, je ne peux pas l'apprécier. Je me suis beaucoup interessé à la philosophie avec les enfants, dès l'école primaire et maternelle. Les enfants souhaitent parler des questions fondamentales : le bonheur, l'amour, la mort. Comme les enfants on besoin de parler de ces questions-là, je me suis dit que peut-être aussi, les personnes âgées, c'était la même chose. Etre libre de choisir le moment où on quitte la vie, c'est une manière de philosopher, de réfléchir sur sa vie en philosophe et de la penser au lieu de la subir.

Le reportage de V. Habran et de C. Mathy

 

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