Vaccination contre le Covid : désert hier, le vaccinodrome de Grenoble pris d'assaut ce jeudi à cause d'une "rumeur"

Le vaccinodrome d'Alpexpo a fait face ce jeudi 29 avril à une curieuse situation : dès la première heure, des centaines de personnes se sont ruées pour se faire vacciner, sans rendez-vous, alors que le centre n'avait a priori pas élargi les critères.

Le vaccinodrome désespérément déserté hier 28 avril, a été pris d'assaut à l'extérieur ce matin
Le vaccinodrome désespérément déserté hier 28 avril, a été pris d'assaut à l'extérieur ce matin © France 3 Alpes

Malgré la pluie, ils se sont rués par dizaines, puis centaines, pour faire la queue aux portes du vaccinodrome d'Alpexpo et se faire vacciner. Au cours de la matinée la file de l'attente n'a cessé de s'allonger.

Comment expliquer ce phénomène ? Certes, une de nos équipes, en tournage la veille, avait montré que de nombreux créneaux de vaccination restaient disponibles dans ce méga centre inauguré le 9 avril pour accélérer la campagne de vaccination encore à la traîne.

Alpexpo quasiment désert ce mercredi 28 avril. Reportage France 3 Alpes : D.Despin, G.Ragris &S.Villatte

 

Certes, face au nombre de créneaux vides, nombreux sont ceux qui ont plaidé ces derniers jours pour une ouverture plus large des critères des personnes éligibles au vaccin, dans le milieu médical entre autres, à l'instar de Jean-Paul Stahl, professeur émérite de maladies infectieuses à l’université de Grenoble. 

L'idée flottait donc dans l'air du jour, la rumeur s'est chargée de la suite et twitter a fait, comme souvent, boule de neige.

Sur les réseaux sociaux, il s'en est fallu de peu. De quelques-uns qui sont en effet passés entre les gouttes des critères définis, ce matin, et qui l'ont clamé, pour que le flot de volontaires afflue à Alpexpo. Beaucoup ont alors été persuadés de pouvoir être vaccinés à leur tour, au fil de l'eau, même s'ils ne répondaient pas aux critères pour l'instant toujours définis.

La file d'attente s'est étendue au point que les personnes qui avaient pour leur part leur heure de vaccination fixée ont eu quelques difficultés à se frayer un passage, à l'instar de Domy Vadrouille qui glisse ceci dit au passage "qu'elle n'entrait pas dans les critères" (sic).

 

Conséquence : branle-bas de combat à la direction du CHU Grenoble-Alpes, qui tient à désamorcer la rumeur : "non, la vaccination n'est pas ouverte à tous" et elle le tweete.

 

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Nous n'avons aucune consigne d'élargissement des publics éligibles

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Jointe par téléphone, à l'issue d'une réunion d'urgence, la direction du CHU espère que la consigne va passer correctement auprès du public. "Nous ne voudrions surtout pas que cela tourne à l'émeute, et qu'en outre les gens attendent pour rien et finissent par s'énerver, par incompréhension", nous explique-t-on à la Direction de la Communication de l'Hôpital.

Il s'agit donc de clarifier les choses : en aucun cas, les critères de vaccination n'ont varié à Alpexpo, "même si ce matin quelques-uns dans la file d'attente ont pu se faire, exceptionnellement vacciner sans "cocher" toutes les cases en fin de matinée", explique Zoé Fertier. "Comme il nous est arrivé, rarement, de le faire certains jours en toute fin de soirée, quand tous les créneaux horaires étaient épuisés et que des personnes étaient encore là à attendre(...) si quelques-uns ont pu se faire vacciner hors critère, comme dans la grammaire française, ces exceptions ne font pas la règle", précise le CHU dans son tweet ce matin.

 

Quoi qu'il arrive, il ne faut pas se rendre sur place sans rendez-vous

 

En revanche, pas question de créer un appel d'air, et de gérer un tel afflux. Les consignes sont fermes : les personnes "non éligibles "ne seront pas vaccinées, et les agents de sécurité ne laisseront personne entrer sans attestation d'un rendez-vous, selon les critères ci-dessous, inchangés pour l'instant

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Si élargissement il y a, la vaccination ne sera possible que sur rendez-vous

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Le CHU nous a indiqué qu'aucune consigne d'élargissement ou d'ouverture n'avait été donnée pour l'instant. Une décision pourraît être prise, mais pas avant plusieurs jours, SI elle intervient.

Quoi qu'il arrive, les modalités resteront les mêmes qu'aujourd'hui, c'est-à-dire en ligne, ou à défaut par téléphone.

 

Une situation paradoxale ? "Nous ne jetons aucune dose"

Alors il faut reconnaître que vu de l'extérieur, le tableau semble paradoxal : le vaccinodrome qui est passé lundi dernier d'une capacité opérationnelle de 1300 injections par jour, à 2600, a pourtant même aujourd'hui des créneaux vacants, ce que n'ont pas manqué de relever, et de faire remarquer de nombreux internautes.

Et d'aucuns de faire part de leur énervement, mais aussi de leur incompréhension comme cet internaute, Duranddu53, qui s'interroge : "C'est quand même le monde à l'envers. Les gens veulent être vaccinés mais on les refuse. Par contre les gens qui sont en droit pour leur âge ou comorbidités eux n'y vont pas... Dans quel pays vit- on ?"

Le 12 avril dernier, le mégacentre de vaccination avait déjà connu un couac . Des enseignants de tous âges avaient  pu prendre rendez-vous pour se faire vacciner contre le Covid-19 au centre Alpexpo, mais une fois arrivés sur place , l'accès au vaccinodrome leur avait été refusé. 

Enfin un autre fait a pu aujourd'hui entretenir une certaine confusion, car dans certains départements, de grands centres avaient fait le choix de l'élargissement à tous les âges, à l'exemple du Stade de France, comme l'expliquent dans cet article nos confrères de France Inter. : "la direction du centre de vaccination ouvert au Stade de France, en Seine-Saint-Denis, a donné consigne de permettre l'accès au vaccin à toutes les professions listées comme prioritaires par le gouvernement sans limite d'âge".

Jusqu'ici les enseignants, les policiers, les agents d'entretien, les caissières de supermarché ou les chauffeurs de bus notamment pouvaient prendre un rendez-vous prioritaire mais seulement pour les plus de 55 ans. Au Stade de France, la limite d'âge n'est plus en vigueur.

"Il s'agit de décisions qui se prennent par territoire", nous indique le CHU de Grenoble, qui n'a pour sa part "aucune autorisation ou consigne de cet ordre".

Rumeur ou... fuite?

"Aucune consigne n'a officiellement été donnée, on reste sur les critères d'éligibilité actés au niveau national", a en effet répété en fin de journée la direction du CHU qui a toutefois reconnu "l'existence d'une tolérance ce jeudi matin, pour un faible nombre de personnes, alors que des créneaux étaient disponibles".

"Aujourd'hui, on a décidé de vacciner tout le monde et ça s'est ébruité", a confié à une journaliste de l'AFP sur place une responsable administrative du centre.

 "On a accepté les plus de 18 ans, avec ou sans ordonnance. C'est la première fois qu'on fait ça. Aujourd'hui, c'est un peu sans règle mais demain, ce sera plus restreint", a ajouté la responsable.

Prévenue par sa mère infirmière d'une tolérance sur les critères d'éligibilité dans la journée, Elise dit être partie "en mode express" au vaccinodrome, où elle a dû patienter deux heures pour recevoir son injection de Pfizer. Elle a rendez-vous le 1er juin pour la seconde.

"La première dose, c'est fait !" se félicitait la jeune étudiante de 20 ans, en sortant tout sourire des lieux aux côtés de deux amis.  En chemin, elle avait prévenu sa cousine, partie de Lyon en voiture pour bénéficier, comme elle, d'une vaccination improvisée.

Ce ne sera plus possible dans les jours qui viennent

 "Il y a eu un appel d'air pour boucher des trous mais on a été débordés" a témoigné  à l'AFP un pompier impressionné par l'affluence, "alors que les autres jours, le centre n'est pas plein".

C'est que la rumeur, qui était bel et bien une information d'une tolérance temporaire a circulé rapidement sur les réseaux sociaux, relayée par les médias locaux et a provoqué un afflux de volontaires devenu un peu délicat pour le coup à gérer.

 "On ne nous a pas dissuadés de partir, bien au contraire", indiquait dans l'après-midi Thomas, 26 ans, tandis qu'un peu plus loin, un responsable médical du centre invitait les derniers arrivés à rester dans la file d'attente malgré leur inéligibilité.

Car devant l'afflux de personnes et "pour ne pas provoquer d'incident", l'hôpital explique avoir distribué dans l'après-midi quelque "500 tickets d'accès" aux non-éligibles présents. "Ce ne sera plus possible dans les jours qui viennent", a cependant souligné la direction.

Le centre d'Alpexpo, qui administre les vaccins Pfizer ou Moderna, a une capacité de 2.600 injections par jour.

 

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