Des traces de polluants chimiques découvertes dans l'eau potable à Grenoble, les industriels nient leur responsabilité

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Grenoble : des traces de polluants chimiques découvertes dans l'eau potable, les industriels nient leur responsabilité ©France Télévisions

Deux rapports révèlent la présence de traces de polluants chimiques dans l'eau potable de l'agglomération grenobloise. Leur origine demeure incertaine, les plateformes chimiques de Jarrie et Pont-de-Claix affirmant ne pas en être responsable. Deux enquêtes sont en cours.

C'est une alerte qui n'en finit pas de faire des vagues. La capitale des Alpes, bâtie à la confluence de l'Isère, de la Romanche et du Drac, a tiré sa richesse de cette implantation. En témoigne l'épanouissement de multiples industries dans l’hydroélectricité, la papeterie et la chimie.

Des activités centenaires qui inquiètent depuis la publication, en septembre 2022, de deux rapports. Ceux-ci révèlent des traces de pollution d’origine chimique dans l'eau potable de l'agglomération : mercure, toluène ou encore chlorates et perchlorates.

"Ces rejets de polluants se font juste en face des champs de captage de l'eau potable de la métropole pour des centaines de milliers d'habitants", dénonce Raymond Avrillier, membre du conseil d'exploitation des régies Eaux et Assainissement de Grenoble.

Aucune étude n’a montré de corrélation entre nos rejets et la présence de traces de chlorate dans le champ captant de Rochefort.

Gilles Carraz, directeur de l'usine chimique

À France 3 Alpes

Selon le militant écologiste, ces produits toxiques proviendraient de la plateforme chimique de Jarrie, située à quelques centaines de mètres en amont des champs de captage d’eau potable et qui rejette ses eaux usées dans la Romanche.

Une responsabilité que rejette en bloc le directeur de la plateforme chimique. "À ce jour, aucune étude n’a montré de corrélation entre nos rejets et la présence de traces de chlorate dans le champ captant de Rochefort, soutient Gilles Carraz. Il faut noter qu'on trouve aussi des traces de chlorate et de perchlorate en amont hydraulique du site, amenées par les rivières que sont la Romanche et le Drac."

Lui met en avant les dispositifs de sécurité contre la pollution de l’eau comme des prélèvements quotidiens menés sur les rejets du canal usinier.

L'usine chimique, spécialisée dans la production de dérivés du chlore, est classée Seveso seuil haut. Elle se caractérise par un confinement hydraulique, un système de pompage qui empêcherait toute fuite de produits polluants dans la nappe phréatique. "Cela vise à empêcher tous les transferts entre les eaux souterraines et de garantir que tout ce qui est dans le sol du site de Jarrie y restera", ajoute Gilles Carraz.

Quelles responsabilités ?

Le lien entre ces traces de chlorates et de perchlorates retrouvés dans les puits de captage de l’eau potable de Grenoble et les usines chimiques situées en amont serait donc ténu. Cette pollution est d'ailleurs qualifiée de minime par la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal), qui veille au respect de la réglementation. Les valeurs en chlorates sont très en dessous de la réglementation et des recommandations de l'Organisation mondiale pour la santé.

"C’est un sujet que l’on traite avec l'industriel. Au-delà de ces traces et du fait que ce n'est pas inquiétant puisque l'eau est potable et de bonne qualité, on invite les industriels à progresser", affirme Mathias Pieyre, directeur de l'unité départementale de la Dreal en Isère.

Pour autant, la justice prend l'affaire au sérieux. Le procureur de la République de Grenoble, saisi de cette affaire par les élus de la métropole, a annoncé l'ouverture de deux enquêtes. Car il reste une autre hypothèse à éclaircir : le transfert d’eau entre deux nappes phréatiques.

L'eau de la première (en vert sur la carte), située dans la partie sud de la région grenobloise, où se trouvent les champs de captage, est de bonne qualité.

Mais celle de la seconde nappe (en rose), située sur la rive droite du Drac et qui englobe les plus grosses communes de la métropole qui accueillent depuis des décennies les plateformes industrielles de Jarrie et Pont-de-Claix, est complètement polluée.

"On voit que la dynamique des masses d'eau est plus complexe que ce que l'on pouvait imaginer, note Christophe Ferrari, président de Grenoble-Alpes Métropole. Il nous faut donc garantir davantage d’éléments de sécurité en termes de transfert de ces eaux polluées vers les puits de captage d’eau potable. (...) Personne ne sait ce que sera la conséquence du changement climatique sur ces nappes et leur vulnérabilité."

Les industriels sommés d'agir

La pression augmente sur les industriels, sommés d’isoler les déchets accumulés dans le sol depuis la création de ces plateformes. C’est l'opération que va entreprendre, ce mois-ci, le site de Pont-de-Claix. Il y aurait plusieurs dizaines de milliers de tonnes de résidus, dont des déchets chlorés, selon le site de l'administration Géorisques.

"C'est le principe du pollueur-payeur, reprend Raymond Avrillier. Or, les pollueurs ont évolué dans le temps et certains ont disparu. Il faut que l'on établisse les responsabilités. Certains ont été retrouvés par les services de l'Etat. Rhodia, qui a été repris par Solvay, a la charge de dépolluer les secteurs les plus touchés, ceux qui sont sous la plateforme chimique de Pont-de-Claix."

Mais le temps presse car une directive européenne contraint l’Etat à assainir cette nappe d’eau d’ici à 2027. Le travail s'annonçant colossal, la préfecture de l’Isère envisage déjà de demander une dérogation.

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