Yoann Bourgeois, co-directeur du Centre Chorégraphique national de Grenoble, accusé de plagiat

Une vidéo anonyme, postée le 6 février, met en parallèle des extraits de spectacles du circassien Yoann Bourgeois avec des spectacles antérieurs d'autres artistes. Le co-directeur du Centre Chorégraphique national de Grenoble réfute les accusations de plagiat.

Yoann Bourgeois en 2018.
Yoann Bourgeois en 2018. © Joel Saget/AFP

L'affaire commence à faire du bruit dans le monde du spectacle. Le circassien et chorégraphe réputé Yoann Bourgeois, co-directeur du Centre Chorégraphique national de Grenoble (CCN2) avec Rachid Ouramdane depuis 2016, est depuis une semaine au centre d'une controverse, à base d'accusations de plagiat.

Tout commence par une vidéo, postée anonymement sur le site Vimeo, et sobrement intitulée L'usage des œuvres. Le document de 10 minutes est un montage de courts extraits de spectacles phares de Yoann Bourgeois, comme Celui qui tombe ou L'Art de la fugue, superposés avec des extraits de spectacles antérieurs, produits par d'autres artistes. Un montage qui insiste sur les similitudes dans les figures ou dispositifs de mise en scène.

"Je réfute catégoriquement les soupçons de plagiat, il ne s'agit ni de citations ni même d'hommages, je suis engagé dans la création d'oeuvres originales", a déclaré ce samedi 13 février à l'AFP le circassien. La vidéo est selon lui une "compilation de fragments courts qui donnent le sentiment d'une manipulation et qui est très violente ; je suis profondément blessé par cette méthode".

Plagiats ou références ?

Selon lui, "il ne s'agit pas d'une similitude entre des oeuvres mais entre des dispositifs ou des bouts de dispositifs dont la mise en scène est différente, ça ne révèle jamais la qualité singulière d'une écriture". "Il y a des filiations proches ou lointaines entre les artistes circassiens", a-t-il indiqué.

Le 9 février, Yoann Bourgeois avait déjà réagi à la vidéo, mais sans la citer, dans une tribune publiée le 9 février sur le site du Centre national des arts du cirque, de la rue et du théâtre (ARTCENA) et repérée par Libération. "Faut-il crier au scandale dès lors qu’un artiste use d’un agrès, ou d’une technique, expérimentés par d’autres ?", s'interrogeait-il dans le texte. Selon lui, le cirque s'inscrit dans les mêmes tendances que tous les arts :

L’histoire de l’art est une suite infinie de réinterprétations et de détournements d’idées, de motifs, de références. Toute création est à la fois le creuset et le lieu dynamique de multiples filiations, ruptures et influences, proches ou lointaines, d’où la singularité du geste d’auteur fait naître une œuvre originale.

Yoann Bourgeois sur ARTCENA

Yoann Bourgeois dénonce "des mails anonymes diffamants"

Une tribune qui a fait réagir une des artistes citées par la vidéo, Chloé Moglia. La circassienne affirme, dans un texte publié sur Facebook, avoir été "saisie" en voyant en 2014 une séquence du spectacle Minuit de Yoann Bourgeois ressemblant fortement à une séquence de son propre spectacle, En suspens. "J’ignore si ce que j’ai vu dans Minuit est la copie d’une œuvre de Mélissa [Von Vépy, ndlr] et moi ou un motif que Yoann nous "emprunte"", écrit-elle.

Et même sans accuser l'artiste de plagiat, Chloé Moglia dit se demander "aussi comment des jeunes artistes réagissent quand le co-directeur du CCN2 de Grenoble leur dit, depuis sa position : "Parle-moi de tes projets" ?"

Yoann Bourgeois a par ailleurs affirmé que "des mails anonymes diffamants" avaient été "envoyés à chaque membre de mon équipe avec cette vidéo" et que "des mails anonymes demandaient des appels à contribution aux compagnies". "J'ai vu dans le même temps la transformation de ma page Wikipedia, le réemploi du domaine de mon ancien site internet de ma compagnie qui porte mon nom", a-t-il précisé. 

 

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