Obligation de vaccination pour les soignants : « c’est tout le monde ou personne, sinon on stigmatise une profession »

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Alors que les contaminations au Covid-19 augmentent, l’obligation de vaccination pour les soignants fait débat. En Isère, beaucoup de professionnels de la santé s’y opposent. Témoignages.

Le débat sur l’obligation de vaccination contre le Covid-19 tiraille les professionnels de la santé en Isère. S'ils sont souvent favorables à la vaccination, certains s'opposent à la mise en place d'une obligation, qui viendrait reporter la responsabilité de la campagne de vaccination sur les soignants. 

« J’ai 40 ans, j’estime ne pas risquer de développer une forme grave du Covid-19 si je l’attrape », explique Vincent (1), agent logistique au CHU Grenoble-Alpes. Pour lui, se faire vacciner ou pas relève de l’intime conviction, voire même du « secret médical ». 

Une méfiance face aux vaccins alimentés par les infox qui circulent sur les groupes Facebook : « il existe même une décharge de responsabilité à signer [décharge qui n’existe pas, ndlr] qui stipule que les laboratoires et l’Etat ne sont pas responsables en cas de problème, alors pourquoi prendre le risque », interroge Vincent.

 


Pendant qu’il déroule ses arguments, Blondine (1), secrétaire médicale, acquiesce. Elle partage la même opinion que son collègue. « C’est de la folie, on n’a pas assez de recul, même si je ne suis pas anti-vaccins, je préfère attendre », explique-t-elle avant d’ajouter : « maintenant, on veut nous forcer, ça va devenir oppressant, on part dans la psychose. »

Parmi les professionnels de la santé, les avis divergents entre ceux qui refusent de se faire vacciner, ceux qui hésitent et ceux qui acceptent. En revanche, face à l’obligation, la nuance est subtile.

« On a l’impression que les héros d’hier sont les parias d’aujourd’hui », s’exclame Thierry Amoroux, le porte-parole du syndicat national des professionnels de santé. Vacciné et favorable à la vaccination, il estime qu’en orientant le débat sur l’obligation de vaccination des soignants, le gouvernement détourne l’attention.

Même raisonnement, pour Antoinette Tranchidat, présidente de l'organisation nationale des syndicats d'infirmiers libéraux (Onsil), qui va plus loin et estime que « s’il y a obligation, c’est tout le monde ou personne, sinon on stigmatise une profession. »

 

" Les soignants ont un devoir de protection "

Mais quand on parle de vaccination, on aurait tort de confondre tous les soignants. Le terme générique de « soignants » englobe plusieurs types de professions, et de réalités.

Olivier Epaulard est infectiologue au CHU Grenoble Alpes. Face au débat de l’obligation de la vaccination, il se dit navré. « C’est dommage de passer par là, mais c’est la moins pire des solutions », affirme-t-il avant de poursuivre : « les soignants ont un devoir de protection, et les arguments de ceux qui s’y opposent ne sont pas pertinents. On a assez de recul en temps et en nombre de personnes vaccinées aujourd’hui. »

Comme une grande majorité des médecins, Olivier Epaulard est vacciné. Il se dit même « très favorable à la vaccination ». Selon les derniers chiffres communiqués par Santé publique France (SPF) au 31 mai, le taux de vaccination est de 72,2 % de premières doses administrées chez les médecins d’un échantillon d’établissements représentatif de la situation nationale.

Mais dans le détail, les écarts sont importants entre médecins, infirmiers et aides-soignants. Particulièrement au sein des Ehpad et USLD (Unités de soins de longue durée). Au 5 juillet, 60,2 % de ces professionnels avaient reçu au moins une dose de vaccin, et 49,1 % étaient totalement vaccinés.

 

"Un écart dans la perception du risque"

Hors crise sanitaire, quand on prend l’exemple du vaccin contre la grippe, les différences entre les professionnels de santé sont les mêmes. L’adhésion aux vaccins est en général plus prégnante parmi les médecins. Romy Sauvayre, sociologue des sciences à l’Université Clermont Auvergne, l’explique par « un écart dans la perception du risque : les médecins ont l’habitude de manipuler le concept de la balance bénéfice-risque d’un vaccin. »

Autre facteur : la proximité avec les patients qui transforme le choix de vaccination en « dilemme moral ». La plupart du temps, le devoir de protection des soignants est largement admis. « Chez les personnes qui refusent de se faire vacciner, l’éthique est moins forte que l’individualité, c’est-à-dire la peur des effets secondaires du vaccin est plus forte. »

(1) Le prénom a été modifié.