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50 ans de violences conjugales, “j’ai supporté tout ça pour mes enfants”, explique Baya (66 ans)

"On m'appelait vaut rien" ... le témoignage de "Baya Aghbala" sur 50 ans de violences familiales et conjugales. / © France tv
"On m'appelait vaut rien" ... le témoignage de "Baya Aghbala" sur 50 ans de violences familiales et conjugales. / © France tv

Ce 3 septembre, le gouvernement lance à Matignon, en présence de familles de victimes, un Grenelle des violences conjugales. Catherine Dol et Vincent Diguat ont recueilli le témoignage d'une Stéphanoise qui a vécu la violence physique et psychologique dans son foyer durant 50 ans. 

Par Dolores Mazzola

Pour l'année 2018, le ministère de l'Intérieur a recensé 121 féminicides. A la veille du lancement du "Grenelle des violences conjugales", on comptait déjà 101 victimes. Catherine Dol et Vincent Diguat ont recueilli le témoignage d'une Stéphanoise de 66 ans qui a vécu la violence physique et verbale dans son foyer, une femme dont l'anonymat a été préservé.

Des violences dès l'âge de 12 ans


Mariée à l'âge de 16 ans avec un homme qu'elle ne connaissait pas, "Baya" (prénom d'emprunt) a subi des violences conjugales durant 50 ans. Mais pour cette femme aujourd'hui âgée de 66 ans, les violences avaient commencé dans sa famille. Déconsidérée par sa mère, victime de son père dans son enfance, Baya est l'aînée d'une fratrie de 10 enfants. "On ne me voulait pas parce que j’étais une fille"

Jusqu'à l'âge de 12 ans, elle a vécu en Algérie auprès de sa grand-mère paternelle : "j’étais très heureuse, j’étais très protégée. Il ne me manquait rien même si nous n’avions pas grand-chose. Ma grand-mère a su me protéger. Mais un jour il a fallu venir en France, suivre les parents.".
Baya, qui a pris comme psuedonyme le prénom de sa grand-mère en hommage à cette dernière, a suivi une scolarité en France de 12 à 14 ans, âge de l'école obligatoire. A la maison, les tâches ménagères ne manquaient pas. La fillette seconde sa mère :" il fallait rester chez mes parents avec ma maman, je faisais le ménage, le repas, je m'occupais de mes frères et soeurs… et ça n’empêchait pas mon papa de me donner des coups, de me frapper, de m’insulter".
 

Un mariage précoce et six enfants ...


Quatre ans après son arrivée en France, la jeune fille épouse un homme de six ans son aîné : "quand mes parents « m’ont donnée à marier », je n’étais pas au courant. Ils préparaient la fête… c’est ma voisine qui m’a dit « dans 15 jours, c’est ton mariage », j’avais 16 ans !". La retraitée explique aussi qu’elle ne savait pas alors ce qu’était le mariage : "à notre époque, la sexualité était un tabou. C’était interdit d’en parler à l’époque. Heureusement que les choses changent avec les jeunes filles aujourd’hui.". La jeune femme aura six enfants, son aînée, une fille nait en 1969. 

Avec le mariage, la violence physique et psychologique est loin de s'éteindre. Le phénomène se reproduit. Elle ne l'explique pas vraiment, comme une sorte de fatalité : "Je pense que je n’ai pas coupé le cordon. La maltraitance que j’ai vécue chez mes parents m'a suivie chez mon mari. J’avais l’espoir d’avoir une chance avec cet homme. Malheureusement, ce que j’ai laissé chez mes parents m’a poursuivi chez le père de mes enfants."

La sexagénaire explique avoir enduré un demi-siècle de maltraitance pour ses enfants : "j’ai supporté 50 ans de maltraitance, 50 ans de crachats, 50 ans de violences physiques, 50 ans de violences psychologiques… j’ai supporté tout ça pour mes enfants, hors de question que quiconque leur fasse du mal. Je devais les protéger". Mais Baya avance aussi une autre explication, plus difficile à entendre aujourd'hui : "Je suis restée car j’ai cru que la vie d’une femme algérienne, d’une femme magrébine, c’était ça ! Etre insultée, maltraitée, frappée… pour moi c’était normal."

Dans son témoignage, Baya décrit son ex-mari comme un homme à deux visages, très différent hors du foyer conjugal : "A l’extérieur, c’est un homme qui baissait les yeux mais à l’intérieur, je vivais l’enfer.".
Quand il voulait frapper les enfants, elle raconte qu’elle s’interposait "pour qu’il me frappe moi, mais pas eux".  La mère de famille veut cependant porter une chose au crédit de son ex-mari : "les enfants n’ont jamais manqué de quoi que ce soit, pour leur scolarité, leurs tenues vestimentaires ou la nourriture. Il travaillait même les dimanches pour apporter plus d’argent pour ses enfants. Il était toujours là pour eux."

Le déclic après plusieurs décennies 


Elle a quitté son époux voilà deux ans. Pour Baya, c’est une sorte de déclic qui s’est produit : "Du jour au lendemain, je ne sais pas ce qui s’est passé. Je ne voulais plus lui donner mon argent. Je ne voulais plus le payer avoir un sourire ou un peu de dialogue". Mais après ces décennies de violences physiques et psychologiques au sein de son couple, la sexagénaire est tombée dans l'addiction aux jeux ... des jeux à gratter "qui l’empêchaient d’être face à elle-même."

Baya a décidé de rendre sa vie et son destin en main. Elle a notamment été prise en charge par l'association SOS Violences Conjugales à Saint-Etienne. Son histoire poignante, elle la livre aussi par écrit. Une forme de thérapie par l'écriture. Son témoignage intitulé "On m'appellait vaut rien" est paru à 200 exemplaires seulement.  

Ce récit, elle veut aussi qu'il serve à d'autres : "à force d’entendre que l’on ne vaut rien, on le croit…. Et c’était mon cas. Jusqu’au jour où j’ai compris que la vie de couple c’est être complice, pour l’éducation des enfants, pour tout ! Il faut du dialogue."

Baya dit aujourd'hui qu’elle essaye encore de se reconstruire pour arrêter de dire « je ne vaux rien ».

 
"j’ai supporté tout ça pour mes enfants", explique "Baya" (66 ans)


 

Le 3 9 19,  journée d'ouverture du "Grenelle des violences conjugales" sera aussi l'occasion de communiquer et mieux faire connaître la ligne téléphonique 3919, dédiée aux femmes victimes de violences. Les conclusions de la concertation doivent être annoncées le 25 novembre, à l'occasion de la journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes.

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