Loire : Bettina G., celle qui avait tué son patron et amant est sortie de prison... à mi-peine

Publié le
Écrit par Aude Henry
Célia Pouget est aujourd'hui directrice du Centre de détention de Roanne (Loire)
Célia Pouget est aujourd'hui directrice du Centre de détention de Roanne (Loire) © Yves Salvat/MaxPPP

C'est une décision assez exceptionnelle prise par les magistrats. Bettina G. a pu quitter la prison de Roanne ce 2 juillet 2021 après 9 ans passés derrière les barreaux. La Ligérienne bénéficie d'une libération conditionnelle après avoir purgé la moitié de sa peine. Explications.

"Ce n'est pas un blanc-seing", tient à rappeler immédiatement celui qui a défendu et obtenu la libération conditionnelle de Bettina G. Après neuf ans passés derrière les barreaux, après avoir été condamnée à 18 ans de réclusion criminelle pour l'assassinat de son patron et amant, cette habitante de la Loire est sortie de prison ce 2 juillet 2021. Dès sa première demande de libération conditionnelle. Me David Metaxas le reconnait, c'est "assez exceptionnel". L'avocat précise qu'entre les experts, les magistrats et même les parties civiles, la décision a quasiment fait l'unanimité.

"Détention à domicile"

Libérable en 2032, Bettina G a quitté la prison de Roanne, dans la Loire, ce 2 juillet 2021. Après avoir purgé la moitié de sa peine. Me David Metaxas précise les conditions de sa sortie de prison. "Elle est d'abord assignée à résidence pendant un an avec bracelet électronique et des horaires de sortie. Cette liberté sera strictement encadrée. En gros, pendant un an, elle ne pourra sortir que pour remplir les actes de la vie courante et travailler. Le reste du temps, elle doit rester chez elle. Elle est maintenue en fait en détention à domicile." Au bout d'un an, si tout se passe bien, la femme âgée d'une cinquantaine d'années, basculera sur une libération conditionnelle classique, plus souple, et l'assignation à résidence sera levée.

L'avocat précise que sa cliente doit aussi suivre des soins psychologiques et psychiatriques. Justifier de son activité professionnelle et bien sûr s'abstenir d'entrer en contact avec les parties civiles, à leur demande. Et selon Me Metaxas, la famille de la victime ne s'est "pas fondamentalement opposée" à cette libération conditionnelle.

Retour sur les faits

Mars 2012, le corps d'un dirigeant d'entreprise, Philippe G, est retrouvé criblé de balles dans un bosquet du massif du Pilat. Quatre jours plus tard, Bettina G., son assistante de direction, se rend aux gendarmes et avoue son crime. Le 24 mai 2014, la cour d'Assises de la Loire rend son verdict : 18 années de réclusion criminelle. La condamnation n'est pas assortie d'une peine de sûreté. Aujourd'hui, pour trouver les motifs de cette libération conditionnelle, Me David Metaxas en réfère à la personnalité de sa cliente.

"C'est un petit bout de femme, ce n'est pas péjoratif. Physiquement, elle est plutôt fine, petite. On ne soupçonne pas, à juste titre, qu'elle pourrait commettre un acte de violence quelconque." A l'époque, tout le monde s'interroge sur ce qui a pu la pousser à tuer son patron et amant. "Dans son parcours de vie, c'est un acte unique, absolument isolé, qui s'explique par des considérations psychiatriques, psychologiques, par un état d'esprit du moment. J'ai toujours pensé que Bettina a tué Philippe L, à défaut de se tuer elle-même", raconte l'avocat.

Le contexte est passionnel. L'accusée et sa victime sont amants. Bettina G admire son patron, tombe sous son charme. Ils entretiennent une relation, Sexuelle pour l'un, sentimentale pour l'autre. Puis l'entreprise connait des difficultés financières. La pression monte au travail. Arrive ce jour où tout explose. "Elle est dans une mécanique froide, qui est glaçante. Mais on a quelqu'un qui est lobotomisé. qui ne peut plus réfléchir. On appelle cela l'effet tunnel. Quelqu'un qui ne voit rien plus d'autre que l'objectif d'exploser sa propre vie en tuant Philippe L."

Bettina G. a reconnu son crime. A exprimé des "regrets sincères et authentiques", et accepté sa condamnation.

"Je pense très sincèrement que c'est la bonne décision"

 Juillet 2019 : la sûreté administrative est levée. Bettina G. peut alors bénéficier de permissions de sortie. "On était serein, on savait que l'on avait toutes les chances de la sortir", dit aujourd'hui Me Metaxas. La loi permet en effet de bénéficier d'aménagement de peine un an avant la mi-peine. Aucun rapport d'incident durant ses neuf années de détention. Elle réalise également un travail psychothérapeutique. Et les quatre experts amenés à se prononcer sur sa demande de libération, "relèvent de manière unanime qu'elle ne présente aucune dangerosité psychologique, criminologique ou psychiatrique, et qu'en plus il n'y a  aucun risque de récidive."

Ajoutez à cela "un projet de réinsertion sérieux" avec une domiciliation et un travail, et pour Me Metaxas, les éléments étaient en quelque sorte tous réunis pour amener les magistrats à cette décision : accorder ce bracelet électronique probatoire à libération conditionnelle. "La bonne décision", estime l'avocat en y rajoutant le qualificatif d'exceptionnelle. 

Je crois même que c'est la première fois en 20 ans de pratique judiciaire que dans un dossier criminel, qui plus est d'assassinat, la personne sort de prison dès sa première demande.

Me David Metaxas, avocat

Ce 2 juillet 2021, Bettina G. est sortie de prison. Entame "une nouvelle vie qui n'a plus rien à voir avec la précédente, une forme de renaissance" ponctue celui qui l'a défend depuis maintenant, près de dix ans.

 

En partenariat avec France 3 France Bleu et Make.org

Participez à la consultation citoyenne sur la présidentielle 2022

Faites-vous entendre ! France 3 Régions s'associe à la consultation Ma France 2022, initiée par France Bleu sur la plateforme Make.org. Le but ? Vous permettre de peser dans le débat démocratique en mettant vos idées les plus plébiscitées au centre de la campagne présidentielle.