Prison de Saint-Etienne : un juge saisi pour l'indignité des conditions de détention

Avec 158,1% d'occupation, la maison d'arrêt de Saint-Etienne-La Talaudière dans la Loire est l'une des plus "chargée" de France. À cela s'ajoute une insalubrité croissante des lieux. Un juge a été saisi.

Ils disposent officiellement de 241 places, mais sont 381 à se les partager. Eux, ce sont les détenus du quartier de la maison d'arrêt pour hommes de Saint-Etienne-La Talaudière. Ce qui signifie qu'ils sont incarcérés dans l'attente d'être jugés. Dans cette prison, ils vivent dans l'insalubrité, selon l'OIP (observatoire international des prisons) qui a déposé un référé liberté jeudi 9 mars avec l'A3D (association des avocats pour la défense des droits des détenus).

Des conditions de détention "indignes"

En novembre 2022, Charline Becker de l'OIP et la députée LFI (France Insoumise) de la Loire, Andrée Taurinya, ont visité ce centre pénitentiaire. Elles ont alors constaté que "rien n'a changé" depuis un rapport de 2019 du contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL). À l'issue de ce contrôle inopiné, l'élue publiera quelques jours plus tard un témoignage sur Twitter.

Lors de cette visite, la députée, accompagnée de Charline Becker de l'OIP et d'une journaliste de France Bleu, découvre l'insalubrité des cellules, où "il est fréquent de constater la présence de matelas au sol dans des cellules ne pouvant accueillir que deux personnes". C'est tout l'établissement qui est en mauvais état.

Les trois femmes empruntent par exemple un escalier en bois, datant de l'époque de la construction (1968), pour découvrir qu'une partie du toit a été arrachée par une tempête de grêle en été. La salle des surveillants est alors inondée, les obligeant à s'installer à des étages plus bas, et les murs de la salle de consultation des avocats sont infiltrés d'eau.

L'OIP explique que l'état du quartier disciplinaire est particulièrement déplorable et cite la députée. "Les murs sont couverts de graffitis, parfois de couleur marron. Nous nous demandons si des déjections ont été utilisées afin de couvrir le mur qui n’a pas été nettoyé depuis longtemps. Le sol est insalubre. Les toilettes sont entièrement rouillées. Des détritus sont coincés entre la fenêtre et la grille extérieure, obstruant davantage les minces filets de lumière". Charline Becker se remémore également que "l’odeur est atroce" dans "le couloir extérieur qui mène aux cours, mélange d’ordures et d’urine" avec des "rats qui prolifèrent".

Prévenir les risques d'incendie

L'OIP explique dans le référé que la vétusté des lieux saute aux yeux. Ce que peut faire le juge, c'est "enjoindre le ministère de la Justice à prendre des mesures non structurelles" nous explique Charline Becker. "Il faut changer les fenêtres, tout remettre aux normes électriques et de sécurité incendie pour prévenir tout risque. Il faut également une remise en œuvre du désenfumage."

L'OIP demande également de respecter l'intimité des détenus par un meilleur cloisonnement des sanitaires dans les cellules. Il exige aussi de raccourcir le délai pour consulter un psychologue, estimé à plus d'un an à ce jour au centre pénitentiaire de Saint-Etienne-La Talaudière.

Une rénovation des lieux est en cours et doit se terminer en 2027. Un projet indispensable, mais sera-t-il suffisant ? Depuis 2016, le taux d'occupation du quartier de la maison d'arrêt pour hommes ne cesse d'augmenter, passant de 117 à 158% en 6 ans.

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