Manque de moyens pour accompagner des handicapés à l'école, les AESH haussent le ton dans la région Auvergne Rhône-Alpes

Dans toute la France, ce jeudi 3 juin, les AESH, accompagnants des élèves en situation de handicap, manifestent pour être mieux reconnus. Dans l'académie de Lyon, il en manquerait 20 %.

En novembre dernier déjà, une centaine d'AESH lyonnais dénonçaient la précarité de leur profession.
En novembre dernier déjà, une centaine d'AESH lyonnais dénonçaient la précarité de leur profession. © Maxime JEGAT/MAXPPP

Parents pauvres de l'Education nationale, les AESH (accompagnants d'élèves en situation de handicap) de Lyon se mobilisent fortement pour défendre leur profession. Si ce jeudi 3 juin marque un troisième jour de grève nationale, pour les lyonnais, il marque le cinquième jour de mobilisation depuis novembre dernier. "Lors d'une audience le 24 mars dernier, le rectorat de Lyon a admis qu'il manque 20 % d'AESH sur l'académie" rapporte Anne Falciola, représentante de la CGT Educ'Action dans l'Ain.

Un statut précaire depuis 2005

Les AESH remplacent les AVS (auxiliaires de vie scolaire) depuis 2014. Ces accompagnants interviennent depuis la loi du 11 février 2005 qui permet d'inclure des personnes handicapées dans le milieu scolaire classique. Mais leur statut est précaire. "Nous souhaitons un statut de la fonction publique. Nos emplois sont précaires car souvent à temps partiel. En fin de carrière, un AESH peut espérer gagner 79€ de plus. Son contrat se base souvent sur une semaine de 24 heures, auxquelles s'ajoutent des heures de réunion de suivi, de préparation et d' adaptation des supports avec les enseignants, le tout pour 760€ par mois" estime Anne Falciola dont le syndicat demande une augmentation de salaire.

"Ce sont des prolétaires" regrette Myriam, du Collectif des parents d’élèves en faveur des AESH Lyon-Métropole. Cette mère de deux enfants porteurs de handicap a dû quitter son travail pour s'en occuper et soutien les AESH dans leurs revendications. "C’est le corollaire du bien-être de nos enfants qui ont besoin d'aide humaine. On est très solidaire et sensible à la précarité du statut des AESH, de leur manque de formation et de reconnaissance. Ce qui pêche, ce sont les moyens."

Pour lutter contre cette précarité, les syndicats refusent d'avoir plusieurs employeurs. "Nous avons plusieurs types d'embauche: la DSDEN (direction, départementale de l'Education nationale) qui dépend du ministère de l'Education nationale, les lycées "mutualisateurs" et aussi le ministère de l'Agriculture pour les lycées agricoles" selon Anne Falciola qui ajoute "On nous demande de traverser la rue pour cumuler des emplois et atteindre difficilement un SMIC." Une situation qui ne devrait pas s'arranger puisque dès septembre, un nouvel employeur, les collectivités territoriales, entre dans le jeu. En effet, la présence d'un AESH pendant le temps périscolaire ne sera plus à la charge du ministère.

Les pôles inclusifs d'accompagnement localisés (PIAL) en question

Depuis deux ans, des pôles inclusifs d'accompagnement localisés (PIAL) ont été mis en place par le gouvernement. Les AESH dépendent désormais de ces PIAL. "C’est un mode de gestion d’accompagnement qui dégrade la coordination du travail et le mode d’accompagnement des élèves. Avant, on était affecté auprès d’élèves, ce qui permettait un suivi de l'élève et pour l'élève d'avoir un repère. Maintenant on est affecté sur un secteur, nous explique Anne Falciola. Par exemple, moi, je suis sur un pôle de 27 établissements où je suis affectable à tout moment. Il faut pouvoir se déplacer facilement. On est pas tous véhiculés et il n’y a pas forcément de transport en commun."

À ce système des PIAL s'ajoute un déficit de formation qui inquiète les parents. "Au collège et au lycée la situation se dégrade, témoigne la maman Myriam. Les AESH se partagent entre plusieurs élèves. Je ne sais pas quel est le niveau de formation des AESH mais je suppose que passer d'un élève de seconde à un autre de terminale demande des prérequis que les AESH n'ont pas forcément." Pour cette mère de famille, les PIAL ne sont pas une bonne solution. "Les PIAL peuvent intervenir de la maternelle au lycée. Et comme ils manquent de personnels, de manière impromptue, des parents peuvent apprendre le vendredi qu’il n’y aura pas d'AESH pour leur enfant le lundi." Même si elle a créé 474 postes supplémentaires d'AESH sur 6000 l'an passé (pour les départements de l'Ain, de la Loire et du Rhône), l'académie de Lyon reconnaît que "cette année où les conditions sanitaires ont été très compliquées, il y a effectivement eu des difficultés de remplacement dans le Rhône notamment."

La représentante du Collectif des parents d’élèves en faveur des AESH Lyon-Métropole prône une formation des différents acteurs de l'éducation. "C’est la limite du système des PIAL: nos enfants ne sont pas handicapés que quelques heures par semaine. Il faut une réflexion sur l’école inclusive dans son ensemble. Les enseignants ne sont pas formés pour accueillir nos enfants. Ils ont du mal à intégrer un enfant différent dans leur classe, témoigne Myriam. Je veux que mon enfant puisse acquérir les fondamentaux. Enfin il y a une grande fatigabilité chez ces enfants car ils passent leur temps à compenser. Il leur faudrait une salle de repos car pour eux, le temps de midi épuisant."

A contrario, l'académie de Lyon nous répond, par communiqué, que les 190 PIAL permettent une "une organisation plus flexible et davantage en lien avec les besoins rééls des enfants". Elle estime que cette réorganisation a été faite "dans le souci d'améliorer les conditions de travail des AESH (désormais membres à part entière d'une équipe éducative, proximité avec le lieu de vie, autonomie...)."

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