"Allez viens, on va voir les vaches!"... Sur la foire de Beaucroissant, elles sont de moins en moins nombreuses. Les chevaux prennent le pas. Il faut dire que les techniques de vente de bétail ont bien changé en quelques décennies.
"Pour moi, ça a baissé d'au moins 70% par rapport aux années 80. Vous voyez le champ des machines agricoles, il était plein de bêtes, on en accrochait même au cul des camions", témoigne Gérard Voiron, maquignon savoyard en "presque" retraite. Et c'est vrai que d'année en année, le périmètre réservé aux vaches n'a cessé de se réduire. Cinq rangées cette année. "C'est pas la quantité mais la qualité qui compte", lance cet éleveur convaincu d'avoir fait le bon choix en venant exposer ici. Faut dire qu'il y a aujourd'hui plus d'acheteurs que de vaches, alors les bêtes ont plus de chance de trouver preneur!
On achète plus aujourd'hui sur les exploitations
Comment expliquer cette "disparition" des bêtes à cornes dans les allées de la foire? "Aujourd'hui, on achète plus sur les exploitations. Les groupements prennent des lots. Les foirails, comme celui de Bourg-en-Bresse, sont aussi mieux équipés pour écouler les bêtes", justifie Gérard Voiron. Internet a aussi changé pas mal de chose. "On sait maintenant directement à qui s'adresser quand on veut une bête en particulier, pas la peine de courir les foires!"."Dans un monde agricole de plus en plus serré au niveau du porte-monnaie, les frais de transport jusqu'à la foire jouent énormément (...) il faut être sûr de gagner quelque chose si on fait le déplacement", ajoute un négociant., "et puis il y a les contrôles vétérinaires incessants qui peuvent décourager."
On valorise mieux nos vaches ici"
Jeune agriculteur du Charolais, Gaël Beauchamp a, lui, pris la route pour exposer 5 bêtes. "On valorise mieux nos vaches ici. On peut encore décider du prix et ça, ça n'a pas de prix!". Gaël compte aussi sur les échanges, nombreux sur la foire, avec des acheteurs potentiels. "C'est encore une belle vitrine, croyez-moi!"
En tout cas, la "Beaucroissant" offre toujours ces scènes de vie des marchés d'antan. Ces maquignons, appuyés sur leur canne, qui négocient dans un grand éclat de rire: "j'achète si tu me la donnes!". C'est encore là qu'on voit des casse-croûtes à n'en plus finir dans les bétaillères.