La “ Princesse de Clèves”, une pièce-marathon de sept heures à la MC2 de Grenoble

De gauche à droite : Arlette Bonnard, Magali Montoya, Éléonore Briganti, Élodie Chanut, Bénédicte Le Lamer / © MC2
De gauche à droite : Arlette Bonnard, Magali Montoya, Éléonore Briganti, Élodie Chanut, Bénédicte Le Lamer / © MC2

"La Princesse de Clèves" lue en intégralité par cinq femmes qui jouent tous les rôles pendant sept heures: la pièce-marathon de Magali Montoya, créée à la MC2 de Grenoble, s'apparente à un défi tant pour les comédiennes que pour le public.

Par France 3 Alpes avec AFP

Fin 2011, quand elle commence à imaginer une adaptation au théâtre du célèbre roman de Mme de Lafayette, cette dernière imagine d'abord "un petit spectacle d'une heure et demie" retraçant la passion ravageuse de la princesse de Clèves et du duc de Nemours. "Et puis je lisais et relisais le roman et je finissais par trouver toutes les histoires parallèles presque plus passionnantes et amusantes que la trame principale", explique la comédienne et metteur en scène.

Décidée à retranscrire toute la puissance d'"une langue unique qui a traversé trois siècles", Magali Montoya ne coupe que "dix lignes" sur les 200 pages de ce roman paru pour la première fois en 1678. Ses actrices lui disent qu'elle est "complètement folle" et les premiers producteurs refusent de la soutenir. "Ça les effrayait un peu", raconte-t-elle.

Seul le directeur de la MC2, Jean-Paul Angot, accepte de relever le défi. Car c'est bien d'un défi qu'il s'agit: cinq actrices jouent pendant sept heures la soixantaine de personnages du roman, passant alternativement de l'un à l'autre, sans oublier le rôle de narrateur.

Défi d'autant plus grand que "La Princesse de Clèves", souvent adaptée au cinéma, a peu été mise en scène au théâtre depuis l'adaptation de l'ancien administrateur de la Comédie-Française Marcel Bozonnet. "Forcément, c'est difficile puisque ça n'a jamais été fait avec ce texte-là. Faire du théâtre avec un roman, c'est compliqué. Il y a une forme de danger, de risque, parce qu'on doit inventer", souligne Magali Montoya.

Sa mise en scène minimaliste est accompagnée de dessins abstraits projetés sur un écran et réalisés en direct par la peintre Sandra Detourbet ("un caprice", dit Magali Montoya). Et la prose de Marie-Madeleine Pioche de La Vergne, comtesse de Lafayette, est rythmée par les accords de guitare électrique de Robert Basarte, qui a composé en regardant les actrices jouer.

"D'un coup, trois notes de musique, ça rend possible cette chose impossible: de jouer ce roman à cinq femmes", commente la metteure en scène. Le défi se joue aussi dans les rangs du public, où il est parfois difficile de suivre les intrigues de la cour du roi Henri II, décrites par Mme de Lafayette avec force détails. Pour l'aider, un immense arbre généalogique a été installé au milieu de la scène. Et "le spectateur a le droit de somnoler un peu puis de revenir et de retrouver où l'on en est", propose Magali Montoya, qui suggère une "écoute flottante".

"La Princesse de Clèves" est jouée à Grenoble jusqu'au 16 janvier, puis part en tournée au Théâtre national de Strasbourg du 21 janvier au 3 février, au TNB de Rennes les 25, 26 et 27 février, à la Maison de la culture de Bourges les 3, 4 et 5 mars, à la Comédie de Béthune les 10 et 11 mars et enfin à L'Échangeur de Bagnolet du 19 au 26 mars.

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