Clermont-Ferrand : comment des enzymes dévoreuses de plastique œuvrent pour l’environnement

Un arbre recouvert de sacs en plastique, près d'une décharge dans le sud de la France. / © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP
Un arbre recouvert de sacs en plastique, près d'une décharge dans le sud de la France. / © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Installée à Clermont-Ferrand, l’entreprise Carbios est spécialisée dans la chimie verte. D’ici 2020 ses premiers plastiques 100% biodégradables devraient se trouver sur le marché. La société travaille également sur un recyclage à l’infini grâce à des enzymes dévoreuses de plastique.
 

Par K.T.

Créer de nouveaux plastiques biodégradables à durée de vie programmée et qui ne génèrent aucun déchet : c’est le pari relevé par la société  de chimie verte Carbios installée à Clermont-Ferrand. Depuis 2015, un procédé innovant a été finalisé permettant, par exemple, à une assiette en plastique d’être entièrement dégradée en l’espace de 3 mois… et non plus en 200 ans.
 « On utilise des enzymes, des sortes de catalyseurs biologiques. Dans la nature, nous sommes allés chercher des micro-organismes. On a essayé de mettre en contact ces bactéries avec des matériaux en plastique. On a ensuite essayé de trouver les couples idéaux entre une nature de plastique et une bactérie. Ensuite, il a suffi d’identifier dans la bactérie l’enzyme à l’origine de l’action sur le plastique », explique Jean-Claude Lumaret, directeur général de Carbios. Ce catalyseur biologique a ensuite été introduit dans le plastique au moment de sa fabrication.
 

Sur le marché en 2020


« On est dans la phase d’industrialisation de cette technologie. « Ce sera une réalité industrielle et commerciale dès 2020, après une phase réglementaire d’autorisation pour le contact alimentaire », précise Jean-Claude Lumaret.
Cela va permettre de proposer aux marchés soit des produits rigides, soit des produits souples à usage unique qui ne génèreront aucun déchet. « Il pourra s’agir de vaisselle jetable, de sacs pour les fruits et légumes ou encore par exemple du paillage pour l’agriculture ». Une assiette fabriquée avec ce plastique « enzymé » pourra ainsi se retrouver dans un composteur et se dégrader entièrement en quelques semaines. Le processus sera le même si elle se retrouve (accidentellement !) dans le milieu naturel, l’activité de l’enzyme étant liée à la présence d’eau.
 

Des ciseaux moléculaires


Une fois le catalyseur identifié, on peut faire en sorte de programmer son activité de dégradation du plastique afin de l’adapter à la durée de vie du produit. « La cinétique de dégradation sera liée à la façon dont on a préparé le catalyseur biologique », précise Jean-Claude Lumaret. Ainsi, la durée de vie du plastique sera contrôlée dès sa production.

L’entreprise clermontoise a décidé de s’attaquer également au biorecyclage des plastiques. En lieu et place de l’action thermomécanique actuellement utilisée, là ce sont toujours les enzymes qui sont en première ligne. Après avoir rassemblé les plastiques dans un broyeur, on récupère alors des granules qui seront placés dans un réacteur d’hydrolyse avec des enzymes, tout cela en présence d’eau.
Ces « ciseaux moléculaires » vont permettre de dégrader entièrement bouteilles en plastique (eau, lait, produits cosmétiques…) emballages et films en plastique. Ainsi, alors que 70% des plastiques ne sont jamais recyclés, ces polyesters (PET, PLA…) et polyamides seront « digérés » et transformés en molécules (monomères) qui pourront servir à la fabrication de nouveaux plastiques (polymères). Un bio recyclage à l’infini en quelque sorte. « Vous pourrez refaire le polymère à l’identique, la même bouteille, le même flacon, la même barquette, etc. avec les mêmes propriétés.  On est totalement dans l’économie circulaire », se félicite le directeur général de Carbios.

Alors que le gouvernement veut tendre vers 100% de plastiques recyclés en 2025, cette technologie devrait être opérationnelle dès 2024. C’est en tout cas l’objectif que s’est fixé l’entreprise de Clermont-Ferrand.

 

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