Coronavirus COVID-19 : attention à la surconsommation d'écrans pendant le confinement

Ecrans et enfants font-ils bon ménage ? La question se pose plus que jamais pendant cette période de confinement. / © Jean-François Frey/MaxPPP
Ecrans et enfants font-ils bon ménage ? La question se pose plus que jamais pendant cette période de confinement. / © Jean-François Frey/MaxPPP

En période de confinement, en raison de l'épidémie de coronavirus, pour certains, les écrans sont une porte de sortie. Mais quels sont leurs effets sur nous, sur notre rapport au monde ? Nous avons posé la question à Philippe Vinckel, neuropsychiatre à Chamalières, près de Clermont-Ferrand. 

Par Charline Collet

Comment s'occuper pendant le confinement lié à l'épidémie de coronavirus quand on ne peut pas sortir ? Les Français semblent se tourner principalement vers les écrans. Selon un sondage ODOXA/CGI pour France info : 57% regardent la télévision et 44% surfent sur internet. (Voir ici le sondage ). Mais est ce une bonne idée ?


« Certainement pas ! » tranche le docteur Vinckel « et surtout pas pour les enfants ». Son analyse est sans appel : il ne faudrait pas d'écran avant 10 ans. C'est avant 10 ans que les apprentissages se font. Notamment dans le lobe frontal, la partie du cerveau dédiée au langage et à la planification. 


Quel impact ont les écrans sur les enfants ?


D'abord, plus un enfant sera soumis aux écrans, moins il aura de vocabulaire. La richesse lexicale est en très forte baisse dans notre pays. Avant les écrans, les enfants de CM2 avaient 2500 mots de vocabulaire. Selon l'étude internationale PISA, aujourd'hui, on arrive péniblement à 800... ( Voir étude PISA
On remarque qu'il y a un appauvrissement de la langue, c'est dramatique ! Les mots servent à s'exprimer de façon claire, à décrire aussi. Et justement, l'imagination des enfants est mise à mal par la consommation d'écran.

Des études ont été menées pour déterminer si les écrans avaient une influence sur l'imagination des enfants. Et c'est très net ; ceux qui ne regardent pas les écrans dessinent de façon plus détaillée, sont plus créatifs. Un médecin allemand, Peter Winterstein, a publié un article accompagné d'un dessin. Un test réalisé entre 2004 et 2005 sur 1859 enfants, âgés de 5 à 6 ans. Le résultat est saisissant (Voir l'image).

Pour le docteur Vinckel, il existe aussi un lien entre le manque d'attention des enfants et le temps passé devant les écrans. Plus un enfant sera exposé aux sollicitations fortes des jeux et contenus multimédias, moins il saura se mettre à l'écoute de la « vraie vie ». 
Lorsqu'un enfant est devant un dessin animé, par exemple, tout est fait pour attirer son attention, pour le garder concentré sur l'écran. Mais ce défilé d'images aurait des effets dévastateurs sur le cortex frontal.
Il détache l'enfant de la vie réelle qui, elle, a un autre rythme. Parfois rapide mais parfois lent aussi. Et cette lenteur peut être très mal vécue par une personne habituée des écrans. 
Pour faire simple : plus on passe de temps devant sa télé, son ordinateur, sa tablette, plus on veut tout, tout de suite. La capacité attentionnelle diminue de plus en plus.


Toujours d'après le neuropsychiatre, si l'enfant habitué aux écrans est déconnecté de la réalité, il est aussi déconnecté des autres. Nous sommes tous dotés de neurones miroirs, explique-t-il. Ce sont ces neurones qui nous font bailler quand nous voyons quelqu'un bailler. On pourrait dire que ce sont les neurones de l'empathie, qui nous permettent de nous mettre « à la place » des autres. Pour développer cette empathie, l'enfant a besoin d’interactions sociales, de contacts directs, de « vraies » personnes en face de lui. Via les écrans, ces connexions sont faussées. Les réseaux « sociaux » portent justement très mal leur nom. Parler par écran interposé n'est pas une relation sociale normale.


"C'est d'ailleurs le comble", s'inquiète ce spécialiste du cerveau. "En ce moment, à cause du confinement, tout se fait par écrans interposés. Pour garder le contact avec ses proches mais aussi continuer l'enseignement".
Les professeurs des écoles, notamment, communiquent via les écrans et proposent beaucoup de contenus « vidéos »... pour le docteur Philippe Vinckel, « c'est une catastrophe ! ». Pourquoi ne pas apprendre via des livres ? C'est une méthode qui fonctionne depuis des siècles ! Sans compter que c'est un facteur qui accroît les disparités sociales. Pour ne pas faire de différences entre les catégories sociales, les professeurs devraient proposer des pages de livres plutôt que des vidéos ou des liens Youtube ! Rien n'est plus concret que le réel. Faut-il le préciser, avoir un papier entre les mains ne fait pas le même effet que regarder un écran. Au passage, il faut également se méfier des lumières bleues. Il est établie qu'elles sont néfastes pour la rétine et nuisent au rythme biologique naturel. Une exposition prolongée peut conduire à la dégénérescence maculaire et à la perte de la vision. Pour en savoir plus sur la lumière bleue.
 

Alors que faire ? 



Outre les livres, le docteur conseille les jeux de société qui ont pour lui de nombreuses vertues. Ils permettent d'interagir avec ses proches, favorisent l'imagination, apprennent la patience, à perdre sans s'énerver (à prendre sa revanche ?). Quant aux livres, ils sont, pour lui, le média à privilégier. 
La thèse du docteur Vinckel tient toute entière dans cette phrase : « Le meilleur des films sera toujours moins bien que le plus mauvais des livres »
 

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