Coronavirus COVID 19 : concilier télétravail et garde d'enfants, mission impossible ?

Julie avec sa fille Louise
Julie avec sa fille Louise

Avec l'épidémie de coronavirus, la plupart des enfants se retrouvent confinés chez eux. Et nombre de parents en télétravail. Alors comment faire pour jongler entre un bébé et une visioconférence? Faire l'école à la maison et répondre à ses mails ? Voici les témoignages que nous avons recueillis.

Par Anne-Claire Huet

En raison de l'épidémie de coronavirus COVID 19, les crèches et établissements scolaires sont fermés depuis le 16 mars. Certaines assistantes maternelles n’accueillent plus les enfants. Bref, de nombreux parents se retrouvent à devoir garder leurs enfants pendant cette période de confinement. Un dispositif a été mis en place par le gouvernement : l’arrêt de travail pour garde d’enfants pour l’un des deux parents. Sauf que pour en bénéficier, il faut être dans l'incapacité de faire du télétravail. Résultat : de nombreux parents doivent conjuguer télétravail et garde d’enfants et c’est là où le bât blesse…

Une organisation « rock and roll »


« Ça va être rock and roll », lui a dit son employeur. « Là c'est plus du rock, c’est carrément du métal », lui a répondu Manoli, cadre à la SNCF à Clermont-Ferrand, maman de deux enfants. Elle est en télétravail, son conjoint aussi. Leurs deux garçons ont 5 et 8 ans. Le premier jour, elle a essayé de jongler entre les deux : travailler et faire l’école à la maison. Échec total. « Le petit avait tout le temps besoin d’aide, et même le plus grand ne pouvait pas faire ses devoirs en autonomie », explique-t-elle. Elle a fini par demander 2h à son employeur pour s’occuper de ses enfants. Celui-ci s’est montré compréhensif. Au bout d’une semaine, ils ont décidé d’alterner avec son conjoint ; l’un travaille, l’autre s’occupe des enfants.
 
Chez Ariane, l'école à la maison pour Marin et Félicité
Chez Ariane, l'école à la maison pour Marin et Félicité


Mais qu’en est-il lorsqu’on n’a pas de relais ? C’est le cas d’Ariane, professeur de français qui a trois enfants de 6 ans, 4 ans et 6 mois. Elle revenait à peine de congé maternité quand le confinement a débuté. En principe à 80%. Dans les faits, elle en est loin. Elle a du adapter tous ses cours de l’oral à l’écrit. 3 classes, 80 élèves en tout. Il a fallu travailler le matin, le soir, les week-ends. La première semaine, elle l’avoue « les enfants, je ne m’en suis pas du tout occupé ». Avec le temps, elle arrive à trouver un rythme « 30 minutes à fond avec les enfants, 1h30 de boulot derrière ». Et le soir, quand son mari rentre « c’est la libération ».

Une situation « impossible »


Une libération dont ne bénéficie pas Guillaume qui est séparé et garde seul la moitié de la semaine sa fille de 5 ans Jeanne. Cinq minutes d’inattention et il la retrouve « à faire le mur depuis la terrasse » ou « en train de laver le chat, la bouteille de shampoing vide». Un autre matin, il découvre qu’elle a des poux : une demi-journée de travail perdue pour ce chargé de communication entre le saut à la pharmacie pour trouver la lotion anti-poux, les lessives, etc. Pour lui la situation est « impossible ». « Je ne gère pas, je m’adapte comme je peux », confie-t-il. 
 
Jeanne, 5 ans
Jeanne, 5 ans


La clé c’est l’organisation. Tous confient avoir mis en place un rythme. Un temps pour l’école, qui permet de travailler pendant que les enfants sont occupés par les activités scolaires. Des temps de jeux, si possible dehors. Une organisation adoptée par Julie, professeur d’allemand au collège de Dompierre-sur-Besbre dans l'Allier. Le matin, elle s’occupe des devoirs d’Antoine, 9 ans et de Simon, 6 ans pendant que son mari a la charge de Louise, 8 mois. L’après-midi, elle essaye de travailler, selon l’heure de la sieste de Louise. Mais elle déplore « l’impossibilité d’avoir une plage de travail fixe sans être dérangée ». En même temps, elle avoue que ses enfants « pâtissent de la situation ». Ils ne comprennent pas toujours quand elle leur explique que non, là maintenant, elle n’a pas le temps pour eux. Elle redoute que la situation s’éternise : « au bout de six semaines, on sera vraiment à bout »
  

« Une capacité d’attention diminuée »


Un constat partagé par Isalyne qui travaille au secours catholique de l’Allier : «  Si on ne garde pas des moments pour soi, pour s’aérer, on va péter les plombs ». Elle partage la garde de son fils Aël, 9 mois avec son conjoint Prince qui cherche du travail. Il demande une attention constante donc ils alternent et profitent à fond des siestes. Mais cela n’empêche pas les moments gênants : « j’ai eu ce moment hyper bizarre où j’étais au téléphone avec un partenaire et où la tortue de mon fils s'est mise à brailler, heureusement il a été compréhensif ».
 
Isalyne et son fils Aël
Isalyne et son fils Aël

Sophie est dans la même situation qu’Isalyne : un bébé de 7 mois, un conjoint en recherche d’emploi. Elle est community manager et s’est retrouvée avec l’ordi sur les genoux, ainsi que le bébé et ses jouets pour l’occuper. Elle constate à la fin de la journée « qu’elle est plus fatiguée qu’en temps normal » car elle partage la pièce de vie avec son conjoint et son fils. Malgré tous ses efforts, « sa capacité d’attention est diminuée »
 
Liam, 7 mois
Liam, 7 mois


L’ensemble de ses témoignages vont donc dans le même sens : s’occuper de ses enfants est un travail à temps plein, très difficile à concilier avec un véritable emploi, même à distance. Heureusement, certains voient le verre à moitié plein. « Cela me permet de voir grandir mes enfants », se réjouit Ariane. « Je profite davantage de mon petit bout », renchérit Isalyne. 

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