Grand débat national. A Clermont-Ferrand, Françoise estime que "la lutte des classes n'est pas terminée"

A l'occasion du Grand Débat National, le réseau France 3 a souhaité donner la parole aux citoyens, entendre leurs idées, leurs motivations, leurs espoirs, leurs craintes, l'image qu'ils se font d'une République exemplaire. Françoise, elle, invite ses concitoyens à simplement refaire de la politique.

A Clermont-Ferrand, le 21 janvier, pas moins de 130 personnes ont participé à une réunion citoyenne dans le cadre du Grand Débat National voulu par Emmanuel Macron. Dans une des salles de la Maison des Sports, des jeunes, des retraités, des actifs, des gilets jaunes, des non gilets jaunes, des salariés du public, du privé, se sont assis côte-à-côte pour échanger des idées, des points de vue. Parmi les personnes présentes, il y avait Françoise. 

Françoise est professeur dans l'éducation nationale. Une « professeure attachée aux principes de la République » comme elle se définie elle-même. Ce soir-là, elle tenait à être présente parce que ce rendez-vous correspondait à l’idée qu’elle se fait de la vie citoyenne : écouter, échanger, débattre et « renouer avec ce qui est le bien commun, c'est-à-dire la parole », dit-elle, « la parole publique, la parole citoyenne, dans une démocratie qui a oublié de faire parler ses citoyens ».
 
En entrant dans la pièce, en prenant place au milieu des autres participants, elle n’avait pas d’idée particulière à proposer à l’assemblée. Sa démarche était motivée par l’envie, peut-être le besoin, de faire passer un message. Celui de faire de la politique. « La politique, ce n'est pas être de droite ou de gauche, c'est participer à la vie de la cité, c'est-à-dire ce qui concerne les citoyens ». Elle l’a dit lors des tables rondes. Elle l’a redit au micro, en fin de réunion, avant que les uns et les autres ne rentrent chez eux après deux heures intenses d’échanges.
 

La lutte des classes n'est pas terminée.


Pourquoi délivrer ce message aujourd’hui ? « Il y a à la fois un désengagement, mais aussi des citoyens qui ont été désabusés par différents faits politiques récents ou plus anciens », constate François qui fait un rapide état des lieux : « 2002 a été un choc politique, mais aussi les - casse-toi pauvre con - ont été des chocs politiques, mais aussi des Cahuzac ». Selon elle, ce sont autant de coups durs portés à la vie publique et la citoyenneté. Elle va plus loin en s’interrogeant sur les compétences et les motivations de certains élus de la République. Sont-ils tous aptes à gouverner ? Il semblerait qu’elle en doute. Ces « chocs politiques » sont « la preuve qu’on confie à des hommes et à des femmes des tâches très importantes qu'ils ne sont pas toujours en mesure d'assumer, qu'ils n'ont pas toujours la force morale pour le faire et qu’ils n'ont pas forcément des intérêts à défendre les citoyens mais plutôt des intérêts de classes et de castes. La lutte des classes n'est pas terminée ».
 

Non nous ne sommes pas des fainéants, non nous ne sommes pas des illettrés, non nous ne sommes pas des irresponsables.


Sa prise de parole est venue ponctuer une soirée au cours de laquelle il a été question de la fiscalité et de la réorganisation de l’Etat et de ses services. Une soirée qui a vu l’expression commune regretter le traitement judiciaire de certaines affaires au coeur desquelles on retrouve des personnalités politiques souvent « perçues au-dessus des lois », comme il est écrit dans le compte-rendu de la réunion. Les acteurs du débat ont également fait valoir un grand sentiment d’injustice sociale. Autant de maux qui n’ont fait que renforcer la conviction de Françoise dans cette nécessité des citoyens à se ré-engager dans la vie politique. « Nous sommes des citoyens intelligents, impliqués, qui réfléchissons contrairement à ce qu'on dit. Non nous ne sommes pas des fainéants, non nous ne sommes pas des illettrés, non nous ne sommes pas des irresponsables », martèle-t-elle.
 
La politique et Françoise, c’est une longue histoire. « Je n'ai jamais lâché cette affaire-là », assure-t-elle. Ce soir-là, elle s’est dit heureuse et fière de voir comment la liberté s’est exprimée, comment les gens sont attachés à la République, à ses valeurs, à ses principes. « C'est une évidence : tout le monde veut payer des impôts, tout le monde tient à ses services publics, tout le monde veut vivre en paix avec son voisin ». Mais elle a peur. Peur que ce grand débat soit sans lendemain. « Là, il y a quelque chose à jouer et c'est de la responsabilité des politiques qui sont des élus. Ils ne sont pas élus pour eux-mêmes, ils sont élus pour nous, les citoyens, la nation, pas le peuple, la nation c'est-à-dire ce corps politique constitué ». Enfin, elle met en garde la classe politique contre le risque qui naitrait d’une nouvelle déception populaire.
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