J’ai testé pour vous : le métier de maréchal-ferrant

J'ai testé pour vous le métier de maréchal-ferrant. Pour cela, j'ai été l'assistante d' Anastasia Chauvet dans son travail de tous les jours. / © Laurent Bortolazzo / France 3 Auvergne
J'ai testé pour vous le métier de maréchal-ferrant. Pour cela, j'ai été l'assistante d' Anastasia Chauvet dans son travail de tous les jours. / © Laurent Bortolazzo / France 3 Auvergne

Cette fois, j’ai testé pour vous un métier vieux de 2 000 ans : le métier de maréchal-ferrant. Mais je ne l’ai pas fait avec n’importe qui. C’est Anastasia Chauvet, une jeune femme de 29 ans, qui m’a fait découvrir son métier au sud de Clermont-Ferrand. 

Par Aurélie Albert

Je dois avouer qu’avant de faire ce reportage, je me suis documentée sur le métier de maréchal-ferrant. Comme beaucoup de métiers, on le connaît de nom, mais on ne sait pas véritablement qui sont ces personnes qui travaillent derrière. 
 

« Même si je fais un métier d’homme, ça ne veut pas dire que je dois être un homme, je veux garder ma féminité »

Mon intérêt pour ce métier a été accru lors de mes nombreuses discussions avec Anastasia Chauvet. S’il y a des métiers où on ne pense pas croiser des femmes, celui de maréchal-ferrant ne fait pas exception à la règle. 
Le jour J, Anastasia nous donne rendez-vous chez elle, dans son appartement à Pérignat-lès-Sarliève, près de Clermont-Ferrand. Nous sommes accueillis par la jeune femme et ses deux gros chiens ! Maquillée, serre-tête en place, bijoux et ongles propres, Anastasia n’a rien d’un maréchal-ferrant comme les autres. Plus tard elle m’expliquera « Même si je fais un métier d’homme, ça ne veut pas dire que je dois être un homme, je veux garder ma féminité. J’aime bien aller chez mes clients en étant propre sur moi »
 
 

Se parer pour l'hiver !

On dépose ses deux chiens chez ses parents et après direction la première cliente de la journée. Un peu dans les hauteurs du Parc naturel régional du Livradois Forez, dans le petit havre de paix de Barbara Guille. Les deux femmes se connaissent depuis un an et demi et le courant est tout de suite passé. Aujourd’hui nous allons nous occuper du parage de Happy, une jument demi-trait, et d’un poney. « Le parage, ça consiste à couper un petit peu la corne des pieds. Parce que tous les mois, ça pousse d’un petit centimètre selon les animaux. On vient préparer les ongles pour qu’elle soit parée pour l’hiver », m’explique Anastasia. C’est Happy qui sera la première à passer à la manucure ou plutôt entre les mains de la podologue. 
  

Un métier qui laisse des traces

Avant tout, il faut s’équiper : il faut les bons outils et le tablier adéquat. Loin d’être un tablier comme les autres, celui-ci est renforcé et avec des petites poches pour ranger les outils. Les chaussures aussi sont renforcées. « Avant, elles ne l’étaient pas. Un jour un cheval m’a marché sur le pied et ça a été compliqué après, me raconte Anastasia. Tout comme le tablier renforcé avec le poids du cheval, sinon j’aurais les jambes toutes bleues ».
 

« C’est en forgeant que l’on devient forgeron »

Et très vite, je me rends compte de la difficulté du métier : tout le temps courbée, à côté ou en dessous du cheval. Après avoir fait le premier sabot, Anastasia tente de me faire faire le deuxième sabot… Rien n’est gagné ! Déjà pour mettre le sabot entre nos jambes… Nettoyage, coupage de la corne, limer, … Autant d’étapes qui paraissent simples, mais sur un cheval, la tâche est plus compliquée. 
Ça ne s’improvise pas comme ça maréchal ferrant ! « C’est en forgeant que l’on devient forgeron » ajoute la jeune femme. 
  

Une histoire de passion

Cela fait plus de deux ans qu’elle est dans la maréchalerie. Elle a choisi de quitter son poste de responsable de magasin pour revenir à ses premières amours. « Je suis dans le milieu du cheval depuis l’âge de 6 ans. À 17 ans, j’ai eu ma première jument. J’avais aussi un maréchal-ferrant. J’ai toujours été passionnée par ce métier et admirative. Mais je n’ai jamais osé me lancer, c’est mon maréchal-ferrant qui m’a incité à le faire. Du coup, j’ai passé un CAPA maréchalerie, j’ai été formée ensuite chez un maréchal-ferrant. Maintenant, je suis à mon compte ». Et depuis plus de deux ans, elle sillonne les routes de la région à bord de son fourgon où elle a aménagé son petit atelier. « Je n’aurais pas pu travailler dans un bureau, je dois être à l’extérieur »
 

Des chaussures pour l'hiver 

Le parage de Happy et du poney terminé, direction le deuxième client du jour : à Montmorin. Cette fois, nous nous occupons d'Uttawa, une jument de selle. Quatre ferrures pour qu’elle puisse faire des balades. « Quatre chaussures pour l’hiver ! », ajoute la jeune femme. 
C’est chez Fabien Neuville que nous sommes. 

Il faut d’abord déferrer, ensuite faire une petite touche de parage, et ferrer. Pour ça, « Il faut visualiser le sabot du cheval, lui trouver la bonne taille de fer. Nous les passons dans la forge pour qu’ils s’adaptent vraiment bien ». Donc, en sortant de la forge (nichée dans le camion), Anastasia donne quelques coups de marteau sur le fer et va le poser sur le sabot du cheval. Une forte fumée s’échappe au contact du sabot. Je lui demande si : « Ça ne lui fait pas mal ? »« Non, mais il ne faut pas rester non plus très longtemps ». Sur le fer, elle peut donc voir si elle a assez tapé. 

« J’aime bien le ferrage, il y a tout ce que j’aime dans ce métier : la forge, le fer, l’enclume, et les chevaux », ajoute la jeune femme. Elle peut ensuite mettre les clous pour mettre le fer sur le sabot du cheval. 
Après quelques heures de travail, Uttawa a ses chaussures sur-mesure pour l’hiver et pour faire des balades en toute sécurité. 

À la fin de sa journée de travail, Anastasia ne s’arrête pas pour autant : elle prend le temps de s’occuper de ses deux chevaux aussi. Un petit rituel, mais surtout une passion pour la jeune femme qui, finalement, a trouvé chaussure à son pied. 

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