Obésité : à Clermont-Ferrand, comment un hôpital de jour accueille les patients

À Clermont-Ferrand, un hôpital de jour accueille des patients atteints d’obésité. La journée mondiale de l’obésité, ce jeudi 4 mars, est l’occasion de rappeler la complexité de la maladie et la difficulté pour les malades d’affronter le regard de la société.

Dans cet hôpital de jour à Clermont-Ferrand, les patients atteints d'obésité apprennent à vivre avec la maladie.
Dans cet hôpital de jour à Clermont-Ferrand, les patients atteints d'obésité apprennent à vivre avec la maladie. © Alice Daudrix / FTV

Le centre de Nutrition-Obésité est un hôpital de jour qui accueille les malades atteints d’obésité à Clermont-Ferrand. Enfants comme adultes y acquièrent des clés pour leur permettre de mieux vivre avec cette maladie chronique, qui les suivra toute leur vie. L'obésité se caractérise par une surcharge pondérale, calculée via l'Indice de Masse Corporel. Une personne est considérée comme obèse dès lors que son IMC (poids/taille en mètres au carré) dépasse les 30.

Un accueil uniquement la journée

À l’hôpital de jour de Clermont-Ferrand, des patients atteints d’obésité sont suivis en journée pour les aider à vivre avec la maladie. À raison d’un après-midi toutes les deux semaines, le rythme d'hospitalisation permet aux patients de continuer le cours de leur vie professionnelle et personnelle. Accompagnés pendant près de deux ans, les malades suivent divers ateliers par groupe pour changer progressivement leurs habitudes de vie et limiter l’impact de la maladie sur leur santé. Cet hôpital de jour est un « deuxième recours », explique Mickael Dufernez, le directeur. Il accueille des patients dont le suivi par des professionnels de santé « en ville » (médecin généraliste, diététicien) n’a pas suffi. Au service Nutrition, les malades bénéficient d’une approche pluridisciplinaire et d’un suivi par des médecins, psychologues, nutritionnistes et diététiciens, ou encore enseignants en activité physique adaptée. Un accompagnement est aussi proposé aux enfants, un mercredi après-midi sur deux pendant 6 mois. Dans les deux cas, la vie professionnelle doit continuer : les enfants ne sont pas déscolarisés et les adultes sont simplement mis en arrêt maladie le temps de la séance. Sur place, les patients alternent entre ateliers alimentaires, activité physique et suivi psychologique.

« Nous ne parlons pas de régime »

Dès le début du parcours au centre, les professionnels de santé mettent les choses au clair : il ne s’agit pas de perdre du poids à tout prix. L’objectif est de réintroduire de bonnes habitudes de vie. « Nous ne parlons pas de régime, ni de restrictions », affirme le directeur du centre. Les patients réapprennent à bien manger, à retrouver les sensations de faim et de satiété, le plaisir de manger. « C’est ok de manger une tablette de chocolat quand on se sent mal. Ce qu’il faut ensuite c’est ne remanger que lorsque l’on a vraiment faim », explique Céline, patiente de 45 ans. « Nous ne sommes pas à la calorie près, ajoute Pierrick, diététicien. Parce que quand c’est comme ça, le patient finit par abandonner et c’est contre-productif. Les études montrent que faire le yoyo dans son poids est même pire pour la santé que d’être en surpoids. » En ateliers cuisine, les malades apprennent à introduire de la variété dans les menus pour une alimentation équilibrée. « Je mange à ma faim, de manière convenable, voilà l’objectif », résume Pierrick.  « En raison de la Covid, cette année, les patients ne peuvent pas cuisiner directement sur place, déplore le directeur. D’habitude, ils cuisinent et mangent ensemble. Alors à la place, c’est notre chef qui leur montre comment faire. » Pour la séance du jour, David, cuisinier de métier, enseigne la cuisson d’un riz aux épices et la découpe de l’ananas : « Vous savez, vous, découper un ananas correctement ? » Les patients repartent de chaque séance avec un livret de recettes à reproduire chez eux. Les ateliers cuisine ont changé la perception de ce patient sur son alimentation : « Avant, je mangeais vite. Je travaillais 70 heures par semaine. J’avais l’impression que c’était une perte de temps. » Dans un couloir, une femme d’une soixantaine d’années raconte : « À l’époque, il fallait finir son assiette, même lorsque l’on avait plus faim. Maintenant, nous savons qu’il faut manger à sa faim, pas plus, pas moins. » Grâce aux ateliers, les professionnels du centre essaient de déconstruire les habitudes alimentaires nocives pour les patients. « Il faut apprendre à s’écouter, à écouter son corps et son estomac », résume le Dr Pascal, médecin généraliste.

Redonner le goût de l’activité physique

Au deuxième étage de l’hôpital de jour, une grande salle de sport, le « plateau sport », permet aux patients de pratiquer une activité physique. A chaque demi-journée d’hospitalisation, les patients ont rendez-vous pour une séance d’activité physique. La sédentarité est une des causes d’obésité. Pour Franck, Enseignant en activité physique adaptée (EAPA), le but est de redonner envie de bouger aux patients, sans les dégoûter du sport. Exercices de renforcement musculaire, cardio, travail de l’équilibre : les exercices sont adaptés en fonction des capacités de chacun. « L’idée est de leur faire faire des exercices d’une intensité modérée, sans qu’ils n’aient à fournir un effort trop important, qui les démoraliserait, ajoute-t-il. Il faut leur donner le goût d’en faire un peu à côté. » Une console de jeux a même été intégrée à la salle pour « faire travailler de façon plus ludique, devant la télé ». Entre les enfants les plus jeunes, âgés de 6 ans, et les personnes âgées, tous ne sont pas capables des mêmes efforts physiques. « Nous avons des patients en fauteuil roulant par exemple, cela ne veut pas dire qu’ils ne vont pas avoir d’activité physique, nuance Franck. Il faut juste adapter ce qu’on leur demande. » La séance de sport est une épreuve de confiance en soi et d’affrontement du regard des autres : « Parfois, les patients arrivent en gros pull, avec des pantalons pour faire du sport, dans une tenue pas du tout adaptée. Mais c’est difficile de se montrer devant les autres. »

Dans la salle de sport de l'hôpital de jour, les patients sont accompagnés par un enseignant en activité physique adaptée.
Dans la salle de sport de l'hôpital de jour, les patients sont accompagnés par un enseignant en activité physique adaptée. © Alice Daudrix / FTV

« Pour que la prise en charge fonctionne, il faut de l’envie »

Le traitement de l’obésité passe également par un gros travail psychologique. Des praticiens sont sur place pour accompagner les patients dans leur démarche. Le rapport à son corps et aux autres est central dans la maladie, et il faut avoir la volonté de se remettre en question. « Pour que la prise en charge fonctionne, il faut vraiment qu’il y ait l’envie d’avancer du patient », précise le directeur de l’établissement. L’organisation par groupes de 8 personnes permet de créer une ambiance propice, une « osmose importante, car le relationnel joue beaucoup pour se motiver à venir ici. » Il arrive que les patients ne prennent pas l’obésité pour une maladie et sautent des séances. « Il y a moins le sentiment d’être malade que dans d’autres cas, quand le patient prend un traitement par exemple, explique le Dr Pascal. Certains lâchent vite l’affaire. » Chez les enfants, la motivation et la maturité sont également un point décisif : « Ils doivent écrire une lettre de motivation pour expliquer les raisons de leur venue. » Le centre Nutrition de Clermont-Ferrand compte 80% de femmes parmi sa patientèle.

« L’image au corps est différente chez les femmes et chez les hommes. Les femmes font le choix de se faire aider plus tôt en général que les hommes, explique le Dr Pascal. Cela est dû à la perception qu'a la société de leur corps : un homme gros est considéré comme ‘costaud’, tandis que chez une femme, cela sera perçu de manière bien plus négative. » Un homme hospitalisé reconnaît la difficulté à faire face à la maladie : « Cela prend du temps de changer ses habitudes. »
À Clermont-Ferrand, les séjours proposés durent entre 6 mois pour les enfants et deux ans. En fin de parcours, un bilan complet est établi avec médecin, nutritionniste et psychologue. En fonction des besoins à l’issue des séjours, les patients peuvent être réorientés vers d’autres structures d’aide. Les enfants pour qui la présence un mercredi sur deux ne suffit pas peuvent prolonger leur séjour à La Bourboule.

Un service spécialisé pour les enfants à La Bourboule

Le service Nutrition de Clermont-Ferrand est lié à un centre complémentaire, à La Bourboule (Puy-de-Dôme). Les hospitalisations à la Bourboule sont prévues pour des enfants qui sont déjà passés par un premier parcours de soin qui n’a pas suffi. Le centre Tza Nou propose des séjours courts, sur les vacances de février, d’avril et au mois d’août, qui ne nécessitent pas de déscolarisation de l’enfant, ou des séjours longs, sur plusieurs mois. Dans ce cas, les enfants sont scolarisés dans les établissements publics de La Bourboule, du CM1 à la troisième.

Les progrès peuvent être bien visibles chez les enfants : « Certains ne marchaient qu’entre leurs salles de classe en arrivant, ne connaissaient pas la randonnée. À la fin de leur séjour, nous avons réussi à faire des promenades de 8 ou 10 km ! ». Les séjours sont l’occasion de découvrir un « panel d’activités physiques qu’ils ne connaissent pas, comme le ski », explique le directeur. Les 3/4 des enfants ne savent pas nager. « Beaucoup sont scolarisés dans des établissements qui n’emmènent pas à la piscine. Pour les autres, rien que se retrouver en maillot de bain peut être compliqué. »
Une vingtaine de centres comme Tza Nou existent en France. Les patients admis viennent principalement du Puy-de-Dôme ou d’Auvergne, mais certains se déplacent d’autres régions. « Quand vous habitez en Corrèze, c’est plus simple de venir à La Bourboule qu’aller à Bordeaux vous faire soigner », ajoute le directeur.

A La Bourboule, les enfants pratiquent différents sports dont il n'ont pas forcément l'habitude : natation, ski ou encore basketball.
A La Bourboule, les enfants pratiquent différents sports dont il n'ont pas forcément l'habitude : natation, ski ou encore basketball. © Centre Tza Nou

Une maladie chronique, mais pas une fatalité

L’obésité est une maladie chronique dont les patients ne guérissent jamais vraiment. « C’est une médecine de l’échec », confie le Dr Pascal. L’obésité est déclenchée par des prédispositions génétiques ou par des facteurs environnementaux. « Quand c’est des causes génétiques, nous n’y pouvons rien », explique le médecin. Les facteurs environnementaux peuvent néanmoins activer les gènes responsables, on appelle cela l’épigénétique. Il est possible de prévenir le développement de la maladie mais une fois développée, la maladie ne peut jamais être totalement guérie : « les malades doivent apprendre à vivre avec. » Si le centre donne aux patients des clés pour mieux appréhender leur maladie, il n’existe pas de « remède miracle ». En revanche, atteindre un poids moins limitant dans la vie de tous les jours, améliorer sa condition physique, apprendre à cuisiner et travailler sur soi permet de se faciliter la vie et de réduire les risques de comorbidité. Être atteint d’obésité entraîne par exemple des risques cardio-vasculaires plus élevés. C'est également un risque de développer une forme grave de la Covid-19. « Certains patients ont peur, se savent à risque », confie le directeur. Certains ont la conscience un peu plus tranquille : « J’ai déjà reçu une première dose de vaccin, et je reçois la deuxième la semaine prochaine » rassure ce retraité.

De plus en plus de malades en France et dans le monde

D’après des statistiques de l’Inserm, l’obésité toucherait aujourd’hui 17% des Français. Un chiffre en constante augmentation, à cause de la dégradation de nos facteurs environnementaux. Alimentation industrielle, sédentarité, « la crise sanitaire n’arrange pas la situation », déplore le Dr Pascal.

 

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