Pour la responsable du Secours populaire du Puy-de-Dôme, "Ce pass sanitaire est nécessaire mais c’est la double peine"

Jeudi 5 août, le Conseil constitutionnel doit rendre sa décision concernant l’extension du pass sanitaire. Dans le Puy-de-Dôme, Nicole Rouvet, responsable du Secours populaire, craint une exclusion supplémentaire des plus démunis.
L'extension du pass sanitaire doit être examinée jeudi 5 août par le Conseil constitutionnel.
L'extension du pass sanitaire doit être examinée jeudi 5 août par le Conseil constitutionnel. © XAVIER DE FENOYL /MAXPPP

L'extension du pass sanitaire fait craindre à de nombreux acteurs sanitaires et sociaux qu'elle exclue davantage les plus démunis, déjà moins vaccinés que le reste de la population. Responsable du Secours populaire dans le Puy-de-Dôme, Nicole Rouvet a vécu comme un déchirement qu'une famille reste à la porte du bus lors d'une sortie récente au parc des loups du Gévaudan organisée par l'association caritative.

Depuis que le pass sanitaire est mis en place, on a des désistements

Elle raconte : « On allait au parc des loups et des bisons, près de la Lozère. Il fallait le pass sanitaire pour entrer. On avait bien prévenu les familles. Un monsieur disait qu’il avait son pass mais ne l’a pas trouvé. Il n’a pas pu monter dans le car. On n’allait pas le faire monter pour le laisser devant la porte du parc. On est en train de préparer nos journées bonheur, en mettant en place des groupes de 50 personnes. Depuis que le pass sanitaire est mis en place, on a des désistements. On a beau leur dire de venir la veille pour faire un test, les gens refusent ».

La nécessité d'informer

Face à la flambée de l'épidémie de COVID 19, le pass sanitaire, déjà obligatoire depuis le 21 juillet dans les lieux culturels et de loisirs, doit être étendu dès lundi 9 août aux cafés, restaurants, trains grandes lignes et vols intérieurs, ainsi qu'aux patients non urgents et visiteurs dans les établissements de santé et maisons de retraite. Pour Nicole Rouvet, il ne faut pas exclure encore plus les personnes défavorisées : « Ce pass sanitaire est nécessaire mais c’est la double peine. Mais je ne suis pas contre. Ces gens-là se privent de tout et avec ce pass, ils sont à nouveau exclus. Contre cela, il faut faire de l’information et de la pédagogie. Je ne suis pas de ceux qui crient contre le pass sanitaire. Je n’ai pas peur de la vaccination. Les personnes qui viennent chercher de l’alimentaire sont servies avec ou sans le pass. Mais on leur explique qu’il faut le faire, qu’à la rentrée ils seront ennuyés avec leurs enfants. On leur dit de faire attention. Mais là, ces gens manquent d’information et ils ont peur. Plus ils ont en situation de précarité, plus ils regardent la télévision. Ils regardent beaucoup les réseaux sociaux et ils lisent des bêtises ».

Les personnes en situation de pauvreté pourraient être doublement victimes

La Défenseure des droits Claire Hédon a soulevé dix points d'alerte à propos de l'extension du pass sanitaire, dans un document publié le 20 juillet. Parmi ses préoccupations: "les personnes en situation de pauvreté pourraient être doublement victimes". "La carte des plus faibles vaccinations recoupe celle de la pauvreté, de la fracture numérique, de l'accès aux services publics. Les nouvelles mesures comportent ainsi le risque d'être à la fois plus dures pour les publics précaires et d'engendrer ou accroître de nouvelles inégalités", souligne Claire Hédon qui s'interroge "sur les moyens supplémentaires qui seront mis en place pour toucher les personnes en situation de pauvreté".

Montrer l'exemple

A Clermont-Ferrand, Nicole Rouvet a choisi d’informer les plus défavorisés : « Nous ne faisons qu’expliquer. Nous leur disons que la vaccination est la solution. Dans notre pays, on a de la chance. L’accès au vaccin est gratuit. Je prends l’exemple de la rage, de la tuberculose et de la polio : les vaccins nous ont sauvés. Je leur dis qu’on a fait conscience. De nombreux bénéficiaires nous écoutent et ont commencé à être vaccinés. Je fais tout ce que je peux avec mon équipe pour amener les gens à réfléchir. Pour une fois, c’est peut-être ça l’égalité, riche ou pauvre, on peut être vacciné ». Jeudi 5 août, le Conseil constitutionnel doit rendre sa décision concernant l’extension du pass sanitaire.

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