Pourquoi ce viticulteur paye le loyer de ses terres en bouteilles de vin

Ce lundi 11 septembre, Julien, viticulteur, vendange sur un coteau de Riom, près de Clermont-Ferrand. Grâce à sa récolte, il va pouvoir produire des bouteilles avec lesquelles il payera son loyer. On vous explique pourquoi.

C’est un accord gagnant-gagnant réalisé entre la ville de Riom, près de Clermont-Ferrand, et le viticulteur Julien Déat. La ville, autrefois entourée de vignes, n’a plus produit de vin depuis de nombreuses années. Pour faire renaître ce patrimoine sur son territoire, la municipalité a mis à disposition des terrains propices à la viticulture, en échange d’un paiement en nature. Chaque année, les associés paient à la ville l’équivalent du loyer du foncier en bouteilles de vin. Julien Déat exploite le coteau “Madargue” au nord-ouest de Riom depuis 2020, et ce lundi 11 septembre, il est venu participer aux vendanges.

Un loyer en nature

Ces vendanges font partie des premières, sur une parcelle fraîchement défrichée : “C'est une parcelle de pinot noir, vinifié seul. Il sera déclassé de l'appellation Madargue, mais il sera vinifié séparément, un pinot noir pur. Le vignoble d'à côté, on est sur du Gamay et du Pinot noir. Et on fera un assemblage pour faire du Madargue”, explique Julien Déat. La vigne plantée est issue de cépages locaux, pour renouer avec une tradition viticole riomoise qui remonte au Moyen-Age. 

Avec son associé, Julien Déat a signé un bail de 25 ans avec la Ville, qui est propriétaire du foncier seul. “La rémunération de la ville se fera en bouteilles de vin, sur la base d'un montant de loyer d'un terrain nu. La Ville avait des terrains, elle a bien voulu participer et les mettre en réserve foncière viticole, pour promouvoir le cru qui est propre à la ville, le Madargue. Si d'autres villes pouvaient faire la même chose, ça serait très bien”, se félicite Julien Déat. La rémunération de la municipalité pour la location des terrains pourra varier d’une année sur l'autre. Il s'agira d’un pourcentage du nombre de bouteilles, calculé en fonction de la production du domaine chaque année, un accord dont se réjouit le maire de Riom Pierre Pécoul (SE) : “C'est donnant-donnant, tout le monde est gagnant et nous, ça nous va bien. On a plaisir à les avoir, à les goûter et, sur tous les repas qui sont organisés, le repas des anciens par exemple, on essaie de mettre en avant ce vin.” 

Des terres propices à faire le vin

Si ce viticulteur a sauté sur cette offre, c’est parce que les parcelles proposées par la ville sont très propices à la viticulture. “ En Auvergne, on a des territoires très adaptés que l’on nous envie. Dans le midi par exemple, certains sont obligés d’enlever les vignes pour mettre des oliviers. Le climat change et les territoires qui font actuellement du vin rencontrent des difficultés. Si on ne se positionne pas maintenant en Auvergne, on va se faire doubler”, explique Julien Déat. Il vante les qualités des parcelles louées : “Le terroir, l’exposition... On est sur des terres très propices, très riches.” L’appellation Madargue et l’une des 5 dénominations de l’AOC Côtes-d’Auvergne.  

“Il faut croire en notre vin comme d’autres ont cru en notre fromage il y a des années !” 

Julien Déat, viticulteur

C’est un vin 100% rouge qui sera produit sur ces terrains, “assez puissant”, selon le viticulteur. “Ce sont des vins de semi-garde qui vont se boire dans 4 à 5 ans. Ce sont des vins qui sont assez chargés, un peu moins fruits rouges que ce qu’on a l’habitude de voir sur des gamays, ils sont un peu plus charpentés.”

Au fil des années, l’appellation Madargue était tombée dans l’oubli, mais cette association compte bien lui redonner ses lettres de noblesse grâce à des vins d’une qualité grandement améliorée, selon Pierre Pécoul : “Dans le passé, ces terres étaient cultivées par des gens qui travaillaient souvent chez Michelin et qui exploitaient des vignes, mais qui, à l'époque, n'avaient peut-être pas la qualité. Aujourd'hui, on retombe sur des qualités qui sont très bien et qui vont permettre de faire connaître nos territoires au niveau viticole.” Julien Déat l’assure, les vins d’Auvergne n’ont rien à envier à ceux d’autres régions : “Il faut croire en notre vin comme d’autres ont cru en notre fromage il y a des années !” 

Une région historiquement viticole

Autrefois région viticole, Riom et sa périphérie avaient délaissé la viticulture au profit d’autres activités. Les nouveaux locataires ont défriché et replanté, un travail de longue haleine pour l’exploitant : “Le travail payera dans quelques années. Pour le moment, à court terme, ce n'est pas le cas mais si on ne fait pas ce travail-là dès le départ, on n'aura jamais un vignoble installé.” Le domaine compte 5,5 hectares de plantation, dont la moitié en production et la moitié en plantation jeune. “On a encore quelques hectares pour l'avenir, dont un hectare et demi pour l'année prochaine et après, un autre programme de plantation pour les 3 années qui viennent”, explique Julien Déat.

Dès 1960, la municipalité avait procédé à l'achat de terrain et avait mis à disposition ces terrains à des viticulteurs prêts à exploiter ces vignes. Le maire de Riom entend s’inscrire dans la continuité de ces projets. Il est impatient de recevoir les premières bouteilles qui serviront, entre autres, à des évènements organisés par la Ville : “Dès qu'on reçoit des visiteurs, des entreprises, soit on offre des bouteilles de vin, soit on fait une dégustation. On est très heureux de pouvoir mettre en avant ce vin qui vient de chez nous.” La Ville dispose encore de plusieurs terrains qu’elle entend louer à des viticulteurs, selon le même mode de rémunération. 

Déjà des demandes

Originaire de Saint-Bonnet-près-Riom et “né dans les vignes”, Julien Déat a à cœur de perpétuer cette tradition “et de faire savoir aux gens qu'il y a un vignoble avec un vin de qualité ici et d'en faire profiter tout le monde". Si les premières bouteilles de Madargue ne seront commercialisées qu’en 2024, de nombreux particuliers et entreprises ont déjà manifesté leur intérêt pour ces vins locaux. “On a de la demande de la part des cavistes, des restaurateurs, des grossistes, des particuliers, qui sont contents de revoir des vignes et qui seront prêts à acheter les premières bouteilles demain". Pour l’heure, le fruit de ces premières vendanges (2023-2024) sera vinifié par Héritage Volcanique. Un chai propre au domaine devrait voir le jour en 2025.

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