Sapin, Père Noël, cadeaux...mais d’où viennent ces traditions de Noël ?

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Écrit par Solenne Barlot

Sapin décoré de boules de Noël, avec à ses pieds des cadeaux déposés par un vieil homme barbu vêtu de rouge : autant d’évidences en cette période de fête, dont on ne connaît pas toujours l’origine. Une historienne des fêtes nous explique comment sont nées les traditions de Noël.

Décorer le sapin, attendre le passage du Père Noël sur son traineau, autant de traditions des fêtes de fin d’année que l’on reproduit sans même y penser. Pourtant, ces coutumes ont une histoire qui mérite de s’y pencher. Celle du sapin, par exemple, est même antérieure à Noël, comme l’explique Nadine Cretin, historienne des fêtes : « Le sapin de Noël n’existe pas depuis très longtemps en France, fin XVIIIe siècle. En revanche, la verdure dans la maison, à cette époque de solstice d’hiver où les arbres sont dépouillés, est une tradition très ancienne. Déjà, au IIe siècle, on reprochait aux chrétiens de mettre dans leur entrée de la verdure et des chandelles comme les païens le faisaient. » Mais alors, pourquoi préférer le sapin à d’autres plantes ? Nadine Cretin affirme : « Le sapin est le symbole de l’arbre toujours vert malgré l’époque stérile. Au XVIe siècle, on trouve en Alsace, de l’argent qui a été donné à des gardes forestiers pour surveiller les forêts pour empêcher les gens de couper des arbres de taille moyenne, environ 80 cm. Ils ne devaient pas les cueillir avant la Saint-Thomas, le 21 décembre. Ces arbres étaient posés sur une table ou suspendus au plafond. »

L'origine des boules de Noël 

Une fois le sapin placé dans la maison, il faut le décorer avec des boules de Noël, qui étaient autrefois des pommes : « Assez vite, les sapins ont été décorés de symboles. Des pommes, qui étaient symboles d’immortalité, des noix, qui étaient symboles de fécondité… des symboles de bonheur pour l’année à venir. Une nouvelle année naît puisque les jours se mettent à rallonger. On accrochait aussi des hosties consacrées, symbole du paradis, ou encore des fleurs en papier », précise Nadine Cretin. La pomme s’est ensuite transformée en boule : « Les boules de Noël sont apparues vers 1850. On dit que c’était en Lorraine. Il y a eu une année de sécheresse, il n’y a pas eu de pommes et donc pour les remplacer, les verriers de Meisenthal ont eu l’idée de créer des boules pour mettre dans l’arbre et remplacer les pommes. Progressivement on a décoré l’arbre comme il l’est maintenant. L’ange est également une figure importante dans les décorations. Là, c’est un rappel de la crèche parce que le sapin et la crèche ont été longtemps en concurrence en France. Le sapin s’est imposé. Beaucoup d’Alsaciens se sont installés ailleurs en France, important leur sapin et progressivement c’est devenu un décor obligé de Noël », explique Nadine Cretin.

Les souliers au pied du sapin

Une fois le sapin bien décoré, pour espérer être gâté, il faut placer chaussures ou chaussettes à son pied. « La chaussure est un objet qui est très propre à la personne et ça revient un peu à une main tendue. En plus, lors de la période du solstice d’hiver, l’année bascule et les jours se mettent à rallonger. A ce moment-là, on multipliait tout ce qui pouvait être un symbole heureux et être prometteur pour l’année à venir et la chaussure était un symbole de richesse. C’est également de là que viennent les cadeaux, qui ne sont ni plus ni moins que des étrennes », indique Nadine Cretin.

Des cadeaux pour petits et grands

Les chaussures placées, il faut ensuite y déposer les cadeaux : « Les catalogues des grands magasins s’appelaient autrefois des catalogues d’étrennes. C’étaient des jouets que l’on offrait ou des cadeaux alimentaires. Avec la montée de la bourgeoisie au XIXe siècle et en particulier l’installation des grands magasins, le cadeau est devenu incontournable à Noël », décrit Nadine Cretin. Et, contrairement à la croyance, on ne recevait pas que des oranges à Noël, selon l’historienne… « Il y avait beaucoup plus de cadeaux que ce que l’on croit. Tout le monde dit « ma grand-mère avait une orange à Noël », je ne suis pas sûre que c’était vraiment toujours le cas. Effectivement, dans les familles pauvres ou dans les familles à la campagne, on offrait parfois des oranges car c’était quelque chose de tout à fait inhabituel, c’était un fruit luxueux. On pouvait recevoir aussi des pipes en sucre, des bonbons, des gâteaux, des friandises…. Le cadeau s’est vraiment imposé dans les années 1950 avec la montée de ce que l’on appelle la société de consommation. »

De Saint-Nicolas au Père Noël

Orange, friandise ou jouet coûteux, ils seront tous déposés par le Père Noël. Lui aussi existe en réalité depuis plus longtemps que la fête elle-même : « On lui accorde une origine qui remonte à Coca Cola mais en réalité, c’est bien plus ancien que ça. Il y a des personnages dans les carnavals qui distribuent de l’abondance, comme par exemple les Gilles de Binche qui lancent des oranges. Vous avez ces personnages-là qui sont beaux, qui sont généreux et qui côtoient d’autres personnages qui, eux, sont habillés de haillons. Ils sont sombres, horribles, souvent derrière un masque assez inquiétant. Ces personnages-là ont donné plus tard le Père Fouettard mais ils n’étaient pas punitifs. Le personnage beau et généreux à, lui, été christianisé en Saint-Nicolas », explique Nadine Cretin. Elle ajoute : « Saint Nicolas est un évêque qui a vraiment existé, au IIIe siècle en Asie Mineure. Ses reliques, au moment de l’arrivée des « infidèles », ont été transportées à Paris en 1087. Un chevalier lorrain a transporté une phalange à Saint-Nicolas-de-Port. Le culte de Saint-Nicolas était très présent dans les régions rhénanes, à l’est de la France. Il est toujours accompagné d’un personnage sombre, affreux, qu’on connaît sous le nom de Père Fouettard. »

Sur un traîneau porté par le vent...

Le Père Noël a ensuite évolué différemment en fonction des continents, comme l’enseigne l’historienne : « Au XVIIe siècle, les premiers colons américains partis de France étaient très reconnaissants à Saint-Nicolas parce que, dans les miracles qui lui ont été accordés, il avait sauvé des marins de la tempête. Ce côté « Père Noël » commence à arriver. En Lorraine, le Père Noël  recouvre deux figures de la mythologie germanique : celle du dieu Odin, qui pouvait voler dans le ciel, grâce à un cheval à 8 pattes. Ca va donner à Saint-Nicolas la capacité de se déplacer dans les airs. Il y avait également le Chasseur Sauvage, un personnage connu partout en Europe sous différentes appellations. Il avait un attelage, une grande barbe… c’est comme cela que naît le traineau du Père Noël. »

Des évolutions différentes

Nadine Cretin affirme : « Aux Etats-Unis, on va donc voir Saint-Nicolas dans un traineau, pas forcément tiré par des rennes. Les rennes arrivent un peu plus tard. En 1822, un pasteur avait écrit un poème pour ses enfants à propos de Saint-Nick et ce personnage était rondouillard, tout petit, il passait par la cheminée et se déplaçait avec un traineau tiré par des rennes. Il a un nez en forme de cerise, il a un bonnet sur la tête au lieu d’avoir une mitre. Il dépose ses cadeaux et repart par la cheminée. La crosse de l’évêque est devenue un sucre d’orge. » Le Père Noël a évolué différemment en Europe, comme l’explique l’historienne : « Il est resté plus proche du saint évêque, moins bedonnant. Le personnage avait gardé des baguettes à la ceinture et pouvait distribuer aussi bien un cadeau qu’une baguette si l’enfant n’avait pas été sage. Il y a toujours ce côté justicier »

Un symbole international

Le Père Noël américain s’est imposé après la Seconde Guerre Mondiale et a recouvert le Saint-Nicolas qu’on connaissait en France. Coca Cola a finalement fixé son image dans le monde entier : « La campagne de Coca Cola, en 1930, réutilise ce personnage qui avait déjà été utilisé dans la publicité. Il lui donne une taille normale, mais avec toujours ces bonnes joues rondes et ce côté ventripotent. Noël a changé, c’est devenu la fête plus commerciale que l’on connaît et on a repris cette image du Père Noël qui s’est répandue dans le monde entier ». Un dessin, de 1885, attribue officiellement le lieu de vie de ce sympathique bonhomme : le Pôle Nord.