Six choses que vous ne savez peut-être pas sur le Majestic Palace de Royat, près de Clermont-Ferrand

Publié le Mis à jour le
Écrit par Solenne Barlot

Chargé d’histoire, le Grand-Hôtel - Majestic Palace de Royat, près de Clermont-Ferrand, est classé monument historique depuis un an. Architecture, histoire, clientèle, voici 6 choses que vous ne saviez peut-être pas sur cet hôtel.

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Il y a un an, en mai 2021, le Grand-Hôtel - Majestic Palace de Royat près de Clermont-Ferrand, devenait officiellement un monument historique. Grâce aux travaux de recherches de l’historien Johan Picot, l’établissement a pu obtenir cette certification : “J'avais mené 5 ou 6 ans de recherches en amont, au début pour m'amuser, parce que j'habitais sur place. J'ai fait des recherches. Il y avait plusieurs critères et quasiment tous les critères, aussi bien d'un point de vue architectural, ornementation et décoration intérieure, aussi bien que son histoire, en faisaient un monument historique au sens juridique “. Grâce à ses travaux, découvrez ou redécouvrez 6 faits étonnants sur cet hôtel chargé d’histoire.  

Napoléon III a participé à l'élaboration des plans

Après quelques semaines à peine de construction, Napoléon III vient visiter Clermont et Royat en 1862 : “L’empereur vient sur le site et on sait par les archives qu'il a étudié les plans de construction de l'hôtel. On sait par ailleurs que Napoléon III est un très grand fan de construction, d'architecture et d'urbanisme. C'est le Grand Prince bâtisseur, il étudié les plans”, raconte Johan Picot. Dès l'origine, la volonté est de construire un grand hôtel sur le modèle de celui qu'on achève à Paris, “c'est-à-dire grand par la taille mais pas seulement. Grand, à l'époque, ce n'est pas la dimension. On qualifiait de grand les hôtels qui avaient des fonctions spécifiques. Un grand hôtel, c'est un hôtel, à l'opposé des pensions de famille, qui a des espaces liés aux divertissements : des salons de lecture, des salons d'écriture, des salons pour les dames, des salles de billards... Généralement, les grands hôtels ont leurs rez-de-chaussée entiers qui sont condamnés et qui ne servent qu’au divertissement", explique l’historien. 

Electricité, ascenseur... il est premier sur tout

Le Grand-Hôtel suit la vogue internationale. Quand le vent va tourner à partir des années 1900-1910, il va au lui aussi s'aligner. Après 4 campagnes de construction, il va devenir le paquebot que l'on connaît. L'établissement va opérer une mue et se transformer en palace. Il rentre dans la catégorie des grands palaces internationaux. “Depuis les origines, il a toujours été le premier sur tout en Auvergne.” Selon Johan Picot, il va être le premier, dès 1887, à avoir un ascenseur hydraulique, 2 ans avant la tour Eiffel. Il a été équipé de l'éclairage électrique, entièrement, dès le printemps 1891, 3 mois avant l'éclairage officiel du Grand-Hôtel de Paris. Il est le premier à avoir une station essence privée, à avoir un mécanicien privé, à avoir des menus à la carte, le premier à avoir le téléphone, le premier à avoir des salles de bain avec baignoire importée directement de la 5e avenue de New-York. “Le but était de satisfaire une clientèle internationale qui, quand elle arrive de New-York, quand elle arrive des Indes ou de je ne sais où, cette riche clientèle est habituée à tout ce confort-là. Il opère toujours des changements pour être au top.” En 1911, on fait de grands travaux : on installe cette grande verrière qui est en façade et qui fait office de jardin d'hiver. On transforme l’ancienne véranda en restaurant vitré. On change un peu le logo et on lui donne un nouveau nom. “Désormais, il ne s'appelle plus le grand hôtel, il s'appelle le Majestic Palace. Cette dénomination très anglophone lui permet de rentrer dans la catégorie des grands hôtels internationaux reconnus”, précise Johan Picot. 

Ce palace a été construit sur le modèle des palais  

L'ambition était, à l'époque, de faire de ces hôtels le pendant des châteaux où descendait la noblesse. Le monde nobiliaire ne voyageait jamais dans les hôtels à la Belle Époque : "Ils avaient l'habitude d'appeler des cousins, des voisins et d'autres nobles mondains et d’aller de voyage en voyage dans les châteaux des uns et des autres. On veut offrir aux riches bourgeois, notamment la très riche bourgeoisie qui s'est fondue sur le monde industriel, les banquiers et autres armateurs. Ils veulent vivre comme les nobles et n'en sont pas donc on reproduit des palais”, explique Johan Picot. Au Majestic de Royat, l'architecture est une reproduction des codes de l'architecture Louis XIII à Versailles, place des Vosges, selon lui : “ C’est une architecture de brique rouge en 4 manches blanc, les brésillets, les toitures mansardées en ardoise. Ensuite, ils prennent l'apparence des appartements privés de l'époque Louis XV. On a des pièces avec des enfilades de portes côté fenêtre comme on a Versailles. On loue généralement une entrée avec un vestibule à côté. On a la chambre et un salon d'apparat privatif. Ce bâtiment a été construit pour un mode de vie particulier et donc, dans sa distribution intérieure, dans les halls, les couloirs, les escaliers, tout est fait pour une déambulation particulière : voir et être vu. C'était un des critères pour le protéger.” En mai 1912, il y a 110 ans cette année, c'est l'inauguration du Palace, qui montre quelque chose du mode de vie de l'époque. 

Il a été construit par de grands architectes 

Parmi ces mêmes critères, les architectes qui ont œuvré à la construction. Les travaux se sont faits en 4 phases d’agrandissement successives entre 1865 et 1912. “C'est un architecte clermontois qui est très peu connu, qui a construit la première partie sur les conseils de Napoléon III. Il a construit l'actuelle chapelle vers le tribunal, l'ancienne chapelle de l'hôpital général de Clermont. Ce n'est pas n'importe quel architecte. On lui avait quand même confié le chantier de l'hôpital général qui était énorme”, indique Johan Picot. Par la suite, les travaux ont été confiés à 3 architectes parisiens, des architectes de renom : “Ils ont été primés pour les expositions universelles. On est vraiment dans la très grande architecture. Ils connaissent ce qui se fait de mieux à l'échelle de Paris, mais aussi de la Riviera. On regarde beaucoup du côté de ce qui se construit à Cannes, Nice et Menton et on va adopter les meilleures techniques. Pour la décoration intérieure, aussi des grands noms de l'architecture, et puis on prend des fournisseurs pour le mobilier, très connus. Des Clermontois, des fournisseurs de miroirs, de lustres, de tables, de meubles... Tous ces gens-là avaient été primés à une exposition industrielle à Clermont et avait été nommés, tous, comme fournisseurs personnels de Napoléon III. On est quand même dans la très grande histoire.” 

Frères Goncourt, Alexandre Dumas... de grands noms y ont séjourné 

Dès le début, son ambition, c'est le luxe. Les plus grands noms du monde entier sont venus : “On commence avec les Frères Goncourt, on passe par l'héritier de la couronne d'Angleterre, le futur roi d'Angleterre, le roi de Belgique, des sultans, des célébrités de l'époque, Alexandre Dumas, le fils d'Émile Zola. Vous avez Félix Faure, le président de la République qui vient pendant des années, sa fille...”, énumère Johan Picot. L’élite nationale et internationale se donne rendez-vous tous les étés. Souvent, ce sont des habitués. Les clients viennent de saison en saison, tous les ans, pas exclusivement pour le thermalisme. 

Il joue un rôle clef dans la Seconde Guerre Mondiale 

L'hôtel se retrouve au cœur de l'histoire internationale, d'abord en 14-18. Il est réquisitionné pour servir d'hôpital militaire, comme tous les hôtels de Royat, comme l'usine Michelin jusqu'en 1917. Ils vont être réquisitionnés à nouveau, dans la foulée, en 1918 cette fois par les Américains, et le Majestic devient un hôpital militaire américain dans le contexte de la grippe espagnole. “ C'était drôle parce que c'était pile en 1919. Quand est arrivé le COVID-19, on a retrouvé des photos de Royat 1919 avec les masques et tout", indique Johan Picot. Après la guerre en 1919, le Palace le Palace en profitent pour se refaire une beauté. On transforme l'ancienne salle à manger en salle de cinéma. Les cours de tennis sont refaits, raconte l’historien. “Et puis c'est reparti. C'est la grande époque, les années folles. En 1940, là c'est vraiment la cata.” En 1940, l’hôtel est réquisitionné. On apprend à la fin juin que le gouvernement qui a fui Paris va venir s'installer en Auvergne. “Ils envisagent d'abord de s'installer à Royat puis, c'est Vichy qui est choisie. Entre temps, dès la fin juin, la présidence, le Conseil d'État s'installe au Majestic. Le Président de la République va avoir ses appartements dans le complexe hôtelier. Le Conseil d'État va vivre et siéger au Majestic pendant 2 ans et d'autres ministères. Le ministère de la Jeunesse et des sports, le ministère du Redressement et de la guerre, le ministère de l'Industrie vont rester pendant toute la période de la guerre. Et puis fin 42, on est dans la collaboration et c'est là Wehrmacht qui va s'installer ici jusqu'à la libération en août 44. Et puis en 45, le dernier coup d'éclat, qui est un petit symbole, le Majestic va servir de lieu de rapatriement pour les déportés des camps de concentration de Dachau. Pendant cette période, Pétain est venu à 3 reprises, on a des photos”, détaille l’historien. 

Au sortir de la guerre, l'hôtel est complètement défiguré, d'après les archives. Début juillet 1950, le général De Gaulle récupère la salle à manger, vide depuis 10 ans et y fait son discours de présentation pour son mouvement politique. L’hôtel est désormais transformé en copropriété. La fonction, l'architecture de la décoration et ce qui s'est passé : ces 3 critères ont permis d'appuyer la candidature pour être classé monument historique, ainsi que l’état de préservation des vestiges. Grâce à un dossier de 300 pages, le Majestic Palace a obtenu cette certification en mai 2021, il y a un an.