Quarante œuvres d'artistes de renom viennent d’être déposées aux musées d’Aurillac, en vue d'un leg. Régulièrement en Auvergne, les dons de particuliers aident les petits musées à enrichir leurs collections avec des pièces qu’ils ne pourraient pas s'offrir autrement.

C'est une livraison spéciale, facilement qualifiable "d'exceptionnelle". Les musées d'Aurillac viennent de recevoir une mise en dépôt de 40 œuvres d'art contemporain dont certaines détiennent une renommée internationale. Prêté pour une durée de cinq ans minimum, l’ensemble devrait, à terme, être légué à la Ville. “C’est exceptionnel pour nous. Nous sommes très touchés par le geste de Jean-Claude Sergues. Ce collectionneur est un natif d’Aurillac, très attaché à la ville. Il manifeste depuis 2017 le souhait de donner une partie de ses œuvres à la municipalité”, se réjouit Frédéric Sérager, élu adjoint à la culture.

"Enrichir l'offre au public"

Les dons de particuliers ou de collectionneurs à des musées sont fréquents. Ils assurent une meilleure visibilité à des œuvres qui dormaient jusque-là dans des espaces de stockage privés et assurent la conservation d'un patrimoine culturel. La plupart du temps, il s’agit de donations isolées. Celles-ci doivent répondre à des critères spécifiques imposés par le Code du patrimoine. Tous les tableaux que l'on possède chez soi ne peuvent pas faire leur entrée dans un musée. 

Il est courant pour un musée de recevoir un don mais c'est très rare de recevoir plusieurs pièces d'artistes de renom à la fois.

Frédéric Sérager

Adjoint à la culture de la Ville d'Aurillac

En attendant la fin de travaux de fusion des deux musées d'Aurillac, les œuvres seront présentées au sein de l'actuel Musée d'Art et d'Archéologie à partir du 23 juin. Dans le lot, on compte notamment une sculpture de la Japonaise Yayoi Kusama, une peinture aérosol de l'Américain William S. Burroughs, un pochoir du plasticien français Marcel Duchamp ou encore une sculpture de l'Autrichien Franz West. Des créations estimées de quelques milliers d'euros à 280 000 euros pour la dernière, que le musée n'aurait pas pu s'offrir. Les acquisitions sont généralement financées à 50% par la collectivité et 50% par l'Etat. "Cette mise à disposition a une valeur inestimable… Et pas seulement financière. Cette acquisition nous permet d’enrichir l’offre au public avec des propositions fortes. L'art contemporain manquait", estime l'élu aurillacois.

Appel aux dons pour créer une collection

Pour enrichir leurs collections, certains musées lancent même des "appels aux dons" auprès des particuliers. C'est le cas du musée de Souvigny, dans l'Allier, qui a souhaité créer une exposition permanente sur l'histoire de sa Verrerie royale. Celle-ci a existé de 1755 à 1979 et reste méconnue. La municipalité détenait quelques bouchons ou des outils... Pas de quoi constituer une exposition complète.

En quelques semaines, plusieurs anciens de la manufacture se sont manifestés. Ils se sont passé le mot entre eux, ils tiennent à ce que ce patrimoine industriel soit sauvegardé. Nous avons aussi reçu des dons de descendants de verriers qui n'étaient pas intéressés pour garder les pièces chez eux.

Lucile Feracci

Adjointe au patrimoine au musée de Souvigny


Le musée a mis la main sur plus de 130 pièces. Une large représentation de tout ce qu’était capable de produire la verrerie à l’époque : des verres utilisés à bord du Concorde, des créations personnelles que fabriquaient les verriers à la fin de leur journée de travail appelées “bousilleries”...  “On peut dire que ce premier appel aux dons est un succès. Plus on remonte dans le temps et plus il est difficile de trouver des pièces. On a senti un réel engouement de la population pour que cette histoire soit conservée”, raconte Lucile Feracci, en charge de la collecte. 

Chaque don est minutieusement inventorié. Des anciens catalogues de la verrerie permettent de les identifier lorsque les propriétaires ne détiennent pas d’informations précises. Les yeux experts d’anciens verriers ne sont non plus jamais très loin pour authentifier les pièces. Elles seront exposées de façon permanente au musée de Souvigny, courant 2025. La structure accolée au prieuré Clunisien réalise 10 000 entrées par an. Elle est animée par une petite équipe de quatre personnes. Le budget d’acquisitions est “très limité” pour cette commune de 1 900 habitants. 

Des chefs-d’œuvre locaux 

Le renouvellement des collections est un facteur d’attractivité et un moyen de fidéliser le public. Les locaux sont très attachés à voir revenir dans leur ville d’origine certains chefs-d’œuvre comme le tableau "Vue du puy de Dôme, prise dans le cimetière de Royat", peint par Jacques-Auguste Régnier. Il a été acquis par l'Association des Amis des Musées (AMA) de Clermont Auvergne Métropole pour le musée d'Art Roger-Quilliot. Dans la première moitié du XIXe siècle, de nombreux peintres ont peint les paysages pittoresques de la région. “Notre trésorier est allé le chercher à l'hôtel des ventes Drouot à Paris. C’était en fin d’année 2022, la métropole n’avait plus de budget pour l'acquérir et nous, il nous en restait”, détaille Michel Ganne, le président de cette association. 

Créée en 1991, l'association a pour objet principal la promotion de l'art et la culture pour les enfants et adultes. Cela passe notamment par l'acquisition d'œuvres pour les collections des six musées métropolitains. Elle suit de près les ventes aux enchères en France et à l'étranger pour repérer les plus belles pièces. Les transactions sont financées par les dons de ses plus de 700 adhérents, uniquement des particuliers originaires d’Auvergne et d’autres régions.

On peut faire un don au Louvre, très bien, mais en province les musées ont aussi besoin de nous pour enrichir le patrimoine local.

Michel Ganne

Président des Amis des musées de Clermont Auvergne Métropole

Les dons sont déductibles des impôts à hauteur de 66%. Par exemple, un versement de 50 euros revient à donner 17 euros de sa poche. “Pour les donateurs, c’est une fierté de pouvoir participer à ces acquisitions. Ils se sentent utiles à la société et pensent aux générations futures qui vont pouvoir profiter de cette richesse culturelle”, s'enthousiasme Michel Ganne. 

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