Pourquoi la pie-grièche grise est menacée de disparition dans le Massif central

La pie-grièche grise va-t-elle disparaître ? Cet oiseau emblématique du Massif central a vu ses effectifs baisser depuis les années 80. La LPO (Ligue de protection des oiseaux) met en place un programme de conservation afin de préserver l’espèce.

C’est un véritable cri d’alarme que lance la LPO Auvergne (Ligue de protection des oiseaux) : la pie-grièche grise est menacée de disparaître. Le Massif central est l’un des derniers refuges de cet oiseau. On estime sa population entre 1 550 à 3015 individus, ce qui représente 90 % des effectifs nationaux en période de reproduction. On comptait dans les années 1993-1994 entre 1 700 et 5 500 couples au niveau national. Désormais la méthode de comptage a changé. Magali Germain, chargée de communication LPO Auvergne, explique : « La pie-grièche est menacée par l’évolution des milieux agricoles, notamment avec l’intensification des pratiques, la disparition du bocage. Elle est aussi touchée par la diminution des populations d’insectes qui sont victimes des produits insecticides et phytosanitaires ». Les pies-grièches aiment les milieux agricoles. Elles affectionnent les paysages diversifiés de bocage, avec des linéaires de haies, façonnés par l’élevage. Elles apprécient les prairies riches en fleurs et aussi les arbres isolés dans lesquels elles peuvent aller se percher. Cet oiseau se nourrit d’insectes et de micromammifères. « Il a un comportement un peu particulier : il va avoir tendance à se prendre pour un rapace en chassant à l’affût, en se perchant au sommet d’un arbre, d’un arbuste ou d’une clôture. Il constitue des réserves de nourriture, appelées des lardoirs. Il empale ses proies sur des arbustes épineux ou sur des fils barbelés pour se constituer des réserves » raconte Magali Germain.

Des signes inquiétants

Cette année, les signaux sont mauvais : « On a constaté une mauvaise reproduction de la pie-grièche grise. Nos salariés et nos bénévoles qui procèdent au suivi ont constaté qu’il y avait très peu voire pas du tout de jeunes à l’envol ». La chargée de communication évoque ce mauvais renouvellement de la population : « On suppose que c’est dû à l’incapacité des adultes à nourrir correctement leurs poussins, en raison d’une ressource alimentaire insuffisante. C’est aussi lié à la modification des milieux, le manque de haies, d’arbres isolés. La pie-grièche perd son habitat ». On compte environ 300 couples de pies-grièches dans le Puy-de-Dôme, surtout dans la Chaîne des puys, le Cézallier et les Combrailles. On trouve entre 130 et 250 couples dans le Cantal et environ 160 en Haute-Loire.

L’espèce est en fort déclin

Magali Germain, chargée de communication LPO Auvergne

« En plaine d’Ambert, cette année on a repéré une quinzaine de couples. Aucun n’a pu élever de poussins jusqu’à leur envol. Ce sont des signaux très inquiétants. Si ces échecs de reproduction persistaient, cela compromet à court terme la survie de l’espèce ». Toutefois, les populations situées plus en altitude semblent mieux s’en sortir. Par exemple, en Chaîne des puys (Saint-Bonnet-Orcival, Aurières, Vernines, Aydat, Saulzet-le-Froid, Le Vernet-Sainte-Marguerite, Murol), 46 couples ont été repérés durant cette saison de reproduction et pour environ un tiers d’entre eux, la LPO a eu la confirmation d’un succès de la reproduction.

"Tout le monde peut agir pour la biodiversité"

Depuis 2019, la LPO Auvergne-Rhône-Alpes a mis en place un programme de conservation de l’espace, notamment en partenariat avec des parcs naturels régionaux. Il vise à préserver et restaurer les habitats de la pie-grièche. Magali Germain insiste : « Il est important de préserver des prairies riches en fleurs, pour favoriser les populations d’insectes. Il faut aussi garder des espaces de bocage, des haies, où elles pourront se percher et construire leur nid ». Elle rappelle : « Tout le monde peut agir pour la biodiversité. Il suffit de soutenir nos agriculteurs locaux via nos choix de consommation. En consommant des produits de l’agriculture locale, avec une pratique respectueuse de la biodiversité, on soutient un modèle agricole qui préserve les paysages ». Un plan d’actions existe aussi au niveau national. 

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