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Procès Fiona - Cécile Bourgeon "m'a donné l'impression d'une très grande froideur" (expert psychologique)

Le procès de Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf se poursuit, mardi, devant la Cour d'assises du Puy-de-Dôme à Riom. Le 7e jour des débats est consacré en grande partie à l'écoute des experts psychologiques qui ont eu pour mission de dresser le profil des deux accusés.
Cécile Bourgeon, photographié en septembre 2016.
Cécile Bourgeon, photographié en septembre 2016. © Thierry Zoccolan / AFP
Après le témoignage poignant, la veille, de Nicolas Chafoulais qui a redonné vie à sa fille Fiona dans une salle d'audience plongée dans un silence respectueux, la 7e journée du procès de Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf est celle des experts psychologiques. 

La Cour d'assises du Puy-de-Dôme a ainsi pris connaissance des grands traits de la personnalité de chacun des deux accusés, à commencer par celle de la mère de Fiona, décrite comme ayant de "profondes failles narcissiques". A la psychologue qui dresse son portrait et qu'elle a rencontrée à trois reprises en 2013 et 2014, elle a expliqué être l'enfant accidentel, "non désirée", d'une "mère inconsistante" et un d'un "père violent". 

Elle a cru à son propre mensonge.

L'experte poursuit son exposé en évoquant une "personnalité marquée par un sentiment de délaissement, une dépréciation d’elle-même". Cécile Bourgeon aime se présenter comme une "victime", affiche une "capacité à supporter les épreuves" mais il n'y a "pas chez elle de manifestation de l'affect". "Elle m'a donné l'impression d'une très grande froideur", dit la psychologue à la barre, estimant qu'elle tient peut-être l'affect à distance "pour ne pas la faire s'interroger, la faire souffrir". 

Lors de la découverte du corps de Fiona, la réaction de la mère a déstabilisé Berkane Makhlouf selon l'experte psychologue. Il a raconté ne pas avoir vu pleurer sa compagne, et décrit une attitude distanciée, froide. Par la suite, le mensonge de la disparition de la fillette lui a permis de tirer "des bénéfices narcissiques sur le plan médiatique". Cécile Bourgeon lui dira même avoir "cru à son propre mensonge". Cacher la mort de sa fille lui permettait de "conserver l'image de la bonne mère durant plusieurs mois dissimulant ainsi celle de la mauvaise mère".

Meneuse ou suiveuse ?

L'avocat général a interrogé le témoin sur la capacité de l'accusée à "adhérer à une logique de l'autre et y apporter une part active supplémentaire". La psychologue estime que Cécile Bourgeon peut, non seulement, adhérer à la position d'autrui en adaptant son discours mais qu'elle peut aussi progressivement glisser vers un autre rôle. Elle "se présentait comme Cécile, la patronne des musiciens, elle peut être la patronne et Berkane Makhlouf l'a ressenti", dit la psychologue.

Enfin, durant leurs entretiens, Cécile Bourgeon a très peu fait cas de ses deux filles sauf à "les déifier" en appelant Fiona "ma petite princesse". Me Marie Grimaud, avocate de l'association Innocence en Danger, a questionné l'experte sur le "positionnement de Cécile Bourgeon d'affirmer ce droit à avoir des enfants". "Est-ce qu'on peut être inquiet sur l'avenir de ses enfants et une reproduction de ce qui s'est passé avec Fiona ?", demande-t-elle. "Si elle n'a pas changé de discours, si elle n'a pas fait un travail psychique profond, je vais dire oui. Tant que ses enfants viendront la remplir, la combler, et seront pris par elle pour des objets, le risque persiste."
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