Attentat de Berlin: le témoignage d'un expatrié riomois

Originaire de Riom (63), Laurent Myot habite Berlin depuis 15 ans. « Je ne ressens pas de la peur chez les gens : c’est plutôt la tristesse qui domine » nous confie-t-il. / © Clemens Bilan-AFP / Laurent Myot
Originaire de Riom (63), Laurent Myot habite Berlin depuis 15 ans. « Je ne ressens pas de la peur chez les gens : c’est plutôt la tristesse qui domine » nous confie-t-il. / © Clemens Bilan-AFP / Laurent Myot

Originaire de Riom (63), Laurent Myot est installé à Berlin depuis 15 ans. Traducteur indépendant, il travaille aussi au sein d’une association qui donne des cours de skateboard, notamment aux réfugiés. Résidant à Schöneberg, près du lieu de l'attentat, il livre ses premières impressions.

Par Valentin Pasquier

Deux jours après l’attaque, avez-vous remarqué un changement d’attitude des Berlinois de votre quartier ? Évitent-ils de sortir dans les rues ?
Il n’y a pas forcément moins de monde dehors, mais la présence policière est bien plus visible. À la base, à Berlin, on n’a pas de policiers avec des Famas qui se promènent partout comme en France aujourd’hui. Ils ne sont déployés que lors de manifestations exceptionnelles, comme le 1er mai par exemple. Ce déploiement policier, on commence à le voir à présent.

Par exemple, je travaille pour le festival de la Berlinale, dont les locaux se trouvent à Postdamer Platz (voir carte ci-dessous). Juste en bas, il y a aussi un marché de Noël qui a rouvert le 21 décembre. Maintenant, les policiers quadrillent le secteur et on y a un installé des plots en béton. Ça crée un atmosphère relativement anxiogène.

Comment avez-vous appris la nouvelle de l’attaque ?
Je suis tombé dessus par hasard, à la télévision le soir. Bien que j’habite à seulement 2 minutes en vélo de Breitscheidplatz (lieu de l’attentat), je ne me suis pas rendu sur place. Ça n’allait rien m’apporter et je considère ça comme du voyeurisme.

Le bilan est peut-être dur à faire deux jours seulement après cette attaque, mais qu’est-ce qui ressort dans vos conversations avec vos collègues allemands, vos proches ? L’inquiétude ? Le sentiment de se dire que s’était prévisible ?
Je ne ressens pas de la peur chez les gens : c’est plutôt la tristesse qui domine. Berlin, c’est une ville insouciante. L’attaque, ça a été une douche froide alors forcément, ça remet en cause ce trait de personnalité qui caractérise la ville. Par insouciance, je ne veux pas dire naïveté : c’est une ville avec une histoire riche, qui a subi beaucoup d’événements. Elle a été quasiment détruite en 1945. Il y fait très froid en hiver aussi… « la vie n’est jamais simple, mais il ne faut pas se laisser abattre, » ça pourrait résumer le caractère des Berlinois. Et malheureusement, ici, on se dit que c’était prévisible. Parce que, quitte à vouloir diviser la société, pourquoi les terroristes ne taperaient-ils pas là où les réfugiés sont massivement arrivés ?

Justement, craignez-vous un regain d’hostilité des Allemands envers ces populations accueillies dans le pays avec cet attentat ?
Le sujet de l’extrême-droite est plutôt tabou en Allemagne. Mais depuis tout récemment, le parti Alternative für Deutschland développe une rhétorique nombriliste et anti-réfugiés qui commence à trouver un public. Je n’ai pas suivi qui était recherché (un Tunisien de 24 ans, NDLR), mais si c’est un réfugié, ça va faire très mauvaise presse.


Et à votre échelle, l’attaque a-t-elle des répercussions sur l'association dans laquelle vous travaillez auprès des réfugiés ?
Je reviens justement de l’association où je discutais avec les collègues. Ici, les gens font en sorte de ne pas se laisser aller, il n’y a pas de bascule vers la peur. Nous n’avons pas reçu de communiqué concernant des nouvelles mesures de sécurité.

Avec l’asso, nous travaillons directement avec les centres d’accueil de réfugiés : on vient, on fournit du matériel et on donne des cours de skate sur place, à des enfants de 10 à 15 ans. La plupart sont arrivés il y 13-14 mois, on a pu suivre tout leur processus d’accueil. Beaucoup suivent nos cours avec assiduité, veulent revenir, s’améliorer. Une fille m’a confié que ses parents ne voulaient pas lui offrir de planche lorsqu’elle habitait en Afghanistan, mais qu'on lui autorise à présent qu’elle est à Berlin. Cet après-midi (le 21 décembre), on a fait une grande compétition de skate. J’avais peur que les événements posent problème, mais ça s’est quand même fait. C’était super émouvant.

 

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