"Je n'ai toujours pas le goût et l'odorat" : 3 mois après le COVID, Jacqueline parle des séquelles de la maladie

Jacqueline Boucheyras est assistante maternelle à Paslières près de Thiers dans le Puy-de-Dôme. Elle a contracté le COVID 19 en novembre dernier. Trois mois plus tard, les séquelles sont encore là.

Touchée il y a 3 mois par le COVID 19, Jacqueline Boucheyras prend encore de nombreux traitements.
Touchée il y a 3 mois par le COVID 19, Jacqueline Boucheyras prend encore de nombreux traitements. © Catherine Lopes / FTV

Une "rescapée" du COVID 19. C’est ainsi que se présente Jacqueline Boucheyras. Cette assistante maternelle de 47 ans vit à Paslières près de Thiers, dans le Puy-de-Dôme. Cette mère de deux enfants a contracté le COVID 19 en novembre 2020. Elle raconte : « J’ai été testée positive le samedi 7 novembre, sans symptômes. J’avais des soupçons. Heureusement que je l’ai fait parce que le dimanche on m’a appelée pour me dire que j’étais positive. J’ai commencé à avoir des symptômes le samedi soir. Je buvais une infusion. J’en avais acheté une que je n’avais pas encore goûtée. Quand je l’ai préparée, elle était à l’orange cannelle, c’est censé sentir fort. J’ai dit à mon mari que ça ne sentait rien et il m’a dit le contraire. Quand j’ai bu j’ai senti que ça n’avait pas de goût non plus. Finalement j’avais le COVID et tout s’est enchaîné ».

8 jours au CHU

En effet, tout va très vite et l’état de santé de Jacqueline se dégrade rapidement. Son mari est aussi positif mais souffre beaucoup moins que son épouse. Elle explique : « J’ai commencé à avoir de la température. J’ai eu de la toux. C’est monté crescendo. Je ressentais beaucoup de fatigue et après ça m’a fait comme une grosse grippe. J’avais des courbatures partout. Le mercredi matin, j’ai pris ma douche et à la fin je ne pouvais plus respirer. J’ai appelé le 15. Une ambulance est venue me chercher et je suis allée aux urgences à Thiers. Ils m’ont gardée très peu de temps en me disant qu’ils me reverraient d’ici 2-3 jours. Je faisais de l’hyperventilation. Je suis rentrée chez moi et pendant 3 jours, j’allais plus ou moins bien. Le dimanche après-midi je ne me sentais pas bien. J’ai dit à mon mari que j’allais me reposer. Je me voyais partir. Une copine ambulancière m’avait laissé un appareil mesurant la saturation. Je voyais les chiffres monter et descendre. J’ai pris en photo les mesures et je l’ai envoyé à ma copine. Elle m’a dit qu’elle arrivait. Elle est venue, elle a fait un bilan et m’a fait hospitaliser au CHU de Clermont-Ferrand. Le dimanche après-midi je suis arrivée en salle de déchocage, sous oxygène. J’ai passé un scanner des poumons. On a vu qu’ils étaient brûlés. J’ai encore cette sensation de brûlure. J’ai passé 8 jours au CHU au service COVID ».

Je n’avais pas de forces, je n’avais pas le moral

A l’évocation de ces 8 jours, la quadragénaire est encore toute bouleversée. Elle souligne : « Ces 8 jours ont été très durs. Je ne pouvais rien faire. Je n’avais pas de forces, je n’avais pas le moral. Les visites étaient interdites. C’était compliqué. Je me demandais comment ça allait se terminer. Après ça allait un peu mieux et on m’a proposé d’aller à la clinique de Durtol pour me requinquer. J’ai été transférée là-bas le 21 novembre et j’y ai passé un peu plus d’un mois. C’était de la rééducation pour nous rapprendre à respirer, reprendre des forces. Un geste tout bête comme s’assoir et lever la jambe m’était impossible, pour la première séance de kiné. Le jour où je suis arrivée à Durtol, ça faisait 8 jours que je n’avais pas pris de douche, il a fallu m’aider pour prendre ma douche. J’étais incapable de marcher ».

Tous les jours je me donnais un but

Ce mois passé à la Clinique Médicale Cardio-Pneumologie de Durtol lui a permis de retrouver quelques forces. Jacqueline affirme : « Je suis ressortie de Durtol le 22 décembre. J’ai fait des progrès. De jour en jour on voyait l’évolution. On nous donnait de grosses quantités à manger et on nous disait de prendre des forces. Ce n’est pas évident quand on n’a pas le goût. Mais je mangeais quand même. Tous les jours je me donnais un but : demain tu iras jusqu’à la porte de la chambre, puis demain jusqu’à la baie vitrée. Je progressais par paliers. La première semaine j’avais des séances de kiné dans ma chambre puis lors de la deuxième semaine j’ai retrouvé le groupe, avec séance de kiné le matin et 30 minutes de vélo l’après-midi. J’avais le droit aux visites, mon mari venait le week-end. Je suis sortie juste avant Noël. J’avais repris le minimum de forces. On m’a dit qu’avec le COVID on ne pouvait pas forcer pendant 3 mois. Je retourne à la clinique au mois d’avril pendant un mois pour faire des efforts intenses, en cardio et en pulmonaire ».
 

Des séquelles encore aujourd'hui

Mais 3 mois après avoir contracté le COVID 19, l’assistante maternelle souffre encore de lourdes séquelles : « Je ressens beaucoup de fatigue. Je n’ai toujours pas le goût et l’odorat. J’ai toujours cette sensation de brûlure au niveau de la poitrine. J’ai des problèmes de tension, que je n’avais pas avant. Je ne descends pas en-dessous de 15. J’ai des problèmes cardiaques. Même au repos je tourne autour de 90. J’ai vraiment des séquelles compliquées ». Jacqueline a repris le travail le vendredi 29 janvier. Mais cette reprise est difficile. Elle précise : « On me préconise de rattaquer à mi-temps mais dans mon métier ce n’est pas facile. Je suis assistante maternelle et m’occupe de 4 enfants. Il y a 2 grands à l’école et 2 petits. La première journée de travail ça allait. Mais après deux jours de travail j’étais complètement lessivée. Hier après-midi je me suis posée sur le canapé et j’ai dormi. Moi qui aime bien marcher c’est devenu compliqué. Dès que je marche un peu je m’essouffle vite. J’ai du mal à porter le bébé que je garde. Quand il est dans le parc ou dans le lit, le fait de se baisser et de se relever m’est difficile ».

J’avais besoin d’exprimer des choses 

Mais les traitements qu’elle doit prendre ont eu des conséquences. La quadragénaire confie : « Avec tous les comprimés que je dois prendre, ça m’a créé d’autres problèmes. J’ai eu des hémorroïdes. J’ai dû être opérée d’urgence sous anesthésie générale. J’ai mis 8 jours pour m’en remettre ». Moralement aussi, le COVID 19 a eu des conséquences : « Psychologiquement ça va mieux car je suis rentrée à la maison. Tout le temps où j’étais hospitalisée était difficile. D’ailleurs, que ce soit au CHU ou à Durtol, j’étais suivie par un psychologue car les médecins savaient que le moral était impacté. J’avais besoin d’exprimer des choses ».

Jamais je ne pensais avoir de telles conséquences

Les médecins ne savent pas pourquoi elle a tant souffert du COVID. Une maladie génétique dont elle souffre pourrait être une explication, mais sans aucune certitude : « Avant le COVID, j’avais une maladie génétique qui attaque les poumons et le foie. J’étais une personne à risques. Mais les médecins ne savent pas si c’est cette maladie qui a aggravé mon état pendant le COVID. Jamais je ne pensais avoir de telles conséquences. Ma maladie génétique ne m’impactait pas trop jusque-là. Je savais que j’étais à risque depuis le mois de mars. Je n’avais quasiment pas de vie sociale car j’avais peur d’attraper le COVID. Je ne sais pas vraiment comment je l’ai attrapé mais j’ai de gros doutes. Je soupçonne une famille car le COVID la faisait rire. Elle ne respectait pas le protocole en place, ne voulait pas mettre le masque. Et depuis que j’étais à Durtol je n’ai plus eu de nouvelles de cette famille ». Elle ajoute : « J’ai de nombreux traitements à prendre. Les médecins ne savent que me dire que ça va être long pour récupérer. Les infirmières à domicile et mon médecin traitant m’ont dit qu’il n’avait pas vu un cas de COVID aussi grave. Ils ont eu pourtant des patients de plus de 90 ans mais ils n’ont pas souffert comme moi ».

Rappeler des gestes simples

Aujourd’hui Jacqueline se satisfait des petits progrès qu’elle réalise chaque jour. Le COVID 19 fait la une de l’actualité, ce qui ne l’empêche pas de réagir : « Quand je vois des reportages sur le COVID, je ressens de la colère. Quand je vois le je-m’en-foutisme de certaines personnes, je me dis qu’elles devraient passer 2 jours à l’hôpital et voir ce que c’est. Huit jours au CHU ce n’est vraiment pas agréable du tout. C’est terrible. Si j’avais un message à donner, ça serait de se protéger et de respecter toutes les consignes, et le port du masque plus que tout. Se désinfecter les mains est aussi important ». L’assistante maternelle rêve d’un retour à la normale. Mais la perspective d’un vaccin ne la réjouit pas forcément. Elle indique : « J’espère que je vais pouvoir retrouver mes forces d’avant et essayer d’être moins fatiguée, moins essoufflée. Pour la vaccination, je ne servirai pas de cobaye. A Durtol, les médecins ont tenu à me vacciner contre la grippe et j’ai été malade pendant 2 jours comme un chien. Avant de me faire vacciner contre le COVID j’attendrai que le vaccin fasse ses preuves ». Trois mois après avoir contracté le COVID 19, Jacqueline ne pensait pas avoir autant de séquelles. Elle avoue, la voix tremblante : « Je me suis dit que j’étais revenue de loin. Le dimanche quand je suis partie de la maison, je ne savais pas où j’allais. Quand je suis revenue chez moi et que j’ai franchi le seuil de la maison, j’étais contente, et je pouvais retrouver ma famille ». Désormais, Jacqueline espère retrouver sa forme d’antan et pouvoir embrasser ses filles comme avant. En imaginant cela, elle affiche un large sourire qu'on devine sous son masque.

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