Le téléphérique des glaciers de la Meije, aux confins de l'Isère et des Hautes-Alpes, dessert un domaine atypique dans l'univers des stations de ski. Il donne accès à un espace naturel préservé et sauvage, très prisé des amateurs de hors-piste. Mais la concession de gestion du téléphérique doit changer de main. Le domaine sera-t-il toujours aussi protégé ? 

Un téléphérique installé en 1976


À la Meije, pas de pistes aménagées, pas de neige travaillée par les pisteurs. Le principal aménagement est un drôle de téléphérique multicolore, qui symbolise le domaine depuis 40 ans. Des jolies cabines rouge, orange et jaune, "celles d'origine, qui sont entretenues au fur et à mesure" explique David Leguen, directeur commercial de la société des téléphériques. 

On n'a jamais su qui avait fait cet attentat, est-ce que c'était des jalousies, des motivations plus écologiques ?


Lorsque les travaux sont lancés en 1976, le projet est loin de faire l'unanimité. Le téléphérique a-t-il servi de monnaie d'échange pour faire accepter la création du parc national des Ecrins, lui aussi sujet sensible ? En tout cas, le chantier sera bloqué durant plusieurs mois par un attentat. "On n'a jamais su qui avait fait cet attentat, est-ce que c'était des jalousies, des motivations plus écologiques ? Je pense qu'on ne saura jamais" estime Jean-Pierre Sevrez, le maire de La Grave. 


30 minutes pour gravir 2150 mètres


Le téléphérique conçu par l'ingénieur Denis Creissels est pulsé, avec six trains de plusieurs cabines et deux tronçons permettant de se hisser à 3200 mètres d'altitude. Une belle mécanique loin de la rapidité actuelle, qui permet de gravir 2150 mètres de dénivelé en une demi-heure. Un rythme paisible...  

"On emmène trente skieurs toutes les cinq minutes dans les Vallons, ce qui fait qu'au bout d'une minute la-haut, vous avez l'impression d'être toujours seuls. Le jour où on aura un débit continu, je pense qu'on va y perdre en qualité de pratique" avance David Leguen, qui poursuit :"le débit est un gage de qualité du domaine

En une demi-heure de trajet, on a vraiment le temps de savourer, d'apprécier tous les étages alpins, la forêt, puis l'univers glaciaire


"Ce téléphérique est une invitation au voyage, un voyage qui vous emmènerait en dix minutes à 3200 mètres, on n'en profiterait pas forcément. Alors qu'en une demi-heure, on a vraiment le temps de savourer, d'apprécier tous les étages alpins, la forêt, puis l'univers glaciaire" décrit le directeur commercial de la structure.

Le téléphérique fait vivre la moitié de la population ici


Aujourd'hui, la polémique de l'installation paraît bien lointaine. Le téléphérique des glaciers de la Meije fait partie de la vie des villageois. "Ca a été créateur d'emplois directs, [...] mais aussi d'emplois pour l'hôtellerie, le commerce... Bien sur, le téléphérique fait vivre la moitié de la population ici", rappelle Jean-Pierre Sevrez. 

La création du téléphérique de La Meije en 1976
Intervenants: David Leguen, directeur commercial de la Société des Téléphérique des Glaciers de la Meije ; images Louis Pic ; Jean-Pierre Sevrez, maire de La Grave Equipe: SEMET Dominique, GUAIS Françoise, MAILLARD Pierre

 

Des patrouilleurs au service des skieurs


Ce matin de janvier, il fait très froid au sommet du téléphérique. Le thermomètre affiche -24°C sans compter le vent. En bas de la structure, les patrouilleurs transmettent l'information : "en ressenti, avec un vent à 30km/h, il fera moins 45°C !" prévient Jean-Charles Bonsignore, l'un de ces employés du domaine. 

La principale mission des patrouilleurs secouristes, c'est celle-ci : informer les skieurs sur les conditions météorologiques, les itinéraires et les risques encourus. Un travail qui commence bien avant la prise de service. "Quand on se réveille chez nous, la première chose que l'on fait, c'est qu'on regarde dehors, la neige, pour avoir une petite idée de l'ambiance de la journée" explique Jean-Charles Bonsignore.  

Un domaine somptueux mais non-sécurisé


Des panneaux le précisent en haut des itinéraires, le domaine est non-sécurisé, et les skieurs évoluent sous leur propre responsabilité. En haut comme en bas du téléphérique, le dialogue est donc constant pour éviter les accidents et une prise de risque démesurée. Quand l'enneigement le permet, les descentes sont somptueuses, avec 2000 mètres de dénivelé non-stop.

L'autre rôle des patrouilleurs, employés municipaux, c'est de participer à la commission de sécurité qui conseille la mairie lorsqu'il faut fermer le téléphérique. Une discussion qui intervient "dès que le risque passe en niveau 3, dès qu'il y a une chute de neige qui fait changer la nature du terrain, et le risque" précise Charley Scemama, patrouilleur. 

Domaine de la Meije: le travail des patrouilleurs
Intervenants: Jean-Charles Bonsignore, Patrouilleur ; Ruan Pedro, Skieur de Barcelone ; Charley Scemama, Patrouilleur. Equipe: GUAIS Françoise, SEMET Dominique, MAILLARD Pierre.  - France 3 Alpes

 

Diaporama: un domaine sauvage depuis 1976

DIAPORAMA

 

Qui sera le repreneur ?

 
En avril, la concession d'exploitation du téléphérique sera réattribuée. Jusqu'à présent, c'est l'ingénieur Denis Creissels qui en était titulaire, mais son contrat ne sera pas renouvelé. Plusieurs repreneurs se sont manifestés. 

Pour la mairie, chargée de choisir le nouvel exploitant pour les 30 prochaines années, pas question de changer de concept. "Pas de pistes, pas de canon à neige, pas d'artifices. On reste sauvage. L'objectif, c'est de pérenniser l'outil dans une certaine philosphophie", sans oublier la "pérennité financière" affirme Jean-Pierre Sevrez, le maire de La Grave. 
 
Dans le cahier des charges de la nouvelle délégation de service public sont inscrits la modernisation du téléphérique, le remplacement des cabines, la reconstruction totale du restaurant d'altitude mais aussi et surtout, la création d'un troisième tronçon jusqu'à 3 600 mètres. Il permettrait de faciliter l'accès à un glacier, aujourd'hui uniquement accessible aux skieurs via un téléski. 

l'Aiguille du Midi de la région PACA


"On estime que sur un panorama à 360 degrès, il faut monter les piétons. Il faut monter une clientèle plus contemplative. [...] On espère, avec ce troisième tronçon, faire un peu l'Aiguille du Midi de la région PACA" détaille le maire de La Grave. 

Une association se porte candidate 


Dans le petit village de Ventelon, au dessus de la Grave, un habitant a décidé de faire entendre sa voix. Son association "Le signal de La Grave", fait partie des six candidats à la reprise. Joost Van Zundert. Ce belge arrivé d'Anvers en 2005, est venu pour le ski. 

Pour Joost Van Zundert, la construction d'un troisième tronçon n'est pas nécessaire. "Je pense que c'est plus important de développer le bas du village, monter doucement, et non faire un investissement à 15 millions d'euros en haut sans développer le bas du village". 

En novembre, pour monter son dossier de reprise, l'association lance une campagne de financement participatif. À la surprise générale, en quelques jours, les donateurs affluent.


Mais la candidature de l'association n'a pas été retenue.  Aujourd'hui, Joost demande à la mairie plus de clairvoyance sur la procédure...

Qui sera le nouvel exploitant ? Le nom d'un grand groupe est souvent cité, mais ce n'est qu'en avril que la décision sera officiellement communiquée.

Téléphérique des glaciers de la Meije: qui sera le repreneur ?
Intervenants: Jean-Pierre Sevrez; Maire de La Grave, Joost Van Zundert ; Association le Signal de la Grave Equipe: GUAIS Françoise, SEMET Dominique, MAILLARD Pierre - France 3 Alpes

 

L'amertume de l'exploitant historique


Ce téléphérique au design rétro, c'est l'exploitant actuel Denis Creissels qui l'a conçu à la fin des années 70. Mais en juin, l'ingénieur passera le flambeau. Malgré son envie, il ne sera pas candidat au renouvellement de sa concession. 

"Je ne peux pas l'être, j'ai été condamné par une action parfaitement dégueulasse de la commune, mon casier judiciaire n'est plus vierge" indique-t-il. Ce que la justice lui reproche : avoir voulu influer auprès de la mairie pour prolonger sa propre concession. Mais à 81 ans, le bouillonnant ingénieur ne baisse pas les bras.

Son regard se fait très critique à la lecture du cahier des charges pour le futur exploitant. Notamment concernant la création d'un troisième tronçon. "Une exploitation de dix mois par an, faire fonctionner trois tronçons de téléphérique pour quelques clients, c'est complétement irrationnel au niveau de la rentabilité", juge-t-il. 

Le développement économique de la Grave, Denis Creissels l'imagine plutôt par la création d'une liaison sur l'autre versant de la montagne avec la petite station familiale du Chazelet. 

Autre projet de ses projets : redessiner la gare de départ pour en faire un lieu de vie. "On laisse un parvis, et on fait un bâtiment avec tous les services que peut attendre un client qui arrive ou même qui habite. Office du tourisme, Compagnie des guides, Ecole de ski, [...] un lieu de rencontres, c'est ça qui me parait important" esquisse-t-il. 

Pour l'actuel exploitant, le téléphérique se porte bien, et ce n'est pas de ce côté là qu'il faut dépenser de l'argent et de l'énergie. "Ils veulent mettre des cabines nouvelles, mais où ? Comment ? Elles ont une certaine largeur par rapport au pilote, une certaine hauteur sinon elles ne passent pas... C'est quand même des cabines qui, à l'époque, ont été signées Pininfarina. On peut les repeindre, encore que..." s'interroge Denis Creissels. 

L'ingénieur conserve la concession jusqu'au 17 juin. En avril, le nom du nouveau gestionnaire sera connu. 


Téléphérique des glaciers de la Meije: l'amertume de l'exploitant
Intervenants: Denis Creissels, société des téléphériques des glaciers de la Meije Equipe: GUAIS Françoise, SEMET Dominique, MAILLARD Pierre - France 3 Alpes