Réforme de l'assurance chômage : les saisonniers en grève promettent peu de perturbations dans les stations

En février 2016, des salariés des Deux-Alpes s'étaient mis en grève pour réclamer des augmentations de salaires et des effectifs supplémentaires. / © Aurore Vassal / MaxPPP
En février 2016, des salariés des Deux-Alpes s'étaient mis en grève pour réclamer des augmentations de salaires et des effectifs supplémentaires. / © Aurore Vassal / MaxPPP

Une partie des saisonniers des stations de sports d'hiver entame un mouvement de grève reconductible à partir de demain. Ils protestent contre une précarisation de leurs professions, et mettent en cause les réformes des retraites et de l'assurance chômage. Retrouvez la liste des stations concernées.

Par TH

Colère sur les pistes. A partir de ce samedi 15 février, les saisonniers des stations de ski entament un mouvement de grève reconductible, accompagné de diverses actions de protestation. Remontées mécaniques, caisses, restaurants et hôtels... Tous les secteurs seront touchés, avec des conséquences que les syndicats assurent minimes pour les vacanciers.
 

"On ne voit pas l'intérêt d'impacter nos clients", explique Nathalie, syndiquée FO, qui travaille à la caisse d'une remontée mécanique de La Clusaz en saison depuis 9 ans. "La majeure partie des employés travailleront avec un brassard, et on expliquera ce qui se passe aux clients", complète-t-elle.

En l'occurence, cette protestation a plusieurs causes. Comme les grandes grèves des dernières semaines, il vise à s'opposer à la réforme des retraites voulue par le gouvernement. "Ceux qui vont payer le prix le plus fort de cette réforme, ce sont les précaires, ceux qui ont eu des carrières hachées, dont les saisonniers", expose Antoine Fatiga, responsable CGT Saisonniers en Auvergne-Rhône-Alpes.
 

"Beaucoup de saisonniers vont perdre entre 40 et 60% de leur indemnisation"


Mais la colère émane surtout de la réforme de l'assurance chômage, dont de nouvelles règles vont s'appliquer à partir du 1er avril. "Avant on cotisait un mois pour un mois d'indeminsation, précise Antoine Fatiga. Maintenant, il faut cotiser six mois sur les 24 derniers mois. Et beaucoup de saisonniers vont perdre entre 40 et 60% de leur indemnisation chômage."

Un poids en plus sur les épaules des saisonniers, dont le métier s'est déjà précarisé ces dernières années selon Antoine Fatiga : "Les mesures nationales affectent les plus précaires, et le réchauffement climatique a réduit la durée des saisons hivernales, et donc la rémunérations des saisonniers."

Pour Nathalie, cette réforme concerne également les employeurs. "On va devoir travailler à l'année en descendant dans la vallée pour toucher nos indemnisatées complètes, avance-t-elle. Cette réforme, c'est la mort de la saisonnalité."

Les grévistes ont aussi envie de casser les clichés sur les saisonniers. "Certains nous traitent de feinéants parce qu'on travaillerait quatre mois par an, mais ce n'est qu'une minorité de saisonniers, s'indigne Nathalie. On fait des métiers pas simples, avec beaucoup d'heures. Je ne vois pas pourquoi on nous traiterait de feinéants si on prend un mois avant de recommencer à travailler."
 

Des droits tirés vers le bas ?


Un dernier point crispe une bonne partie des saisonniers du secteur des remontées mécaniques. "Le gouvernement veut passer de 700 conventions collectives à 200, en faisant des mariages entres secteurs", avance Antoine Fatiga de la CGT. Son inquiétude principale : "Etre mariés avec un secteur où le droit social est moins bon, ce qui tirerait nos droits par le bas."
 

La branche des remontées mécaniques bénéficie notamment de la reconduction automatique d'un CDD :  si l'employé n'est pas notifié de sa non-recondution avant la fin de la saison, il est obligatoirement réembauché l'année suivante.

Face à la colère, le gouvernement a annoncé un "plan d'accompagnement" des saisonniers. Une promesse qui ne rassure pas Antoine Fatiga : "Chaque année, on nous fait les mêmes annonces. Ca ne passe pas auprès des salariés, ils nous prennent pour des couillons, et ça nous encourage encore plus à être mobilisés."
 

Faire entendre leurs voix sans gêner les vacanciers


La majorité des grandes stations des Alpes devrait être concernée par ce mouvement de grève. A La Clusaz, Nathalie promet une manifestation sur la place de l'église avec distribution de tracts à 17h30, en compagnie de ses collègues de Labellemontagne et du Grand-Bornand.

Côté Savoie, un rassemblement sera organisé à 8h30 au rond-point de l'entrée de Moutiers, "où nous distribuerons de l'information à l'arrivée des touristes" selon un communiqué de la CGT.

Le but de l'opération est simple d'après Nathalie de FO : "Toucher l'Etat". Tout simplement. La CGT Remontées mécaniques a d'ailleurs lancé une pétition à l'attention du ministère du Travail, qui a d'ores et déjà rassemblé plus de 2 700 signatures. 

Parmi les perturbations à prévoir, certaines stations verront leur domaine skiable réduit, mais les syndicats assurent que les vacanciers ne souffriront que peu de ce mouvement.

Voici la liste des stations concernées par des prévis de grève ou par des actions selon FO et la CGT :
 
  • En Isère : Les Deux-Alpes, L'Alpe d'Huez, Chamrousse
  • En Savoie : Courchevel, La Plagne, La Rosière, Les Arcs, Les Karellis, Les Menuires, Les Sybelles, Méribel Alpina, Saint-Colomban des Villars, Savoie Grand Revard, Tignes, Val Cenis, Val d'Isère, Val Thorens, Valfrejus-La Norma,Valloire, Valmeinier, Valmorel
  • En Haute-Savoie : Avoriaz, Chamonix Mont-Blanc, Flaine, La Clusaz, Le Grand-Bornand, Les Carroz, Les Gets, Megève, Val d'Arly

 

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