La biennale d’art contemporain de Lyon entre à l’usine

© F. Giroud
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La Biennale d’art contemporain de Lyon a déménagé. Elle a laissé la Sucrière aux bords de la Saône pour les anciennes usines Fagor dans le quartier de Gerland. Une façon de faire des économies et de pousser les murs. 29 000m2 sont à la disposition d’une cinquantaine d’artistes.

Par Franck Giroud

Ça y est la Biennale d'art contemporain de Lyon est ouverte ! Chic, une belle occasion de découvrir les grandes idées des artistes du moment. Et en plus la Biennale a déménagé et me permet de voir de jour les anciennes usines Fagor (elles ont déjà accueilli en version nocturne, les Nuits Sonores).  J’adore les friches industrielles. On m’avait prévenu, c’est grand. Plus que cela, immense.

Une fois, le portique d’entrée passé, j’ai du mal à m’y retrouver. Le hall 1 est particulièrement vaste. Mais où sont les œuvres ? Une ancienne machine à laver, est posée là. A-t-elle été oubliée ? Non, elle est recouverte d’une fourrure rose. Voilà mon premier contact établi. C’est vrai beaucoup d’œuvres de cette Biennale ont été créées sur place. Et on le comprend très vite en circulant dans ce premier hall. Attention de ne pas vous accrochez à l'immense roncier métallique déroulé face à l’entrée par Jean-Marie Appriou.
Puis, vous hésiterez dans votre direction car les œuvres sont assez difficiles à distinguer. Elles sont posées là. Comme ces sculptures de cadavres d’animaux posés sur des moteurs de voitures de l’italien Nico Vascellari, très premier degré, l’œuvre s’appelle «Horse power» (cheval vapeur !).
 
© F. Giroud
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Au fond de la salle un très long mur de balles de carton compressés du chinois Chou Yu-Cheng. Il a le mérite de cloisonner l’espace surdimensionné. En tournant au coin de ce mur de "récup", au fond deux œuvres blanches, une sorte de dune en chaux au milieu de laquelle le français, Stéphane Thidet à garer une moto. Elle a laissé une trace noire sur cet îlot immaculé.  Et sur la droite une immense structure gonflable tout aussi blanche. Léonard Martin a intitulé cette œuvre protéiforme "la mêlée". C’est une évocation du florentin Paolo Uccello. On sent que l’artiste connait bien l'histoire de la peinture ancienne et cela fait du bien. Dans cet univers de Biennale post-nucléaire, où l’archéologie contemporaine plombe quelque peu le moral, ces grandes courbes gonflables entremêlées aux allures mi-humaines mi-animales donnent envie de s’y lover, d’entrer dans cette mêlée. Un vrai coup de cœur.

 
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Marcher sur les nuages

Mais il faut poursuivre et pour se rendre dans le hall 2, il faut traverser les débris en résine d’une carlingue d’avion, les fauteuils explosés et les morceaux de corps éparpillés conçus par l’anglaise Rebecca Ackroyd. Dans ce deuxième espace plus petit et sombre je me sens plus à l’aise dans la visite. Une rivière orangée toute en courbes, charrie une grosse boule de flipper, une rivière de larmes sur son pays de la coréenne Minouk Lim. Cela incite à s’arrêter là quelques instants, presque à méditer. C’est un peu le cas aussi devant la grande vidéo très aérienne d’Abraham Poincheval. Dans sa performance, il nous emmène à marcher sur les nuages, au-dessus d’une canopée paisible et fragile. Un peu d’humain et de nature, on respire avant de se figer dans la cuisine-labo de l’usine Fagor toute figée dans des cristaux de sel par la sud-africaine Bianca Bondi. La chimie n’est pas loin et l’univers délaissé des ouvriers non plus. C’est d’ailleurs dans le hall suivant que les traces industrielles sont les plus fortes. C'est un immense hall dominé d’un pont roulant, creusé d’une fosse technique et de diverses machines restées là depuis la fermeture de l’usine il y a 4 ans. Difficile dans ce décor déjà investi par de nombreux graffs laissés sur les murs, de trouver une place lisible pour les artistes contemporains.
 
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Il a donc fallu faire dans le gigantisme. Un artiste irlandais, Sam Keogh s’est payé le luxe de faire venir une énorme tête de foreuse de tunnel pour y adjoindre quelques bricoles en périphérie. Graphiquement la tête de tunnelier est bien à sa place. Et puis au fond de l’autre partie de ce hall une œuvre semble avoir trouvé sa place et sa proportion dans ce gigantisme. L’autrichien Thomas Feurstein nous donne une lecture très personnelle du mythe de Prométhée : "Dans la mythologie grecque, le Titan Prométhée a volé le feu pour le transmettre aux humains. En représailles, les dieux le condamnent à avoir le foie dévoré chaque jour par l’aigle du Caucase, chaque nuit le faisant renaître." Traduction : une grande statue de Prométhée en marbre se décomposant sous l’effet de bactéries et dans un tube de verre se dressant sur toute la hauteur du hall la tentative de recomposition de son foie. Une étrange alchimie.

Ces halls immenses et très présents m’empêchent de me concentrer sur les œuvres de la dernière salle.
Le charme des traces industrielles des usines Fagor a peut-être gagné sur les œuvres qui y sont installées. Et après tout, la visite vaut peut-être tout simplement pour le lieu. Et la Biennale ne s’arrête pas là. Il faudra encore visiter le Musée d’Art Contemporain sur les bords du Rhône, l’Institut d’Art Contemporain, l’IAE, et l’URDLA à Villeurbanne. Sans oublier le couvent de la Tourette à Eveux où Anselm Kiefer à poser des œuvres monumentales.

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