« C’est ma dernière télé ! » Alain Fauritte se confie sur le plateau de « Vous êtes formidables » en Auvergne Rhône Alpes

Publié le Mis à jour le
Écrit par Yannick Kusy (@yannkusy)

Portrait d'un interviewer. Un véritable marathonien de l'antenne. Presque quotidiennement, Alain Fauritte a occupé les écrans de France3 Auvergne Rhône Alpes pendant trente ans. Son visage fait, aujourd'hui, presque partie de la famille de bon nombre de téléspectateurs. Sa bienveillance, sa rigueur, et aussi sa discrétion l'ont toujours caractérisé. Sans oublier le gamin qu'il est toujours resté. Pour la dernière émission de la saison de "Vous êtes formidables", il a accepté d'en être l'invité. Portrait.

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« C’est ma dernière après plus de 3800 émissions, environ », débute le journaliste dont le visage et la voix sont connus par les téléspectateurs de France3 Auvergne Rhône Alpes depuis 30 ans. Alain a décidé de quitter l’antenne, et, comme on dit « faire valoir ses droits à une retraite bien méritée ».


Mais juste avant, il apparait, une dernière fois, sur vos écrans. Cette fois, c’est lui qui devient l’invité de l’émission matinale. Le temps de livrer une partie de ses secrets « A une condition, c’est que je ne sois pas formidable, moi. Mais que les gens que j’ai rencontrés dans ce métier le soient…», précise cet éternel pudique cathodique.

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Alain Fauritte répond aux questions de Yannick Kusy ©france tv


« Parler de moi n’est pas mon truc. Je suis né pour faire parler les autres, et faire découvrir leurs qualités. C’est vrai que je ne parle pas tellement de moi, à part en privé…» se justifie-t-il.

Un véritable rhône-alpin

Retour aux sources. Alain est né à Montélimar, presque par hasard. « Mes parents vivaient à Lyon. Mon papa travaillait à EDF dans un service qui s’appelait : le changement de tension. Cela rappellera des choses aux personnes plus vieilles que moi. La France est passée du 110 volts au 220. Il a fallu changer tous les équipements, notamment dans les commerces. Et donc changer de ville régulièrement. Quand j’étais tout petit, on a beaucoup voyagé… »


Il a vécu un peu partout en Rhône-Alpes : à commencer par Saint-Etienne. « J’adore cette ville. Et puis il y a eu Chambéry à partir de 5 ans jusqu’à mon bac. Puis les études à Grenoble. Je suis vraiment un Rhône-Alpin… » Et, très jeune, la télévision est venue à lui, déjà. « On a une horloge sur ce plateau qui me rappelle celle que l’on voyait avant les programmes, signée Christian Houriez, de l’école Boulle, à l’époque de l’Ortf. Elle avait une forme d’escargot. Mes parents n’avaient pas la télévision chez eux, à Saint-Etienne. Mes voisins –suprême luxe- en avait une. J’avais l’autorisation d’aller chez eux, tous les soirs, pour voir... Nounours, Nicolas et Pimprenelle. »

Des origines italiennes 


Mais ses racines familiales ne sont pas en Rhône-Alpes. On les trouve notamment en Italie, dans le Frigoule, du côté de San Daniele. « C’est une région située au nord-est du pays, au-dessus de Venise. Elle est au pied de ces montagnes, à la frontière avec la Slovénie et l’Autriche. C’est là d’où est originaire ma maman, issue d’une famille d’immigrés italiens », précise Alain. « J’ai découvert récemment qu’en fait, c’était une famille noble basée en Toscane, qui soutenait les Médicis. Cette branche de la famille s’est implantée à San Daniele. Je ne sais pas s’ils ont été riches un jour... Mais ils sont devenus en tout cas très pauvres ensuite. »


Son grand-père maternel occupe une place particulière dans sa mémoire personnelle. « Il a quitté l’Italie tout jeune pour aller se battre à Verdun aux côtés des français. Il a été blessé. A cette époque-là, on achevait souvent les blessés en leur donnant un coup de baïonnette. Ce fut le cas pour mon grand-père, qui en a réchappé, malgré un coup porté dans la gorge », détaille-t-il. « Je ne l’ai pas connu très longtemps, mais j’ai le souvenir de sa voix assez rauque et son accent italien. »


Au moment de la seconde guerre mondiale, la famille « italienne » d’Alain Fauritte a d’abord rejoint la France. Sa mère est née à Paris. Mais, à l’arrivée des allemands dans la capitale, ils ont choisi de rentrer en Italie. « Sauf que, bien que mon grand-père se soit battus aux côtés des français, on a déchiré leurs papiers à la frontière. Il s’est retrouvé en prison, car considéré par le pouvoir dictatorial comme étant du mauvais côté. Mon oncle, lui, était dans le maquis. »


De l’Italie, Alain Fauritte dit avoir essentiellement avoir conservé... « L’amour de la langue. Une langue chantée. Et puis, je me suis toujours dit que c’est le seul pays où je pourrais vivre si je devais quitter la France », reconnaît-il.

On m’a vite fait comprendre la valeur de l’argent, du travail, de l’obéissance...


Après quelques années, ils décident de revenir en France, pour s’installer en Ardèche. « A Vivier, qui est le plus beau village du monde, avec la plus petite cathédrale de France. Un village magnifique », se souvient Alain. « Lorsqu’elles parlaient de mes ancêtres, mes grand-tantes me disaient qu’ils étaient des industrieux de la soie. On a tous des racines dans l’agriculture… Et j’ai un grand-père qui travaillait à la Compagnie nationale du Rhône, et qui suivait la construction des barrages de la région. Il habitait les cités construites pour les ouvriers. Elles étaient en préfabriqué. Et elles existent encore aujourd’hui. »


Sa maman, couturière, a laissé de côté son métier pour s’occuper de son fils unique, jusqu’à ce qu’il soit assez grand pour se débrouiller. « Je précise que je n’ai pas été gâté pourri, comme on dit. Ma mère avait une certaine autorité, qu’elle a encore. On m’a vite fait comprendre la valeur de l’argent, du travail, de l’obéissance ». Et il ajoute « Je ne sais pas si cela a été une bonne chose. J’ai toujours trop obéi tout au long de ma vie. J’ai découvert que, finalement, les gens en abusaient. »


Aujourd’hui cette maman compte toujours beaucoup. « Je n’ai pratiquement plus qu’elle. Je les ai vus tous disparaitre, les uns après les autres. Aujourd’hui elle vit à Hyères. Je l’embrasse parce qu’elle regarde l’émission tous les matins. Elle est super importante. Même si, dès qu’on est ensemble, on s’engueule, mais tout va bien », sourit-il.

Premier job à Lyon, premières rencontres professionnelles


Les études du jeune Alain Fauritte, qui a 23 ans, l’amènent à débarquer à Lyon. Il y passe sa licence et une maitrise en information-communication. Au moment de son premier job, il rencontre une journaliste expérimentée, qui travaille au Progrès : Jeanine Paloulian. « Elle a été ma prof à la fac. On s’est toujours titillés. Mais je pense qu’elle m’aimait bien. Et, un jour, alors que je recherchais du travail, elle m’a donné un conseil. Elle m’a dit d’appeler Régis Neyret. »


Le président du patrimoine rhône-alpin avait une entreprise de presse, et recherchait un jeune journaliste. « Cela a été mon premier travail. Je la remercie car je lui dois plein de choses », résume Alain. Et pourtant, il ne voulait pas spécialement faire ce métier. « Quand j’étais gamin, je voulais être architecte, mais il fallait être très bon en maths. Puis je voulais devenir réalisateur et faire des films. Mais c’était trop difficile. J’ai emprunté des voies détournées et, finalement, je me suis arrêté en cours de route. Et j’ai eu cette opportunité. Journaliste, pourquoi pas… »

Je pense que j’ai fait mes preuves grâce… à une abeille


A partir de 1989, il débarque à TLM, télévision locale de la métropole lyonnaise. Le rédacteur en chef de l’époque n’était personne d’autre que Jérôme Bellay, qui deviendra, ensuite, un grand patron de médias, et va notamment créer la radio France Info. « C’est un grand professionnel, avec qui on a appris plein de choses, même si il n’était pas omniprésent. J’étais arrivé avant lui, et il m’a gardé –je l’ai compris après- pour faire fonctionner la boite le temps d’un été. »


Il livre une anecdote. « Je pense que j’ai fait mes preuves grâce… à une abeille. Il fallait faire un reportage sur ce sujet. Je m’étais battu pour en attraper une, et fait des pieds et des mains pour réussir un sujet sympa. Le rédacteur en chef de l’époque m’a trouvé « pas mauvais ». Je faisais les débuts de journaux, et j’ai fini par me voir attribuer des sujets plus politiques, économiques etc… On m’a donc gardé ».


Il fait aussi ses premiers plateaux. Son collègue de bureau de l’époque est un certain… Yves Calvi. « Sans l’espionner, je l’écoutais travailler. Il préparait –déjà- de longues interviews. J’ai un peu appris mon métier comme ça », avoue-t-il. A TLM, il côtoyait aussi un certain… Laurent Guillaume.

Hasard ou pas… Ces deux-là vont rejoindre finalement… la télévision publique qu’est FR3, en 1992. « TLM a changé de propriétaire, et on a été nombreux à quitter cette chaîne. Je ne savais pas où j’allais, et je suis parti en vacances. Avant de partir, j’ai envoyé des cassettes avec mes reportages. A mon retour, le directeur régional de Fr3 m’a proposé de rencontrer Bernard Villeneuve, responsable de l’antenne. J’ai commencé comme ça. »


Il y fait, rapidement, ses premiers plateaux, et s’occupe en particulier d’une chronique… économique. Avec une tenue impeccable. En revoyant les images, il s’amuse « Il y avait déjà les oreilles décollées, j’avais encore des cheveux et dix kilos de moins. Tout est dit. » Mais, en réalité, le travail est très cadré. « Je venais de la presse économique. Il fallait être sérieux. Ça s’est dégradé après….», ironise-t-il.


S’enchainent ensuite de nombreuses émissions. « Samedi chez vous » fut le premier magazine, aux côtés de Laurent Guillaume. Le binôme a tenu quelques années. Ensemble, ils animeront surtout « Régional express », un magazine de la mi-journée, dans un décor de… train. « On faisait des reportages, avec notamment Eric Guirado qui, lui, est devenu réalisateur, depuis », détaille-t-il.


Alain a aussi présenté un magazine sur le cinéma, un sujet qui lui tient particulièrement à cœur. « Pendant dix ans, avec Luc Hernandez, qui était un critique parfois acerbe, avec un talent fou, cela été un bonheur extraordinaire et, aussi, un énorme succès d’audience. »

Moi je vis comme tout le monde. Et puis nous sommes en télé régionale. Il faut rester lucide, modeste et humble

Moins drôle, il est également arrivé qu’Alain Fauritte soit… sans émission. Ce qu’il estime avoir bien vécu, n’étant pas attaché à l’antenne. « Je m’en fous complètement. Les gens le savent. Il y a eu une période sans émission, durant deux ou trois mois. Et puis un moment où on m’a enlevé l’animation principale. On a mis quelqu’un d’autre à ma place. Et puis, à la fin, le directeur de l’époque est venu présenter ses excuses et m’a proposé de revenir. Et, là, grand seigneur, après quelques secondes de réflexion… j’y suis retourné », plaisante-t-il.


Muriel Robin, Jean-Michel Jarre, Florence Foresti, Françoise Fabian… De nombreuses personnalités ont été interviewées sur les plateaux animés par Alain Fauritte. Et, au fil des années, il est devenu, lui-même, très populaire. « C’est le seul truc dont je n’ai pas conscience. Pendant quelques années, quand je faisais mes courses, on me reconnaissait. Cela me faisait plaisir. Et puis, après, j’ai une attitude qui fait qu’on ne me remarque pas. Moi je vis comme tout le monde. Et puis nous sommes en télé régionale. Il faut rester lucide, modeste et humble. Je ne me considère pas comme une personnalité. Rencontrer plein de gens connus ne m’a pas donné la grosse tête. Ce fut un plaisir de pouvoir échanger avec des gens que, souvent, j’admirais… »

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Alain Fauritte répond à la question fort minable ©france tv


Il est comme ça, Alain Fauritte. Extrêmement exposé, et, particulièrement pudique. Récemment, la responsable des programmes régionaux Claire Combes lui a fait ce joli compliment : « Alain, je te regarde souvent. Dans tes interviews, qui sont toujours très passionnantes, il y a souvent ce petit brin de malice… » Ce qui fait rire cet éternel gamin. « J’ai douze ans et demi dans ma tête. Ce qui n’empêche pas de faire mon travail avec de la rigueur. Mais je reste un gamin. Tout le monde peut en témoigner. Au bureau, je saute sur les tables, je fais des farces. Si on ne rit pas, quel est l’intérêt de vivre ? Il faut rire tout le temps et dédramatiser. Cela n’empêche pas d’être sérieux quand il le faut. »

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retour sur le parcours d'Alain Fauritte, par Nathalie Christe ©france tv


La meilleure des conclusions revient à un autre journaliste qui, lui-aussi, a longtemps montré son visage sur la même antenne que lui. Jacques Pâté, ancien présentateur des journaux de France 3 Rhône-Alpes, et aujourd’hui directeur des programmes régionaux de toute la chaîne, a récemment souhaité une belle retraite à ce confrère lyonnais qu’il connaît bien, en lui disant ces mots. « Je ne sais pas si la télévision va te manquer, Alain Fauritte. Mais, une chose est sûre : tu vas beaucoup manquer à la télévision. »

REPLAY : Voir l'intégralité de l'émission, avec Dolorès Mazzola, Valérie Chasteland, Laurent Guillaume et Loïc Ballet

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