La chaîne TLM deviendra “BFM Lyon” à partir de cet été

Contrairement à leurs homologues de BMFTV, les journalistes de BFM Lyon filmeront avec des iphones, dans le cadre d'un "nouveau modèle d'information locale". / © Deliss / Godong / Maxppp
Contrairement à leurs homologues de BMFTV, les journalistes de BFM Lyon filmeront avec des iphones, dans le cadre d'un "nouveau modèle d'information locale". / © Deliss / Godong / Maxppp

La chaîne locale TLM deviendra BFM Lyon cet été, a annoncé le groupe Altice, nouveau propriétaire de la chaîne, jeudi 11 avril.  BFM promet d'inventer "un modèle nouveau pour l'information locale en France". A Lyon, des medias locaux s'inquiètent. 

Par Mathieu Boudet

Altice a acheté la chaîne locale TLM (Télé Lyon Metropole), le 10 octobre 2018, pour la transformer en une nouvelle chaîne locale d'information en continu, qui sera une déclinaison de sa chaîne BFM Paris.

 

Un "nouveau modèle"



Altice veut "inventer un modèle nouveau pour l'information locale en France, qui est assez peu développée à la télévision", a affirmé lors d'une conférence de presse Alain Weill, le PDG d'Altice France. Entretenant le mystère, Damien Bernet, directeur exécutif du Pôle Média d'Altice, a évoqué "d'autres projets [qui] pourraient peut-être se concrétiser (ailleurs) dans les mois qui viennent".

Altice compte s'appuyer sur son modèle similaire à Paris. Le directeur s'est félicité des résultats de sa première chaîne locale BFM Paris, lancée en 2016 sur le modèle des chaînes locales américaines, qui attire désormais 500 000 téléspectateurs chaque jour selon lui. 

Le groupe compte aussi sur l'autorisation possible de la publicité ciblée, qui adapterait les spots aux téléspectateurs en fonction des données qu'ils partagent, dans le cadre de la future réforme de l'audiovisuel. Alors que la publicité locale a été "laissée" à Google et Facebook, "on veut offrir de la puissance aux annonceurs en local", a souligné Damien Bernet, citant les promoteurs immobiliers, les concessionnaires auto, les acteurs de la distribution ou les restaurateurs, à qui pourraient être proposés des "tickets d'entrée à 1 000 ou 2 000 euros"

 

Un grand chamboulement ? 



La chaîne lyonnaise, qui diffuse du nord de l'Isère (Vienne et Bourgoin-Jallieu) à la région de Villefranche sur Saône et couvre actuellement un bassin de 2 millions d'habitants.

Le débarquement de cette marque célèbre à Lyon suscite des craintes dans le milieu des médias locaux depuis son annonce. Ainsi, des recours devant les tribunaux avaient été formulés peu après l'annonce du rachat de TLM, pour remettre en cause la décision du CSA d'attribuer une autorisation d'émettre à ce groupe. Le propriétaire d'Espace Group, émetteur de plusieurs radios locales, s'inquiète notamment d'une déstabilisation du marché publicitaire local, et craint la puissance du géant Altice, propriétaire également de l'opérateur SFR qui pourrait déséquilibrer les rapports avec les interlocuteurs locaux.

On n'en sait pas davantage, pour l'heure, sur le rendu à l'antenne que présentera le "nouveau modèle" prôné par cette nouvelle chaîne. La quinzaine de reporters de BFM Lyon, en cours de recrutement, filmera au smartphone et présentera les actualités depuis le studio lyonnais, avec une régie à Paris.

Nous n'avons pas d'éléments d'informations sur le sort des équipes actuelles de feu TLM.


 

La fin de TLM



Avec ce projet, Altice tourne définitivement la page TLM, créée en 1988. En 30 ans, TLM a gagné le coeur de nombreux lyonnais, mais n'a jamais su trouver son équilibre économique avant ces dernières années. Pionnière de la télévision locale hertzienne en France à la fin des années 80, TLM a faillit disparaître à de nombreuses reprises.

Dès sa création, elle connaît une suite de dirigeants successifs, qui tentent à chaque fois de relancer la programmation de la chaîne, sans succès. Dans les années 90, faute de recettes publicitaires suffisantes, le groupe est placé en redressement judiciaire. Il est repris in extremis par La Générale d'Images. Mais la chaîne reste en déficit chronique.

Elle est reprise une nouvelle fois en 2001 par le groupe Socpresse, propriétaire du journal Le Progès, qui tente de renforcer son identité de "chaîne des lyonnais", et s'appuie sur un réseau de chaînes locales pour créer des économies d'échelles. Elle diffuse notamment des séries populaires comme "24h chrono." Le groupe jette à son tour l'éponge 8 ans plus tard.

La chaîne est reprise cette fois par de petits investisseurs privés, et s'enfonce jusqu'à son placement en procédure de sauvegarde, en 2012. Elle subit un plan de restructuration qui prévoit d'importantes suppressions de postes.

Mais après cette nouvelle déconvenue, TLM parvient petit à petit à redresser la barre, notamment en diversifiant son offre au delà de la télévision. En 2015, pour la première fois de son histoire, elle parvient à dégager un résultat positif. 3 ans plus tard, alors que la chaîne semblait enfin avoir trouvé son modèle économique, mais que ses audiences restaient modestes, Altice annonce son acquisition, et son intention de la transformer.

Télé Lyon Métropole garde certes son canal, mais cette fois, la chaîne, son identité et son nom... S'éteindront pour de bon.  


 

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