VIDEO Goncourt 2022 : "Vivre vite" de la Lyonnaise Brigitte Giraud, une enquête sur la mort, le deuil et l'absence

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L'autrice lyonnaise Brigitte Giraud remporte le Prix Goncourt 2022 avec son 11e roman "Vivre Vite". "Une alchimie de style à la frontière entre autobiographie et roman" pour le directeur de la fête du livre de Bron

Brigitte Giraud remporte le Prix Goncourt 2022, avec son roman "Vivre Vite" publié aux éditions Flammarion.  Ancienne libraire, journaliste, critique et conseillère littéraire de la Fête du Livre de Bron. 

"On est extrêmement fiers!" s'enthousiasme, Maya Flandin, de la librairie Vivement Dimanche à Lyon. "On la suit depuis 25 ans, elle fut la première à venir faire une dédicace chez nous, et nous organisons une rencontre à chacun de ses livre". Même joie du côté de la librairie Passages, où Didier Coviaux est déjà "très heureux de défendre le bandeau rouge dans les semaines à venir."

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BRIGITTE GIRAUD REMERCIE L'Académie GONCOURT ©AFP

La mort, le deuil, l'absence 

Son onzième roman revient 25 ans plus tard sur le décès de son mari Claude et explore toutes les situations qui auraient pu conduire à l'absence d'accident.

Comme lorsqu'on cherche une explication à ce qui n'en n'a pas, chacun des chapitres commence par "si" et explore dans le détail les jours qui précèdent l'accident. Il aura fallu toutes ces années à la romancière pour faire ce deuil grâce à la littérature.

Après avoir reçu son prix, l'écrivaine a remercié les membres de l'académie Goncourt : "L'intime n'a de sens que s'il résonne avec le collectif, une société, avec une histoire. Les membres de l'Académie ont vu cette dimension beaucoup plus large qu'une simple destinée qui si elle est privée des autres n'a pas beaucoup de sens" a-t-elle commenté. 

"Brigitte est une écrivaine totale" commente Yann Nicol le directeur de la fête du livre de Bron. "L'écriture et la littérature sont l'endroit où elle vit", ajoute-t-il. 

Son livre n'est pas seulement un livre de témoignage c'est une alchimie du style, de la langue... qui amène le personnel vers l'universel.

Yann Nicol, directeur de la fête du livre de Bron

"Aujourd'hui j'ai signé la vente de la maison" 

Vivre vite, c’est un livre qui commence par un acte, certes jamais banal, mais dont on ne soupçonne pas encore la charge émotionnelle : « Aujourd’hui j’ai signé la vente de la maison ». Une maison dans laquelle nous avions tourné, -uniquement dans le bureau où elle écrit- pour l’un de ces précédents livres « Nous serons des Héros ».

Apprivoiser le silence

Une maison achetée avec Claude, son mari décédé le 22 juin 1999 dans un accident de moto, et qu’il n’aura jamais pu habiter. Brigitte Giraud a raconté cet accident tragique dans un livre “À Présent”, sorti en 2001.

Mais cette fois, il s’agit de mettre un point final, de déposer définitivement une clé sous une jarre qui, bientôt n’existera plus (la maison est en effet vouée à disparaitre au profit d’un projet d’aménagement routier).

Je fais une dernière fois le tour de la question, comme on fait le tour du propriétaire, avant de fermer définitivement la porte. Parce que la maison est au cœur de ce qui a provoqué l’accident

Brigitte Giraud

"Vivre vite", son dernier roman

« Je fais une dernière fois le tour de la question, comme on fait le tour du propriétaire, avant de fermer définitivement la porte. Parce que la maison est au cœur de ce qui a provoqué l’accident », écrit elle dans le premier chapitre. 

Vivre vite c’est d’abord vivre sans. Apprivoiser le silence, l’absence d’un homme avec qui elle partageait depuis des années le même rêve. Faire son deuil, c’est entrer dans un espace-temps très long, qui va à l’opposé de la vitesse de la moto. Car l’accident n’a jamais eu d’explications. Alors c’est le temps dont l’autrice aura besoin pour tenter de répondre aux questions, de trouver sa route dans un entrelacs de coïncidences, de hasards, de répétitions.

La litanie des Si

Chaque chapitre explore alors une hypothèse qui, peut-être à elle seule, aurait pu empêcher laccident : « Si je n’avais pas voulu vendre l’appartement », « si ma mère n’avait pas appelé mon frère pour lui dire que nous avions un garage », « S’il avait plu », « Si Claude avait n’avait pas oublié ses 300 francs dans le distributeur »…Une construction qui s’accélère comme les derniers jours avant l’accident

Vivre Vite c’est aussi la vitesse, l’emballement qui s’empare du (de la)  lecteur.trice, chapitre après chapitre, devant ces “si” : cette accumulation de petites choses contrariées, de tous ces conditionnels, de ces suppositions qui viennent, parfois impitoyablement, mettre les points sur les « i ». Alors malgré ce compte à rebours, on se laisse entrainer volontairement dans l’engrenage…et on ne lâche plus le livre.

Il y a eu la sensation que tu te fondais en moi. Que je devenais homme et femme à la fois

Brigitte Giraud

"Vivre vite", son dernier roman

Nostalgie d’une époque

Ecrire, comme une photographie, c’est aussi préserver le souvenir, faire revivre un temps où deux jeunes gens issus d’un même quartier populaire et tous deux de familles rapatriées d’Algérie, vont s’inventer une vie, un quotidien, des combats, des Carte de Séjour à écouter sur des CD ou des vinyles en import ou dans les émissions de radio de Bernard Lenoir, sur France Inter.

Le premier album de Dominique A., Oasis ou Coldplay. Un temps où tout semble possible et qui se tient là, aux côtés du lecteur, si vivant grâce à une écriture limpide et puissante.

Et enfin vient la fin de l’enquête.

Après ce si long voyage. Après cette folle traversée où ta chute a entraîné toutes les manières de tomber. Toutes les façons de se relever. Toutes les façons de te retrouver. Il y a eu tant de signes, tant de coïncidences, tant de rendez-vous secrets. La vie inavouable. Il y a eu la sensation que tu te fondais en moi. Que je devenais homme et femme à la fois.”

Vivre Vite est un livre qu’on n’oublie pas. En tous cas pas tout de suite. Qui creuse son sillon en nous. La vie dans sa fluidité et ses accrocs.

Bibliographie 

Nous serons des héros, éd. Stock, 2015

Avoir un corps, éd. Stock, 2013

Pas d’inquiétude, éd. Stock, 2011

Une année étrangère, éd. Stock, 2009

J’apprends, éd. Stock, 2005

Bowling, in Tout sera comme avant, collectif, éd. Verticales, 2004

Marée noire, éd. Stock, 2004

Nico, éd. Stock, 1999

La Chambre des parents, éd. Fayard, 1997

Récit

À présent, éd. Stock, 2001 (mention spéciale du prix Wepler)

Nouvelles

Avec les garçons, suivi de Le Garçon, éd. J’ai lu, 2010

L’amour est très surestimé, éd. Stock, 2007  (Prix Goncourt de la Nouvelle)

Nouvelle dans Dix ans sous la Bleue, collectif, éd. Stock, 2004

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