Coupe du monde de rugby : les clubs parient sur un regain d'intérêt pour ce sport

La région Auvergne Rhône-Alpes est la 3e terre de rugby de France. Alors que les Bleus affrontent l'Uruguay ce jeudi 14 septembre à Lille, nous avons voulu savoir si les clubs pouvaient compter sur un effet Coupe du monde. Dans le Rhône, un regain d'intérêt semble émerger chez les jeunes.

Ils étaient des milliers, au Stade de France, dans les bars, entre amis, en famille, à supporter le XV de France pour leur conquête d’une première victoire dans cette Coupe du monde de rugby, face aux All Blacks. Ils le seront sûrement tout autant à l’occasion de la prochaine rencontre des Bleus contre l’Uruguay ce jeudi. Les rues de Lyon, de Saint-Etienne, deux villes hôtes pour cette 10ᵉ édition de la compétition, mais aussi de toute la région, s’animent tout au long de la compétition, au rythme de l’ovalie.

Il faut dire que l’Auvergne-Rhône-Alpes (AURA) défend son rang parmi les terres de rugby françaises. Selon les données de l’INSEE publiées le 5 septembre dernier, 51 000 personnes détenaient en 2021 une licence de rugby dans la région, derrière l’Occitanie (69 000) et la Nouvelle-Aquitaine (62 000).

Des clubs illustres qui tirent la région vers le haut 

"On a la chance d'avoir des clubs phares, qui ont brillé et continuent de le faire au plus haut niveau", souligne Clément Lucas, agent de développement au sein du club Rhône sportif rugby à Villeurbanne. "Que ce soit à l'époque avec Bourgoin ou Grenoble, maintenant un peu plus avec le LOU, on a des clubs qui ont de beaux résultats en équipe professionnelle. Je pense que ça aide", ajoute le dirigeant sportif, qui salue également l’effort de la ligue de rugby en AURA pour sa communication et la formation des éducateurs.

Pas moins de 300 clubs de rugby sont enregistrés dans la région, dont trois figurent parmi les meilleurs de France. L’ASM à Clermont-Ferrand, Oyonnax dans l’Ain, et le LOU à Lyon jouent en première division, le TOP 14. Le FC Grenoble, Valence Romans Drome Rugby et le Stade Aurillacois Cantal Auvergne figurent quant à eux au classement de la Pro D2, deuxième division française.

"La région Rhône-Alpes, le sud en général, mais surtout la région AURA, bénéficie d'une certaine densité de population", ajoute Patrick Bayle, vice-président du comité de rugby Rhône-Métropole de Lyon.

"Mais ce n’est pas que ça, parce que quand on regarde la répartition sur la région, on est aussi bien implanté en Auvergne que dans la région lyonnaise", ajoute le membre du comité directeur du club de rugby de Meyzieu, près de Lyon. Quand la région représente 12% de la population française, l’ensemble des licenciés est lui à hauteur de 17% selon les chiffres de la Fédération française de rugby.

"Une croissance au ralenti ces trois dernières années"

Si c’est en Isère que le nombre de licenciés est le plus important (11 570), le Rhône arrive en deuxième position avec 6 920 férus du ballon ovale. Un chiffre qui stagne depuis environ trois ans, après une belle croissance pendant une dizaine d’années.

"On a une évolution, mais à titre de comparaison, il y a 4 ans en arrière, on prenait entre 20 et 30% de licenciés supplémentaires par an. On a eu une grosse croissance qui s'est un petit peu calmée et qui a vraiment ralenti en trois saisons. On prend peut-être 10 ou 15 % de joueurs en plus par an", explique Clément Lucas.

Au total, le département enregistre une hausse d’approximativement 7 % du nombre de licenciés.

Un "effet coupe du monde" chez les 13-18 ans

En ce mois de septembre, les clubs de rugby viennent tout juste d’ouvrir leurs inscriptions. S’il est encore trop tôt pour observer un afflux d’inscrits, comme lors de la précédente Coupe du monde de rugby en 2007, les premiers signes de cet "effet coupe du monde" sont visibles.

"C’est vraiment la première saison où j'ai beaucoup de contacts avec les jeunes qui ont entre 13 et 18 ans", explique Clément Lucas. Depuis quelques années, il constate une désertion de cette tranche d’âge dans son club. Un constat que partage Patrick Bayle.

Il y a eu un creux parce que c'est un âge où les jeunes attendent d'autres choses. C'est un fait de société, je pense. Ils sont moins motivés par une activité régulière avec des entraînements 2 ou 3 fois par semaine. Ils zappent un petit peu et certains reviennent plus tard.

Patrick Bayle

Vice-président du comité de rugby Rhône-Métropole de Lyon.

Selon l’INSEE, les pratiquants sont effectivement plus âgés que dans les autres sports : "la part des licenciés de moins de 15 ans (31 %) est de dix points inférieurs à celle de l’ensemble des sports olympiques". Et l’explication est à trouver du côté de la réputation que le rugby a : un "sport présentant des risques de contacts violents [...] ce qui expliquerait la réticence des plus jeunes et de leurs parents à s’engager dans cette discipline."

Sur les réseaux sociaux, à la télévision, sur des panneaux d’affichage, la Coupe du monde fait parler du rugby. "Le fait que la compétition se déroule en France, que l’équipe de France ait de bons résultats, qu'il y ait beaucoup de visuels dessus, ça permet vraiment de créer une dynamique sur cette tranche d'âge là qui était jusqu'à présent assez faible". Clément Lucas a également accueilli quelques séniors, entre 20 et 28 ans, attiré par le sport qu’ils voient sur tous les écrans.

Une meilleure visibilité sur le rugby féminin

Le public féminin est également très réceptif à cet engouement autour du rugby. Si le sport reste très masculin, avec seulement 10% des femmes licenciées en AURA, parmi les plus faibles des sports olympiques avec le football et le tir, il y a du progrès. Sur les 10 à 15% d’inscrits supplémentaires au club de Villeurbanne, "une grosse partie est liée à l'équipe féminine senior", souligne Clément Lucas.

Sur les trois dernières années, s’il y a vraiment une augmentation criante, aussi bien sur les équipes jeunes que sur les équipes seniors, c'est bien chez les féminines.

Clément Lucas

Agent de développement au club Rhône sportif rugby de Villeurbanne

Les filles ont fait leur apparition, il y a quatre saisons, dans le club. D’une douzaine, elles sont passées à une cinquantaine, mais restent malgré tout minoritaires face aux 200 licenciés masculins. C’est aussi dans la catégorie féminine que le département du Rhône enregistre la plus forte hausse du nombre de licenciés. Elle est de 15 % pour les moins de 6 ans, de 45 % pour les moins de 8 ans et de 7 % pour les moins de 12 ans.

Depuis un an, le comité Rhône rugby a mis en place une équipe des moins de 18 ans en rassemblant la quasi-totalité des clubs du département. "Il y avait un trou. Les filles jouent jusqu’à 15 ans avec les garçons et après plus rien jusqu'aux seniors. Le comité du Rhône a décidé de mettre en place une équipe afin que les filles, un peu éparpillées dans tous les clubs, puissent continuer à jouer et à participer à une compétition à 15", explique Patrick Bayle.

Le groupe est aujourd’hui composé d’une quarantaine de sportives qui s’entraînent sur trois pôles d’entrainement : un au nord du département, un plus au sud et un pôle avec le LOU puisque l'équipe interclubs recrute les filles non retenues en élite.

La Fédération Française de Rugby (FFR) attend 20% de licenciés en plus avec la Coupe du monde. "On attend un boom, comme à la dernière Coupe du monde en France. On espère le même engouement, les mêmes répercussions", conclut le vice-président du comité de rugby Rhône-Métropole de Lyon. L’évènement avait entraîné une augmentation de 13,74% du nombre de licenciés fin octobre 2007 par rapport au même mois l'année précédente.