De plus en plus d'habitants quittent Lyon, mais y travaillent toujours

Publié le Mis à jour le
Écrit par Mathieu Boudet .

Selon les résultats d'une enquête de dix ans menée par l'Insee sur les déplacements à Lyon et autour de sa métropole, de plus en plus d'habitants s'installent en périphérie. Ils se déplacent de plus en plus pour leur travail, sur des distances de plus en plus grandes.

En attendant de connaître l'ampleur des bouleversements liés à la crise du Covid, une étude de l'Insee se penche sur les mouvements de population autour de la métropole de Lyon à long terme. Il apparaît qu'avant même l'apparition du Covid, une tendance était déjà à l'oeuvre : de plus en plus d'habitants quittent la métropole, mais continuent à y travailler. Le nombre de personnes qui se déplacent entre leur domicile et leur travail augmente donc constamment.

 

3 travailleurs sur 10 viennent de l'extérieur de la métropole

Cette enquête a été réalisée sur une décennie par l’Insee Auvergne-Rhône-Alpes, en partenariat avec la Direction Départementale des Territoires du Rhône. Elle a pour vocation à, entre autre, "éclairer les décideurs publics dans leurs décisions d’aménagement du territoire", selon l'institut. Parmi les nombreuses données recensées, un enseignement majeur apparaît : chaque année, il y a plus de personnes qui quittent Lyon et sa métropole pour s'installer dans sa proche périphérie (17 100), que de personnes qui s'installent dans la métropole (10 400). Parmi les 17 100 personnes ayant quitté Lyon pour s’installer dans les zones périphériques, près de 6 sur 10 sont des actifs dont la grande majorité doit se déplacer pour rejoindre son lieu de travail.  Et pour 10 emplois dans la métropole, 3 sont occupés par des actifs vivant à proximité, 4 par des actifs changeant de commune à l’intérieur de la métropole et 3 par des actifs qui viennent de l’extérieur. 

 

Plus de transports, plus de distances

Chaque matin, le chassé-croisé s'intensifie. Au total chaque matin, pour accéder à leur lieu de travail, près de 200 000 "navetteurs entrants" convergent vers la métropole de Lyon, croisant plus de 70 000 "navetteurs sortants", qui eux vont travailler à l'extérieur. Sur l’année 2016 par exemple, 6 700 travailleurs de plus ont déménagé de la métropole pour devenir des "navetteurs entrants".  Ils quittent la métropole, mais pour s'installer le plus près possible : dans de nombreuses communes proches (à 5 km) de la métropole, de 45 à 75% des nouveaux arrivants viennent de la métropole.

Quoiqu'il en soit, qu'ils entrent ou qu'ils sortent, les habitants de la métropole sont toujours plus nombreux à faire des trajets domicile-travail :  en 10 ans, entre 2007 et 2017, le nombre de "navetteurs" entrants et celui des sortants ont augmenté de respectivement + 13,8 % et + 17,5 %. Par ailleurs, "les déplacements domicile-travail en direction du coeur de la Métropole (Lyon-Villeurbanne) tendent à se déployer sur des distances toujours plus importantes", constatent les auteurs de l'étude. Pour résumer : toujours plus de monde dans les transports, et sur des distances toujours plus grandes. 

 

Démographie en mouvement

D'un point de vue global, même si plus d'habitants quittent la métropole que ceux qui s'y installent, la population de la métropole augmente toujours, de +0.9% par an en moyenne, sous l'effet du solde positif des naissances notamment. Elle comptait près de 1.4 million d'habitants en 2017, soit 17 % de la population d’Auvergne-Rhône-Alpes, sur moins d’1 % de sa surface ! C'est dire l'importance des questions d'aménagements urbains et de transports au sein de la métropole.

Dans cette étude, on constate aussi que les profils des arrivants et des partants ne sont pas identiques : la métropole de Lyon accueille davantage d’étudiants, de jeunes actifs et de cadres, tandis qu'elle perd davantage de retraités et de familles avec jeunes enfants, qui s’installent en périphérie, notamment pour accéder à la propriété. Les jeunes de 20 a 25 ans  représentent actuellement près d'un tiers des arrivants ! Enfin, la répartition de la population dans la métropole diffère selon le type d'emplois : on constate une concentration des cadres à l'ouest, et des ouvriers au sud-est, tandis que la géographie des employés s’avère plus diffuse.

 

Un outil pour les politiques publiques

Suivre les évolutions de ces mouvements de population s'avère être un enjeu majeur pour les politiques publiques, qu'il s'agisse d’aménagement du territoire ou de développement durable. Pour l'INSEE, cette étude peut permettre aux acteurs publics de prévoir et d'anticiper des évolutions des prix immobiliers, des difficultés futures de circulation, ou de définir des stratégies d’implantation ou de relocalisation des entreprises. "Si l’inadéquation entre la localisation des emplois et celle des ménages s’amplifie au fil des ans, la carte des infrastructures de transport, les dessertes ferroviaires, les capacités et leurs cadencements devront aussi être adaptés", concluent les auteurs. Mais bien-sûr, ces évolutions devront être confrontées aux éventuelles modifications de tendances qui pourraient faire suite à la crise du Covid et ses confinements successifs, qui ont poussé plus de citadins encore à tenter de s'éloigner vers plus de verdure. L'Insee, qui a commenté son étude à la lumière de l'après Covid, indique en conclusion que "les emplois de la métropole étant pour beaucoup « télétravaillables » de par la forte proportion de cadres, les navettes domicile-travail sont sans doute à l’aube d’une redéfinition avec un nombre de trajets quotidiens en baisse mais un probable allongement des distances domicile-travail." En somme : des habitants qui iraient toujours plus loin, mais qui se retrouveraient peut-être un peu moins dans les transports...

 

 

 

 

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