“Encore un, qui prend Dieu pour excuse” : S. Hoarau, victime de B. Preynat lors du procès à Lyon

Stéphane Hoarau, victime de B. Preynat, réagit lors d'une suspension de séance. 15 janvier 2020, Lyon / © L. Crozat
Stéphane Hoarau, victime de B. Preynat, réagit lors d'une suspension de séance. 15 janvier 2020, Lyon / © L. Crozat

"Dieu merci, je ne les ai pas tous agressés" a déclaré B. Preynat ce mercredi 15 janvier, au troisième jour de son procès pour agressions sexuelles sur des enfants scouts de la paroisse Saint-Luc de Sainte-Foy-lès-Lyon. L'expression a entraîné de vives réactions dans le camp des victimes. 

Par Aude Henry

Cette troisième matinée du procès de Bernard Preynat n'a pas été facile pour Stéphane Hoarau. Appelée à son tour à la barre, cette nouvelle victime de l'ancien prêtre explique qu'elle a du "gratter la croûte" volontairement posée sur l'intimité de son passé.

"C’était une industrie. Il m’arrivait de croiser un enfant qui sortait de la pièce quand moi j’arrivais, et donc j’étais le 2ème. Et quand je ressortais du local à mon tour, je croisais un autre enfant qui montait. C’est arrivé plusieurs fois comme cela. Même lors du camp de scouts en Normandie. Hier,  il (B. Preynat) a d'ailleurs reconnu avoir fait ça avec plusieurs enfants dans la même journée".

 

"Encore un qui prend Dieu pour excuse" (S. Hoarau)


Puis vient cet instant, où Bernard Preynat, interrogé par la présidente du tribunal, puis par l'avocat de Stéphane Hoarau, lâche "Dieu merci, je ne les ai pas tous agressés". La phrase, l'expression crée le choc dans la salle d'audience. 
Lors d'une suspension de séance, Stéphane Hoarau réagit : "Preynat est dans l’imposture, à vouloir minimiser les faits et le nombre de victimes. Il ne doit pas être à l’aise avec son image telle que décrite hier par Me Boudot, cette image de premier pédophile de France au vu du nombre de victimes, du nombre d’années de sévices et d’agressions".
 
Stéphane Hoarau n'accordera pas son pardon à Bernard Preynat dont il estime qu'il essaye de se dédouaner, de rejeter la faute sur les autres. "Je suis l’exemple qu’on peut faire l’inverse" précise Stéphane Hoarau, qui a connu une enfance difficile, placé en famille d'accueil : "Ce n’est pas parce qu’on a été une victime d’un vol qu’on devient un voleur. Ce n’est pas parce qu’on a été victime d’un violeur, qu’on doit devenir violeur. Ce sont de fausses excuses, et c’est minable".
 


Petits arrangements avec le Bon Dieu ?


Me Yves Sauveyre, l'avocat de Stéphane Hoarau, a longuement titillé Bernard Preynat au sujet de la réalité de son sacerdoce. Mais l'ancien prêtre refuse d'y voir une imposture, au grand dam de la défense.
"On a le sentiment que pendant 30 ans, Preynat, il s’est arrangé avec lui. Le Bon Dieu, il était à côté. Et que finalement il y a eu ce clivage au niveau psychiatrique. Mais j’ai peine à croire qu’il peut y avoir un prédateur sexuel et puis, que par miracle, ce prédateur sexuel s’éteint lorsqu’il donne l’eucharistie. Cela me paraît une alchimie totalement incompréhensible. »
 


Un prédateur sexuel qui s'arrête aux portes de l'église ? Personne n'y croit vraiment


Bernard Preynat réfute les agressions sexuelles lorsqu'il endossait la soutane et son rôle de prêtre. S'il a reconnu avoir emmené des enfants dans sa chambre, dans son appartement de l'autre côté de la rue, Bernard Preynat nie le moindre attouchement dans l'église même, avant la messe.
Il dit qu'il prenait "la résolution d'arrêter quand il sortait du confessional où il avait reçu l'absolution. Mais malheureusement, je recommençais".

Ces déclarations de Bernard Preynat font aussi réagir le président de l'association La Parole Libérée. François Devaux estime "frappant de voir ces personnes qui, chaque jour se lèvent avec un discernement, trouvent des réponses un peu schizophréniques. On s’arrange, on transforme des agressions sexuelles en pêchés. Le silence, l’obéissance, l’autorité, c’est sacré. Pour moi, c’est vraiment la mise en évidence de toute la défaillance du système de pensée catholique, qui, à mon avis, est à réformer entièrement".
 

 




 

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