De l'étain relâché dans le corps de patientes par les implants Essure : la confirmation d'un laboratoire lyonnais

L'implant contraceptif Essure, du laboratoire Bayer (archives) / © V. Benais / France 3 Rhône-Alpes
L'implant contraceptif Essure, du laboratoire Bayer (archives) / © V. Benais / France 3 Rhône-Alpes

De nouvelles analyses menées par le laboratoire lyonnais Minapath ont livré d'inquiétantes informations sur les implants Essure. Elles auraient montré que le dispositif de contraception définitive relâchait de l'étain dans l'organisme des patientes implantées. 

Par Dolores Mazzola

De nouvelles analyses menées par le laboratoire lyonnais Minapath ont parlé, indiquait Le Progrès dans son édition du 3 février. Ces récentes analyses viendraient confirmer la corrosion du dispositif médical de stérilisation définitive Essure. Elles se basent sur l'examen de tissus utérins de 25 patientes explantées. Les résultats indiquent que dans plus de 90% des cas de l'étain aurait été retrouvé dans ces échantillons de tissus utérins.

Déjà au printemps 2019, une première analyse menée par le même laboratoire spécialisé avait révélé une anomalie du dispositif de contraception définitive : les résultats des tests avaient montré un défaut de la soudure du dispositif gynécologique et mis en évidence la présence de particules d'étain dans le tissu analysé... Outre l'altération de l'implant au niveau de la soudure, les interrogations portent aujourd'hui sur la quantité de métal relâché dans l'organisme de ces femmes. Des analyses plus poussées doivent être engagées. 

De nombreuses femmes soupçonnent cet implant de stérilisation d'être à l'origine d'une dégradation de leur santé, de nombreux troubles, douleurs et symptômes invalidants. Concernant ces effets secondaires, elles n'hésitent pas à parler de "calvaire" au quotidien. Elles évoquent de fortes douleurs articulaires ou pelviennes, des tendinites, des troubles neuropathiques, des pertes de mémoire, une fatigue extrême. Des patientes ont été contraintes d'avoir recours à une chirurgie très lourde, une hystérectomie totale, pour se débarrasser de l'implant défaillant. Certaines ont décidé de porter plainte contre X, comme Anne-Cécile Groléas. 
 

Une patiente "bouleversée" et "en colère"

Anne-Cécile Groléas est actuellement conseillère municipale mais ne peut plus travailler. Les douleurs et les troubles cognitifs dont elle souffre affectent son quotidien. Une vie de femme et de mère de famille ruinée. 
A l'annonce des résultats de ces nouvelles analyses du laboratoire Minapath, Anne-Cécile Groléas se dit "bouleversée". Elle déplore que "des écrits soient plus tangibles" et davantage pris en compte que les témoignages et paroles de nombreuses femmes victimes des implants Essure. Elle est "bouleversée" aussi par un autre constat: de nombreuses femmes étaient jusqu'à présent dans le "déni". Avec l'article paru ce lundi matin dans la presse régionale, elles comprennent que ce sujet les concerne directement et parle d'elles. "Elles sont nombreuses à me contacter depuis ce matin," explique-t-elle, touchée par le "courage" et la souffrance cachée de certaines de ces femmes victimes d'implants défectueux. 

Pour Anne-Cécile, cette affaire Essure ne fait que commencer. "On est au début d'un scandale sanitaire mondial," explique-t-elle au téléphone. Plus que la condamnation du laboratoire, elle espère que soit mise en avant dans ce dossier "l'intégralité de la chaîne de responsabilité" : inventeur de l'implant incriminé, fabricant, autorités sanitaires et corps médical. En colère, elle dénonce notamment le silence de l'Etat et des autorités sanitaires.

La femme blessée mais "optimiste" souhaite aujourd'hui que la médiatisation de ce "scandale sanitaire" porte ses fruits et surtout "que toutes les femmes porteuses d'un implant Essure soient informées", "que l'on soit reconnue comme des victimes" et "que l'on bénéficie d'une prise en charge, d'un protocole de santé et d'un véritable accompagnement". Anne-Cécile Groléas convient cependant que certaines femmes implantées vont bien et s'en réjouit. Mais selon cette féministe, ce "scandale" trouve sa place dans un phénomène plus large et révélateur d'une condition féminine encore bien fragile, celui des violences gynécologiques et obstétricales. 
 

"Cobaye à l'implantation, à l'explantation et pour le reste de notre vie"

Anne-Cécile Groléas, fait partie des femmes qui accusent les implants Essure. Elle été implantée en 2013. Fin novembre 2018, elle avait dû subir une ablation de l'appareil reproducteur. En mai 2019, elle témoignait de ses problèmes de santé sur France 3 Rhône-Alpes. Un témoignage bouleversant et retentissant. Elle fait aujourd'hui partie des femmes qui ont décidé d'intenter une action en justice. Sa famille, véritable "victime collatérale" de "ce scandale sanitaire" a également porté plainte. 

 

L'implant Essure a été retiré des ventes en septembre 2017

L'implant Essure n'est plus commercialisé en France depuis septembre 2017. Bayer indique que la fin de la commercialisation en France est liée à des raisons commerciales et non à des questions de sécurité ou même de qualité du dispositif. En France, 240 000 de ces dispositifs de stérilisation ont été vendus et 175 000 femmes ont été implantées. Un chiffre en dessous de la réalité selon Anne-Cécile Groléas qui parle d'au moins 190 000 femmes implantées, évoquant les chiffres d'associations. De 18 à 20% d'entre elles pourraient être victimes d'effets secondaires. 

Créée en 2016, l’association Resist regroupe des victimes de défaillances des implants Essure. Elle les accompagne dans leurs démarches médicales, administratives et juridiques... 
 

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