"J'étais fier de mon fils". Johann s'est tué en 1998, son père lui rend hommage dans son livre "Ton suicide"

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Écrit par Dolores Mazzola
© France 3 Alpes

Le 9 octobre 1998, Johann s’est suicidé en laissant une lettre d'adieu. Il avait 20 ans. Un passage à l'acte imprévisible et encore incompréhensible pour son père, Jean-Christophe Janin. Il a mis 20 ans à raconter ce drame dans un livre intitulé Ton suicide. Un hommage appuyé à son enfant disparu.

Pourquoi son fils Johann a-t-il mis fin à ses jours ? Le temps s'est écoulé, plus de 20 ans depuis le 9 octobre 1998, et Jean-Christophe Janin n'a toujours pas de réponse. Le jeune homme a laissé une lettre d'adieu et d'excuse. Le père ne saura sans doute jamais pourquoi son fils a commis l'irréparable. Johann s'est tué alors que sa vie d'adulte commençait à peine. Il n'avait que 20 ans. 

Comment vivre avec ses interrogations ? Pour Jean-Christophe Janin, la survie et le deuil ont pris la forme d'un témoignage écrit. Comme une lettre posthume en réponse à la lettre d'adieu de son enfant. Une lettre qui ne pouvait rester sans réponse, selon lui. "Ton suicide" est un témoignage qui a une double vocation, rendre hommage au jeune homme et lever le tabou du suicide.

Ecrire pour faire son deuil... 

C’était en 1998. Johann a mis fin à ses jours avec une arme à feu. Pendant les vingt années qui ont suivi, Jean-Christophe Janin n’a cessé de vouloir comprendre le passage à l’acte de son fils. Un geste fatal et imprévisible, même pour ce psychologue clinicien aguerri. Le jeune homme était-il en souffrance ? Le père explique qu'il n'a rien vu venir. "Johann n'a donné aucun signe," affirme-t-il. Il n'a rien laissé paraître, n'a pas parlé non plus. Dépression masquée ? Décompensation brutale ? Fragilité affective ? Jean-Christophe Janin n'exclut encore à ce jour aucune hypothèse ; pas même celle de la consommation d'un produit toxique.

Avec le suicide, on connaît le coupable, on connait la victime mais on ne connaît pas le mobile. Et on ne le connaîtra jamais. Moi, je reste avec mes pourquoi...

Jean-Christophe Janin

"Au début, j'étais tétanisé. Je n'arrivais pas même à entendre un enfant dans la rue dire 'papa' ! Le monde s'est effondré, mais j'ai pris conscience que je n'allais pas m'en sortir si je ne me raccrochais pas aux mots". Jean-Christophe Janin a mis beaucoup de temps à raconter la mort tragique de son fils. Après la sidération, il lui a fallu 20 ans pour coucher sa douleur sur le papier. "L'écriture de ce livre s'est imposée à moi," résume Jean-Christophe Janin.

Pour ce père, partager cette tragédie, c'était aussi une manière de continuer à faire exister ce fils disparu, de renouer le dialogue. Et lorsqu'il parle de son enfant, il ne tarit pas de louanges pour ce "beau garçon" dont il a été "peut-être un peu jaloux" et à qui il n'a peut-être pas suffisamment dit son amour et sa fierté. Ce fils, solaire et attentif aux autres, Jean-Christophe Janin l'aurait bien vu dans "le social". Johann avait choisi de s'intéresser aux métiers du cinéma... et a écrit lui-même la fin de l'histoire.

Mon fils était jovial, altruiste et bien intégré. Il était dans la réalité, il était curieux. Il méritait que je fasse ce livre. C'est une reconnaissance, ne serait-ce que citer son nom. Avec ce témoignage, j'ai voulu défendre sa place, sa mémoire. J'étais fier de mon fils !

Jean-Christophe Janin

 

En finir avec la honte et le tabou

"J'étais dans la honte, j'ai écrit des articles sur le rôle du père... et là je n'osais plus me regarder en face," explique le psychologue. L'écriture de ce livre l'a obligé à "se reconstruire", à faire "un sacré travail". Une très lente reconstruction. Aujourd'hui, le père ne culpabilise pas, il veut se souvenir des moments de bonheur. Il l'avoue : il pourrait même "culpabiliser de ne pas culpabiliser". Certains l'ont accusé de "se déculpabiliser à bon compte" avec ce texte. Si l'écriture a apaisé sa peine, tous ses proches n'ont pas compris sa démarche.

Pour Jean-Christophe Janin, il faut en finir avec le tabou et le secret. "Le suicide n'est pas une faute, ni une honte pour les proches," affirme le père en deuil. Cacher le suicide d'un membre de sa famille, en faire un secret familial, "c'est pire que tout ! C'est dévastateur," selon Jean-Christophe Janin qui reprend sa casquette de professionnel.

Son récit-témoignage a été publié en 2018, avant d'être repris par une maison d'édition. Ecriture thérapeutique ou démarche cathartique ? Pas seulement. Le psychologue clinicien a estimé que transmettre son histoire pouvait être "bénéfique à d’autres". "Ce n'est pas un livre théorique," explique-t-il. Ce n'est pas un témoignage larmoyant non plus. Jean-Christophe Janin a aussi voulu écrire pour ses petits-enfants. Il a surtout voulu livrer un texte qui s'adresse à tous, jeunes, parents, soignants ou éducateurs. "Je voulais faire un livre qui fasse avancer les choses sur le suicide. Un texte entre théorie et témoignage, pour comprendre et prévenir l'impensable".  

9.000 personnes se donnent la mort chaque année en France, selon l'Observatoire national du suicide. Depuis plus de 30 ans, le suicide représente la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans et la cinquième cause de mortalité chez les moins de 13 ans, a indiqué la Haute autorité de santé (HAS).

A Lire
  • Jean-Christophe Janin a collaboré au dernier numéro de la revue "Le Journal des Psychologues". Ce numéro d'octobre 2021 comporte un dossier consacré au suicide des jeunes. "Le suicide des jeunes : penser l'impensable". 
     
  • "Ton suicide" de Jean-Christophe Janin, Editeur : Éditions Publiwiz

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