"Je dois retourner à la rue avec mon nourrisson", Laure, SDF, quitte son hôtel sans solution

Arrivée il y a sept ans en France, Laure est en attente de sa régularisation. Un mois après avoir accouché, elle doit quitter l'hôtel avec ses trois enfants. La Métropole de Lyon ne lui fournit plus d'hébergement d'urgence.

"J'ai vécu des situations plus difficiles que ça, j'ai traversé le désert, la mer Méditerranée, je supporterai. Mon inquiétude, c'est pour mes enfants, ce n'est pas pour moi". Un mois après avoir accouché, Laure Tchuimegni va devoir quitter sa chambre d'hôtel, avec trois enfants en bas âge. 

"Comment peut-elle aller à l'école ?"

"Je suis très inquiète, je dois retourner à la rue avec mon nourrisson. Déjà qu'il est enrhumé alors qu'il est à l'abri, dehors, dans le froid, comment ça va se passer ? Et ma fille, si elle n'a plus de toit, comment peut-elle aller à l'école sans se laver, sans prendre un bon petit-déjeuner ?"

Laure est arrivée il y a sept ans du Cameroun. Quand on lui demande pourquoi elle a quitté son pays, elle hésite à raconter : "c'est trop lourd". 
Puis, elle se lance : " J'ai été mariée très tôt, à cause des violences conjugales, j'ai fui mon mari. J'ai laissé mes deux autres enfants, mais ils ne sont pas en sécurité avec leur papa, c'est un homme violent. J'attends d'être régularisée pour les faire partir."

Une manifestation devant la Métropole

Depuis plusieurs années, la Métropole de Lyon loge Laure d'hôtels en hôtels. Un mois après avoir accouché de son dernier enfant, elle doit quitter sa chambre et n'a nulle part où aller.
Le Collectif "Solidarité entre femmes à la rue" a organisé un rassemblement devant la Métropole ce mercredi 18 octobre, pour alerter sur la situation de Laure et des autres mères de famille remises à la rue, un mois après leur accouchement.

Une vingtaine de personnes était présente, des militants, mais aussi des femmes qui connaissent déjà la vie dans la rue. "Les rats, les agressions, le froid, on nous a déjà volé des vêtements", raconte Radjane venue d'Algérie, qui dort dans un parc depuis un an, avec ses parents âgés et malades. 

Une aide réservée aux femmes seules

Sollicitée, la Métropole explique pourquoi elle met fin à ce logement. Elle a l'obligation légale de loger les femmes et leurs enfants, pendant trois ans après l'accouchement. Mais uniquement si les femmes sont seules.

Comme les deux derniers enfants de Laure ont le même papa, l'administration considère que la jeune femme est toujours en couple. "Ce n'est pas le cas, assure-t-elle. On est plus ensemble, il vient juste rendre visite aux enfants, c'est normal. Il ne peut pas nous aider ou nous héberger : il n'est pas régularisé, comme moi."

Une distinction entre femme seule ou femme en couple inacceptable pour les manifestants, qui réclament la réquisition de logements ou la mise à disposition de bâtiments de la métropole pour les sans-abris. "Cette expulsion survient pile deux semaines avant la trêve hivernale, souligne Clara. On parle d'enfants qui vont être à la rue ! Une femme, qu'elle soit seule ou accompagnée, c'est très difficile, elle doit se surprotéger, elles doivent se cacher, on a eu des témoignages de viols..."

Une solution jusqu'à dimanche

La Métropole explique que c'est dorénavant à l'État, donc à la Préfecture, de trouver une solution pour Laure. Le service de communication tient à souligner que la Métropole a aidé 2 600 personnes en 2022, "dont 35% relèvent de la compétence de l'État".

De son côté, la Préfecture met en avant que l'État finance quotidiennement dans le Rhône plus de 24 0000 solutions de logement, avec une augmentation de 131% des capacités en 10 ans.

Derrière cette bataille de chiffre, reste la difficulté à trouver une solution pour chacun. Face à la mobilisation du collectif, la Métropole a accordé une nuit supplémentaire à la mère de famille. C'est finalement l'hôtel où elle loge qui a pris la décision de lui laisser la chambre jusqu'à dimanche.

Un sursis de quelques jours pour Laure et ses trois enfants, avant un probable retour à la rue.

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