Journée Européenne des victimes : entretien avec la directrice de l’antenne du Rhône de France victimes

Incestes, violences conjugales, agressions... à l’occasion de la Journée Européenne des Victimes ce 22 février, France Victimes lance un site dédié à toutes les personnes victimes. Entretien avec Elisabeth Liotard, directrice de l’antenne du Rhône de France victimes.

Après les très nombreuses révélations de viols et de violences conjugales, de violences faites aux femmes, on assiste à une dénonciation massive des violences faites aux enfants avec notamment de très nombreux cas d’inceste.
Après les très nombreuses révélations de viols et de violences conjugales, de violences faites aux femmes, on assiste à une dénonciation massive des violences faites aux enfants avec notamment de très nombreux cas d’inceste. © Eric FEFERBERG / AFP

Si on en croit les observateurs, la société est de plus en plus violente et les femmes restent les premières victimes dans la grande majorité des cas. Les réseaux sociaux semblent avoir définitivement aidé à libérer la parole. Après les très nombreuses révélations de viols et de violences conjugales, de violences faites aux femmes, on assiste à une dénonciation massive des violences faites aux enfants avec notamment de très nombreux cas d’inceste.

Ce lundi 22 février est la journée Européenne des victimes, à cette occasion France Victimes lance avec le Fonds de Garantie des Victimes un site dédié à toutes les personnes victimes, Mémo de Vie.

Mémo de Vie, c'est une sorte de journal de bord qui permet d'accumuler les preuves de violence, est une plateforme gratuite et sécurisée à destination des personnes victimes de violences ainsi qu’à leurs proches. Mémo de Vie est née de près de 40 ans d’expérience de France Victimes et s’est inspirée des meilleures technologies et solutions existantes, en agrégeant les fonctionnalités et propositions de valeur les plus pertinentes. 

3 mois après le lancement, la première plateforme dédiée aux violences conjugales, enregistre la visite de 8000 personnes, 800 comptes ont été créés et plus de 150 personnes ont été aidées grâce à Mémo de vie et mis en relation avec une aide extérieure. Les victimes passent en moyenne plus de 10mn sur le site. Pour mémoire chaque année sur les 219 000 cas de violences conjugales en moyenne, France Victimes a accompagné en 2020 via son réseau de 130 associations plus de 64 000 femmes victimes de violences conjugales.

 

Stéphanie Loeb : vous êtes la responsable de l'association VIFFILAVI-France Victimes 69. Mémo de vie a été mis en place durant le 2e confinement en novembre dernier : 3 mois après soin lancement, quel est le 1er bilan de cette plateforme ?

Elisabeth Liotard : En termes de chiffres, depuis sa mise en place c’est 8000 visites du site et 800 personnes qui se sont inscrites sur ce site, dont 150 personnes qui ont pu solliciter une aide directement. Cet outil est très intéressant car il permet à la victime, femme ou homme d’ailleurs, qui n’est pas prête à rencontrer des associations d’aide aux victimes, à commencer à consigner les faits de violence. Parfois, ça peut même leur permettre de prendre conscience de ce qui leur arrive. Cet outil laisse une trace de toutes les violences passées au fil des années, et le jour où la victime est prête à faire des démarches, on a déjà un historique des faits.

Stéphanie Loeb : vous lancez aujourd'hui, en partenanriat avec le Fonds de garantie des victimes, un nouvel outil d'accompagnement : un site internet baptisé parcours-victimes.fr. A qui s'adresse-t-il exactement et quel type d'informations peut-on y trouver ? 

Elisabeth Liotard : Ce nouveau dispositif s’adresse à toutes les victimes, enfants et adultes, de violences physiques, sexuelles, psychologiques…et l’idée est que les personnes victimes puissent y trouver des premières informations et un premier point d’ancrage près de leurs lieux de vie.

Stéphanie Loeb : quels sont les moments clés dans le parcours des victimes     ?

Elisabeth Liotard : Le premier est bien sûr, « parler et être écouté »…et on aurait pu y ajouter « être cru ». C’est essentiel quand on est victime, d’être entendu que la parole ne soit pas mise en doute sur la question des violences. Pendant très longtemps, ça a été un parcours du combattant pour être entendu, mais aujourd’hui avec les réseaux sociaux, le grenelle de la violence, les médias… la parole s’est libérée, les victimes s’autorisent à prendre la parole.

Stéphanie Loeb : est-ce qu’il y a des conséquences liées à la crise sanitaire et notamment après les confinements ? Est-ce que les violences intrafamiliales ont augmenté ?

Elisabeth Liotard : Dans tous les cas nous avons été très inquiets. Oui, le nombre de violences intrafamiliales a explosé. Après le confinement, beaucoup de personnes se sont libérées et ont parlé. Elles disaient que ce qu’elles vivaient avant le confinement était à peu près supportable, parce qu’elles n’étaient pas à la maison la journée….mais après le confinement ce n’était plus possible. Parmi ces personnes, beaucoup d’entre elles sont issues des territoires ruraux, mais pas seulement….et on s’est aussi rendus compte que les violences intrafamiliales touchent toutes les couches de la population.

 

La Fédération France Victimes a été créée en 1986 sous l’impulsion de Robert Badinter. Sa mission : promouvoir et renforcer l’aide et l’accompagnement des victimes et développer toutes mesures contribuant à améliorer leur reconnaissance. La Fédération comprend 130 associations sur tout le territoire français et 1500 professionnels (juristes, psychologues, travailleurs sociaux). France Victimes accompagne les victimes d'infraction ainsi que leurs proches et notamment de : violences intrafamiliales, d'agressions physiques et sexuelles, d'injures, de discriminations, de harcèlement, et de cybermalveillance, et aussi de cambriolages, de vols avec violence, d'escroqueries et d'abus de confiance, de vandalisme, d'accidents de circulation, d'attentats de terroristes ou de catastrophes naturelles.

France Victimes propose à toutes les victimes une aide pluridisciplinaire : écoute, information juridique, soutien psychologique, social, et les accompagne notamment dans le cadre de la justice restaurative. Partout en France les victimes peuvent appeler le 116 006 pour bénéficier d’une écoute et recevoir l’aide d’une association locale.

Partout en France les victimes peuvent appeler le 116 006 pour bénéficier d’une écoute et recevoir l’aide d’une association locale.

 

 

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