"L’Histoire ne nous aura rien épargnés", la communauté arménienne s'alarme du conflit au Haut-Karabagh

Le 19 septembre, une opération militaire azerbaïdjanaise dans le Haut-Karabagh a fait au moins 200 morts, selon les autorités de l'enclave séparatiste à majorité arménienne. En Auvergne-Rhône-Alpes, les Français d'origine arménienne s'inquiètent du sort de leurs proches.

Trois ans après la dernière guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, la région du Haut-Karabakh a subi de nouvelles frappes. L'attaque de l'Azerbaïdjan aura duré 24h avec des tirs nourris causant la mort d'au moins 200 personnes et en blessant 400 autres. Après cette victoire éclair, les militaires du Haut-Karabakh ont déposé les armes et des discussions sont en cours avec l'Azerbaïdjan.

Peuplé en majorité par des Arméniens, le Haut-Karabakh (ou aussi appelé Atsakh), enclavé en territoire azerbaïdjanais, n'est pas reconnu comme un État par la communauté internationale. Mais les séparatistes veulent la rattacher à l'Arménie depuis trente ans.

"J'essaie de ne pas paniquer"

À des milliers de kilomètres, la diaspora arménienne assiste terrifiée à ce conflit. "J'ai une vidéo de ma nièce Stella qui court vers un bus pour se réfugier et se sauver. Je la vois, dans la vidéo qui m'envoie un baiser tout en courant", explique émue Nonna une Arménienne vivant à Lyon. Une grande partie de sa famille paternelle vit à Stepanakert, la plus grande ville du Haut-Karabagh. Ses amis sont installés dans des villages, premiers ciblés par les attaques azéries.

Sur son téléphone s'affichent les derniers messages avec ses proches. Tous ne répondent pas, réfugiés dans des caves et des bunkers sans réseau. Des "coucou, vous êtes où ? Est-ce qu'il y a des attaques ?" défilent inlassablement dans la messagerie. Les nouvelles viennent au compte-gouttes. Parfois, on décroche : "le dernier appel avec un cousin, j'entendais le bruit des tirs alors qu'il partait d'un bunker à un autre". L'Arménienne évite l'information en continu ou les réseaux sociaux pour ne pas céder à la panique. "On a beaucoup d'informations, mais avec la panique et les rumeurs, on ne sait pas ce qu'il se passe", déplore Nonna.

Une diaspora prête à agir

À Bourg-lès-Valence, les Français d’origine arménienne représentent 4 000 des 20 000 habitants. Une communauté soudée qui soutient son pays d’origine autant qu’elle peut. “Nous collectons des dons financiers, nous organisons un soutien logistique à des associations humanitaires”, confirme Krikor Amirzayan, président de l'association arménienne de la ville. Une table ronde est organisée ce 22 septembre. Initialement intitulée "L'Atsakh : les raisons de l'espoir, que peuvent l'Arménie et la diaspora ?", la soirée ne sera pas aussi optimiste pour l'association Arménia.

Bientôt, il faudra aider les milliers de déplacés arméniens de l'Atsakh alors que la population subissait déjà depuis décembre 2022 des blocus du corridor de Latchine. Une route sinueuse de 65km, seul axe de communication entre le territoire indépendantiste du Karabakh avec l’Arménie et entravée par la force azérie.

Surtout, la bataille de la diaspora arménienne porte sur l’opinion publique. “La question de l’Atsakh s’est internationalisée alors qu’elle était presque passée sous silence pendant la guerre des 44 jours en 2020”, explique Krikor Amirzayan. Aujourd'hui, la mobilisation de la population et des pouvoirs publics semble prendre forme. Une manifestation sur la place centrale de Valence, où la présence arménienne s'inscrit depuis plusieurs décennies, est prévue pour le 1ᵉʳ octobre prochain.

Sarah Tanzilli, députée Renaissance de la 13ᵉ circonscription du Rhône et d'origine arménienne, estime que la France a vocation à intervenir pour protéger les populations sur place. "Il faut aussi passer des mots à l'action : il est temps que l'Azerbaïdjan fasse l'objet de sanctions économiques, financières que ce soit au regard des contrats énergétiques passés récemment avec l'Union européenne ou le gel des avoirs du clan Aliev en France et demain en Europe", explique la parlementaire.

Hier, les membres du Parlement européen ont dénoncé l'inaction de l'UE face à la crise du Haut-Karabakh et ont également demandé des sanctions économiques. Un problème à venir alors que les 27 États membres avaient signé un accord énergétique avec Bakou (la capitale azérie) pour assurer leur approvisionnement en gaz depuis la guerre en Ukraine.

"Un nouveau génocide"

L'avenir des 120 000 Arméniens de l’Artsakh est très sombre. Ils vont non seulement perdre leur droit de vivre sur ces terres, mais en plus, ils risquent un nettoyage ethnique organisé par le président Aliev d’Azerbaïdjan”, s’exclame Krikor Amirzayan qui est aussi rédacteur aux “Nouvelles d’Arménie Magazine”. Pour lui, les attaques azéries ne s’arrêteront pas au territoire du Haut-Karabagh : “qui empêchera Aliev de pousser sa force militaire sur sud de l’Arménie ?

Une analyse partagée par Georges Képénékian, ancien maire de Lyon et actuel conseiller municipal. "Le lundi, on rouvre un corridor, le mardi on bombarde. C'est un plan cynique, Aliev n'est qu'à la botte de la Turquie qui rêve de reconstituer un grand empire sous les yeux de l'Occident", explose l'élu. L'Arménie est prise dans un conflit qui oppose plusieurs grandes puissances : l'Iran, la Turquie et la Russie.

Même si les autorités arméniennes affirment qu'il n'y aura aucune évacuation de masse de la population de l'Atsakh, en France, les Arméniens craignent une déportation massive, voire un génocide. "Le rêve d'Aliev, comme d'autres dans la région, est purement et simplement d'effacer la population arménienne", affirme Krikor Amirzayan.

"Le génocide s'organise par la famine et l'épuration ethnique d'un territoire. Quand l'Azerbaïdjan décide de rouvrir le corridor mais en sens unique pour faire partir les Arméniens, ce n'est que le début."

Georges Képénékian, conseiller municipal de Lyon

La peur de revivre un traumatisme n'a jamais quitté la communauté arménienne. L’Histoire ne nous aura rien épargnés. Mais les Arméniens ont une culture vieille de plus de 8 000 ans, on ne peut effacer un peuple uni qui a la volonté de vivre", conclut Krikor Amirzayan.

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