Lyon : un chauffeur de bus passe du statut de coupable à victime d'une agression

Bruno était chauffeur de bus entre Lyon et Vaulx-en-Velin. Le 7 février 2020 : il se défend après avoir été insulté et frappé par deux jeunes filles. Kéolis le licencie pour faute grave. Le 9 septembre, le tribunal a condamné l'une des agresseuses. L'opérateur des TCL se serait-il trompé ?

Bruno était chauffeur de bus, la nuit, sur la ligne C3 entre Lyon gare Saint-Paul et Vaulx-en-Velin. "Il n'y a pas un soir où il n'y a pas un problème" témoigne-t-il. Bruno a été licencié à la suite d'une agression dont il a depuis été reconnu victime.
Bruno était chauffeur de bus, la nuit, sur la ligne C3 entre Lyon gare Saint-Paul et Vaulx-en-Velin. "Il n'y a pas un soir où il n'y a pas un problème" témoigne-t-il. Bruno a été licencié à la suite d'une agression dont il a depuis été reconnu victime. © MaxPPP
Sept mois après son agression, Bruno relève enfin la tête. "Je revis depuis hier. Au tribunal, le président et le procureur m'ont ouvert les yeux. Ils m'ont dit que j'avais fait mon travail". Bruno était chauffeur de bus, la nuit, sur la ligne C3 entre Lyon et Vaulx-en-Velin. Le 7 février 2020, une jeune fille bloque les portes de son bus, parce qu'elle attend une livraison de repas. Bruno lui demande poliment de libérer l'accès. En retour, il reçoit une pluie d'insultes et une dizaine de coups. Il lève son bras en opposition, puis arrive à retenir deux jeunes filles avant qu'elles ne s'enfuient.
 

Moi, jusqu'au jour d'aujourd'hui, j'étais l'accusé. Kéolis m'a mis dans la tête que c'est moi qui ai frappé les jeunes filles, que c'est moi qui les ai agressées, moi qui les ai insultées.

Bruno, ancien chauffeur de bus


Licencié pour faute grave par l'opérateur des Transports en Commun de Lyon

La société Kéolis n'a pas la même interprétation de ce qui s'est passé le 7 février. Quatre ou cinq jours après l'agression, Bruno reçoit sa première lettre recommandée pour des explications. Bien qu'en arrêt de travail et en plein confinement lié à l'épidémie de coronavirus Covid-19, il est convoqué pour des entretiens. Et le 23 avril, il est officiellement licencié pour faute grave.

Bruno a porté plainte pour son agression. Et l'une des jeunes filles a été présentée, le 9 septembre 2020, en comparution immédiate devant le tribunal de Lyon pour outrages et violences aggravées. Elle a été condamnée, à un an de prison avec sursis.

L'employeur de Bruno a-t-il été trop vite en besogne en le licenciant ? C'est indéniablement ce que pensent Bruno et son avocat. Pour Me Sylvain Dubray, "Kéolis a fait une très mauvaise appréciation de ce dossier. Aucune tolérance, aucune circonstance atténuante retenue. L'outrage à un chauffeur de bus est un délit pénal, mais on choisit la paix sociale. On demande aux chauffeurs de bus de ravaler leur fierté et de ne pas répondre aux insultes".

Mais du côté de Kéolis, Pascal Jacquesson assume totalement. Le directeur général de l'opérateur de transports à Lyon explique avoir examiné et visionné l'enregistrement du 7 février.
 

Je considère que cet agent, dans son comportement depuis des années et ces faits datant de février, ne peut plus être conducteur. C'est une question de sécurité sur le réseau. C'est important qu'il n'y ait pas de dérive de comportements.

Pascal Jacquesson, DG Kéolis Lyon


Bruno est toujours en arrêt de travail. "Mais quand je serai guéri, je voudrai retrouver mon poste au sein des TCL", glisse-t-il. Sa demande de réintégration a été refusée par Kéolis le 28 juillet dernier. L'opérateur des transports lyonnais va-t-il revenir sur ses positions après la condamnation prononcée ? Rien n'est moins sûr, "Une réintégration ? Non, ce n'est pas possible. Il n'y a pas eu d'erreur" assène le dirigeant de Kéolis Lyon.


 
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