Lyon : un réseau de livraison de drogue "à la demande" démantelé

La police du Rhône a démantelé un réseau de trafic de stupéfiants qui proposait la livraison à domicile sur le modèle de Uber Eat, sur toute l'agglomération lyonnaise.

Selon la police, le réseau fonctionnait comme une société ayant pignon sur rue, et distribuait des cartes de visites avec un sigle et une infographie publicitaire.
Selon la police, le réseau fonctionnait comme une société ayant pignon sur rue, et distribuait des cartes de visites avec un sigle et une infographie publicitaire. © Michel Houet / Maxppp
Un Uber Eat de la drogue. L'idée était judicieuse, et les affaires florissantes, mais le concept n'a pas trouvé grâce aux yeux de la police. La brigade des stupéfiants du Rhône a démantelé un vaste réseau de trafic de drogues, après plus de 6 mois d'enquête, selon une information de la Sûreté départementale révélée ce vendredi 20 novembre.


Cartes de visites, sigle, pubs...

Si l'uberisation a impacté nos modes de consommation ces dernières années, cette tendance n'a pas épargné le monde de la drogue. Ancré au coeur du 8e arrondissement de Lyon, le réseau de trafiquants assurait la livraison de cannabis, essentiellement, et dans une moindre mesure, de cocaïne, directement au domicile de ses clients. Selon les informations policières, le dispositif fonctionnait sur le principe d'une société ayant pignon sur rue, avec des cartes de visites à vocation publicitaire, un sigle ou encore une infographie reconnaissable. "C'est toute une structure de publicité qui était proposée", précise une source policière. La "société" possédait des livres de comptes, et valorisait sa "marque". Dans toute l'agglomération lyonnaise, les consommateurs pouvaient passer commande et être livrés dans les meilleurs délais, par des jeunes gens en scooter ou en voiture.
 


Le confinement a boosté l'activité

Le concept a vite prospéré, et la période de confinement, au printemps dernier, l'a rendu d'autant plus séduisant pour les consommateurs qu'ils étaient bloqués chez eux. Les policiers ont recensé des centaines de clients, permettant aux trafiquants de dégager des bénéfices de plusieurs centaines de milliers d’euros, fruits de la vente estimée de près de 80 kilos d’herbe. "On sait qu'ils ont connu une très forte augmentation de leurs ventes pendant le confinement", confirme une membre de la Sûreté Départementale. Dès le mois de juin dernier, les enquêteurs ont réussi un premier coup de filet et saisis 8 premiers kilos d'herbe, 82 grammes de cocaïne, et 15 000 euros en espèces. D’autres perquisitions menées ultérieurement ont permis de saisir des armes et près de 16 000 euros sur un compte bancaire, un véhicule et une montre de luxe, considérés comme des avoirs criminels. Suite à ces opérations, les enquêteurs ont interpellé 11 personnes suspectées d’être impliquées dans ce trafic.

 

Une longue enquête

L'enquête de la brigade de stupéfiant de la Sûreté Départementale du Rhône avait débuté à l’automne 2019. Selon les policiers, elle se poursuivait encore ces derniers jours, pour remonter d'autres membres du réseau, qu'ils qualifient de bien "organisé, structuré et pyramidal". Présentés au juge d’instruction les 11 et 12 juin dernier, les 6 principaux protagonistes suspectés d’être à la tête de ce réseau ont été mis en examen et emprisonnés. Lundi 16 novembre, de nouvelles interpellations ont été diligentées sur des hommes suspectés d’être des livreurs habituels du réseau. Ils ont été présentés ces 18 et 19 novembre au juge et écroués à leur tour. Au total, à ce jour, 9 personnes ont été emprisonnées dans le cadre de ce trafic, sous "mandat de dépôt" dans l'attente de leur procès. Certains aspects de l'enquête se poursuivent encore à ce jour, de source policière.

Ces dernières années, plusieurs réseaux suivant le même modèle ont été démantelés par la police dans différentes villes de France. Ce modèle de vente de drogues a gagné le surnom d' "Uber shit".
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