Municipales 2020 : la campagne des élections à Lyon, chroniques d'un salon de coiffure

A Lyon, comme partout en France, les électeurs sont appelés aux urnes pour les élections municipales des 15 et 22 mars. Particularité à Lyon, on vote aussi pour la Métropole. Rendez-vous dans un salon de coiffure pour vous raconter comment cette campagne est perçue.
Echos de campagne des municipales à Lyon dans un salon de coiffure du 2e arrondissement... Des habitués confient leurs impressions et leurs préoccupations à quelques jours du 1er tour.
Echos de campagne des municipales à Lyon dans un salon de coiffure du 2e arrondissement... Des habitués confient leurs impressions et leurs préoccupations à quelques jours du 1er tour. © D.Mazzola
C'était un pari à l'approche du 1er tour des élections municipales: s'installer dans un salon de coiffure pour vous raconter comment est perçue la campagne électorale à Lyon, les propositions des candidats et surtout quels sont les thèmes qui retiennent l'attention. Une idée loin d'être "capilotractée". Nous avons choisi un lieu de vie et d'échanges qui voit défiler un large public, toutes générations confondues, des habitués ou des personnes de passage. Au Salon, on parle de tout et parfois, on parle aussi un peu en italien. On a donc pris rendez-vous au "Salon Confort", un salon de quartier... bien implanté ! 

Le Salon est situé au coeur de la presqu'île, dans la petite rue Confort. Elle relie la place des Jacobins et la rue de la République, à deux pas de la place Bellecour. Difficile de faire plus central pour ce salon géré depuis 2003 par deux professionnels chevronnés, Fabio et Laurence. Des nombreux clients sont d'ailleurs arrivés ici grâce au bouche à oreille, et sont devenus des fidèles. Les clients ont "de 0 à 100 ans", précise le patron. Pourtant le petit établissement passerait presque inaperçu... alors ouvrez-bien les yeux, poussez la porte du Confort et mettez-vous à l'aise. 
  

"J'aime ma ville, c'est une belle ville..."


Le premier rendez-vous ce mardi matin, c'est une Lyonnaise pur sucre. Marcelle, 83 ans, le regard clair. Au programme: un brushing pour cette habituée, première cliente de la semaine. Elle vit en presqu'île depuis plus de 50 ans. Marcelle, c'est une authentique Lyonnaise. Elle aime sa ville et ne s'en cache pas. Pourtant "la Presqu'île a bien changé," affirme la retraitée du secteur bancaire, qui regrette les petits commerces de proximité; un brin de nostalgie dans la voix. Mais peu importe, elle se sent bien dans le coeur de Lyon et bien dans son quartier. 
Les changements dans le coeur de la capitale des Gaules, Marcelle les a bien vu passer. Elle a aussi vu le défilé des maires de Lyon d'ailleurs... et c'est un certain Michel Noir qui a marqué favorablement son esprit et qui "a transformé la ville."

Les élections municipales de 2020, bien sûr, Marcelle ira voter par "devoir". Pour elle, ne pas glisser son bulletin dans l'urne, c'est être ensuite condamnée au silence, ne pas avoir voix au chapitre. Pourtant cette citoyenne ne cache pas sa déception face aux diverses promesses de campagne: "ça ne changera rien," affirme-t-elle catégoriquement, " et je suis blasée !". 

Sur les tentatives de verdissement et autres propositions écologiques mises en place en Presqu'île, la résidente du 2e arrondissement ose un "c'est pas joli" à propos des bacs à fleurs installés rue Herriot. Ces installations provisoires ont provoqué l'ire de certains commerçants. Pas mieux, pour les expérimentations de piétonisation entre Bellecour et Terreaux. Marcelle a lâché la voiture il y a trois ans. La piétonisation, elle n'y est pas opposée mais elle reste sceptique. La mesure décroche un "c'est pas terrible". Globalement, ces mesures vertes ne changent selon elle pas grand chose à l'amélioration de la qualité de l'air. "Peut-être planter des arbres... oui," ajoute-t-elle un brin dubitative.

Dans ce quartier où le stationnement se révèle souvent compliqué, notamment pour les artisans, Fabio est moins catégorique... ces bacs de végétaux, qui peuvent gêner la circulation des véhicules de secours, des pompiers et de la police en cas d'affluence, pourraient être installés ailleurs... et notamment rue de la République. Elle est d'ailleurs en partie piétonne, "ils gêneraient moins". Quant à la piétonisation, même si notre coiffeur apprécie l'initiative en tant que promeneur, en tant que commerçant, c'est autre chose : "ça n'apporte pas davantage de clientèle au salon," explique-t-il, toujours pragmatique.

En bref, ce qu'elle veut Marcelle, ce sont de vraies mesures environnementales qui profitent à tous, "des mesures plus concrètes que spectaculaires" et pas de "dépenses d'argent inutiles" comme ces bacs de végétation polémiques... et surtout moins de "chacun pour soit". Enfin, on tente une note positive: quid de la transformation du Grand Hôtel Dieu? L'un des grands chantiers de la Presqu'île ces dernières années. Marcelle n'adhère pas non plus. Ce site a, selon elle, perdu son charme et de sa personnalité. 
 

Développer les transports pour que les gens lâchent la voiture


Chez Fabio, on a aussi rencontré Guy, retraité et ancien hôtelier du quartier. Aujourd'hui, il réside dans une commune des Monts d'Or mais n'hésite pas à faire un passage par la case "Confort". Ce matin, il a franchi la porte avec ses journaux sous le bras. Une habitude quotidienne de lecture de la presse. Son tiercé gagnant dans l'ordre: L'Equipe, Le Progrès et Le Figaro... Guy aime s'informer et partager. Sur la question écologique, il renvoit les initiatives de verdissement et de piétonisation de la presqu'île dos-à-dos. Une idée l'avait pourtant séduit pour Lyon: la Canopée urbaine du candidat LR Etienne Blanc (actuel vice-président de la région Auvergne Rhône-Alpes). A-t-il le sentiment que la voiture est devenue indésirable en ville ? Il en convient mais pour Guy, lâcher sa voiture va de pair avec un développement des transports en commun... simple comme bonjour. 

Ce qui revient aussi dans la bouche du Désidérien, c'est plus généralement de la déception face à des promesses électorales non tenues :"on élit des gens sur un programme qui n'est pas tenu," et c'est d'autant plus incompréhensible que les maires ne sont pas dénués de pouvoirs ou de moyens d'action, selon lui. Plus qu'une étiquette politique, c'est le programme qui doit être mis en avant, d'après le retraité. Sans oublier les compétences et une expérience véritable du monde du travail, il insiste sur ce point. Et si on parlait sécurité? Si les caméras sont une des solutions qui "apporte toujours quelque chose", la présence des forces de l'ordre sur le terrain est aussi à reconsidérer. 
 

Un prix de l'immobilier préoccupant à Lyon


Pour Laurent, 32 ans, le Salon Confort, c'est un lieu qu'il connaît depuis son adolescence ...
Et le jeune boulanger qui a traversé le Rhône pour s'installer dans le 3e arrondissement, n'hésite pas à venir chez Fabio pour rafraîchir sa coupe."Mes parents tenaient la supérette en face du salon autrefois, alors je continue à venir ici...". La politique locale, ce n'est pas la tasse de thé du jeune homme. Il vote rarement. Tout juste majeur, il s'était cependant mobilisé pour l'élection présidentielle et surtout pour faire barrage au FN. Aujourd'hui, il ne cache pas son manque d'intérêt pour cette campagne des municipales. Trop de contradictions et d'affrontements stériles entre candidats. Pour Laurent, "chacun d'entre eux a au moins une bonne idée mais ils devraient s'entendre"... on l'aura compris pas question de faire son marché de "salades politiques". Doté d'une conscience écologique, soucieux de petits gestes quotidiens pour l'environnement, le jeune homme n'est pas convaincu par l'opération "végétalisation" récemment développée en presqu'île. Quant à la voiture, ce n'est pas une priorité pour le citadin qui vit en mode urbain et qui plébiscite les transports en commun (notamment le prolongement du métro B).

Comme Marcelle, Laurent est aussi un amoureux de sa ville, ni trop grande, ni trop petite à son goût... Une agglomération dans laquelle il se sent bien et dont il apprécie la qualité de vie. Mais c'est surtout la question des prix de l'immobilier qui pose problème à ce jeune actif. "Acheter un appartement devient de plus en plus difficile, et de plus en plus cher, surtout dans le centre, mais aussi à Villeurbanne," explique le jeune homme. Même punition pour les biens locatifs privés, dont certains frisent même "l'insalubrité". Une ville attractive qui rime aussi avec hausse du prix au m². C'est un quasi fatalité pour le jeune homme. 
 

Des travaux justifiés dans le quartier Part-Dieu


Laurent sait qu'il devra sans doute faire l'effort d'habiter un peu plus loin à l'avenir, "pour avoir un appartement plus grand". Le jeune homme imagine aussi que les maires n'ont pas forcément de poids face à la hausse du marché de l'immobilier. Alors faut-il construire davantage de logements sociaux ? Pas forcément, selon lui. La municipalité pourrait permettre l'accès à un parc de logements à prix raisonnables, accessibles à un plus grand nombre de personnes.
Comment voit-il l'avenir de sa ville? Pour Laurent, l'hyper-centre de Lyon va forcément "s'agrandir" et même "se déplacer en direction du 3e arrondissement". La rénovation du quartier Part-Dieu est pour le jeune homme une excellente chose. "Les travaux et la modernisation étaient justifiés," dans le secteur Part-Dieu mais aussi Cours Lafayette ou encore Cours Tolstoï, à Villeurbanne. Le 3e arrondissement est appelé selon lui à devenir "le vrai centre-ville économique". La Presqu'île serait-elle en passe de devenir un futur nouveau "Vieux-Lyon"... pourquoi pas ?

 

On a l'impression d'être très éloigné de Lyon


En milieu de matinée, c'est Lidia qui nous accorde du temps. Le temps d'une pause coloration. Cette habitante de Corbas, une des 59 communes de la Métropole de Lyon, a connu le salon Confort par le bouche à oreille. Italienne originaire du Latium, ancienne contrôleuse de gestion dans la métallurgie, elle vient chaque mois... et aujourd'hui, sur la campagne des municipales, elle en parle sans détours. Lidia déplore les règlements de comptes, les polémiques électoralistes. 

Sur sa commune de Corbas, une ville au sud-est de Lyon qui compte un peu plus de 11 000 habitants, ce qui manque, c'est "un centre-ville dynamique avec des cafés, des lieux d'échanges et des lieux de vie". Pour la jeune retraitée, Corbas est une ville "qui ne bouge pas beaucoup" et de faire la comparaison avec la ville voisine de Mions, "plus attrayante avec un centre-ville plus animé". Pour Lidia, Corbas "manque de dynamisme" malgré la présence d'un centre de loisirs, de nombreuses entreprises et du marché de gros sur son territoire. Une ville où "il ne se passe pas grand chose". Elle évoque une commune "qui semble très éloignée de Lyon" même si la capitale des Gaules n'est qu'à 12 kilomètres. Un éloignement ressenti et le sentiment d'être un peu "oublié", "de ne pas être une priorité". Pourtant Lidia ira bien, comme toujours, glisser son bulletin dans l'urne pour accomplir "son devoir" de citoyenne. Une réelle priorité.

Il faudrait redynamiser le centre-ville mais pas seulement... Pour Lidia, de petits efforts parfois anodins pourraient être réalisés pour la collectivité. Elle se demande par exemple pourquoi le réseau TCL ne dessert pas l'Ehpad située sur la commune : "l'arrêt de bus se trouve à 1km et demi de l'Ehpad, difficile de marcher ou de faire du vélo sur cette route car elle n'est pas éclairée. C'est dangereux," explique-t-elle, "un simple crochet sur le trajet du bus permettrait à du personnel non motorisé de venir travailler dans cette structure plus facilement. Une structure qui fait face à un turn over de personnels". L'idée n'a visiblement pas trouvé écho chez les élus de la commune. 


Au salon Confort, c'est le défilé des clients ce matin-là. Pas un instant de relâche. Certains passent la porte, prennent rendez-vous, saluent le patron et repartent aussi sec... Pas de chichis et surtout de la bonne humeur. Ce commerce de proximité, c'est un peu une institution de ce côté de la presqu'île. On y croise souvent le personnel des magasins de luxe du fameux carré d'or pour un brushing rapide... 
Certains viennent en couple. C'est aussi la place des mamans. Aujourd'hui, ce n'est pas le jour des enfants mais Sonia, jeune enseignante qui a grandi dans le 2e arrondissement, a profité des congés scolaires pour venir avec son petit garçon. Le client, c'est bien le jeune garçon tout sourire... un habitué en culotte courte qui devra se passer du coup de ciseaux expert de Laurence aujourd'hui. Il se verra confier aux bons soins de Perrine. Sa maman ne le quitte pas des yeux. La jeune femme habite aujourd'hui Villeurbanne. Pour les élections municipales, elle ne coupe pas les cheveux en quatre: elle n'ira tout simplement pas voter... faute aussi d'avoir fait les démarches nécessaires auprès de la mairie. 

Et nous, à quelques jours du premier tour des municipales, on s'est fait une promesse que l'on tiendra assurément... on reviendra à la rencontre des fidèles du Salon Confort ! Salon Confort 
7 rue Confort, 69002 Lyon
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