Les musée des Beaux-Arts de Lyon se pare d'un “Drapé” pour l'hiver

L'exposition temporaire "Drapé" se tient jusqu'au 8 mars 2020 au musée des Beaux-Arts de Lyon / © P. DUBUIS/MAXPPP
L'exposition temporaire "Drapé" se tient jusqu'au 8 mars 2020 au musée des Beaux-Arts de Lyon / © P. DUBUIS/MAXPPP

Dessins de Michel-Ange, Dürer, Degas ou Rodin mais aussi sanguine de Picasso ou photos de Man Ray... De tout temps, les artistes ont été fascinés par le "Drapé", au coeur d'une foisonnante exposition au musée des Beaux-Arts de Lyon, jusqu'au 8 mars.

Par Arnaud Jacques avec AFP

Le musée des Beaux-Arts de Lyon accueille une exposition unique sur le "Drapé" jusqu'au 8 mars 2020/
 

Une exposition inédite


Jamais "il n'y a eu d'exposition de cette ampleur consacrée au drapé", se félicite Sylvie Ramond, la directrice du musée. "Si les mots «drapé» et «draperie» font partie du vocabulaire des arts depuis la Renaissance, les figures drapées, en mouvement ou statiques, concernent toutes les époques, toutes les civilisations" depuis l'Antiquité, relève Éric Pagliano, co-commissaire de l'exposition avec Mme Ramond. 
"Il a fallu trouver un fil rouge qui ne soit pas chronologique. Nous avons pris le parti d'un axe qui est celui des processus de création", explique encore ce spécialiste du dessin. 
C'est pourquoi de remarquables études préparatoires à des chefs-d'oeuvre de la peinture ou de la sculpture tiennent une large place dans l'exposition qui fait pénétrer le public au coeur des ateliers.
On peut notamment voir comment les drapés sont étudiés par les artistes d'après des mannequins articulés, simulant un homme ou une femme, des modèles vivants ou les deux à la fois. 
Ainsi, les visiteurs auront le privilège d'admirer la remarquable étude prêtée par le British Museum d'une figure assise, d'après mannequin, de Michel-Ange pour la "sibylle d'Erythrée", destinée à la Chapelle Sixtine, au Vatican.
Ou encore celle d'une composition représentant Eliézer et Rébecca de Nicolas Poussin pour laquelle le peintre se servait de petites figurines en cire qu'il habillait, formant les draperies avec la pointe d'un petit bâton, selon des témoignages de l'époque.  
 
© P. DUBUIS/MAXPPP
© P. DUBUIS/MAXPPP
 

Du nu au drapé


"Les artistes étudient le nu avant d'étudier le drapé (...), les juxtaposent ou les confrontent sur des supports différents", souligne Éric Pagliano.
En témoignent des études de nus d'Auguste Rodin ainsi qu'un magnifique "Torse de l'Age d'airain drapé" en plâtre. Pour ce dernier, les spécialistes suggèrent que le sculpteur, saisi par la beauté du visage encadré de tissu, avait souhaité figer dans une matière solide les linges qui recouvraient les sculptures en cours d'exécution pour les protéger de la poussière.
Figurent aussi, parmi d'autres trésors, une dizaine d'études pour "Salomé dansant devant Hérode" du peintre symboliste Gustave Moreau ainsi que près d'une quinzaine de somptueuses études de nus et de drapés de Jean Auguste Dominique Ingres pour "L'Illiade" et "L'Odyssée".
Une grande étude à la sanguine de Pablo Picasso pour "Trois femmes à la fontaine" dévoile aussi comment il étudiait en premier lieu le corps nu, avant de le draper dans des plis cannelés puisés dans la statuaire antique.
Les artistes se concentrent parfois sur un détail de drapé, comme ce "Pan de draperie" tout en finesse d'Albrecht Dürer, qui fait partie des collections du musée des Beaux-Arts de Lyon. Ou cette monumentale "Porte de Déméter" d'Ernest Pignon-Ernest, figurant un corps drapé fragmenté, qui fait partie de dessins préparatoires aux oeuvres in-situ de l'artiste à Naples entre 1988 et 1995.
Graphisme et poésie des voiles qui s'enroulent, s'envolent ou enveloppent, les corps drapés en mouvement ne pouvaient qu'inspirer les chorégraphes. L'exposition présente des vidéos de spectacles de Mourad Merzouki ou Loïe Fuller grâce à la plateforme Numéridanse de la Maison de la Danse de Lyon.
Aux côtés de clichés de Man Ray ou d'une série de clichés de femmes drapées prises en 1918-1919 au Maroc par un psychiatre-ethnologue français, le public découvrira aussi les photographies saisissantes de Mathieu Pernot baptisées "Les Migrants" (deux corps entièrement drapés allongés sur un banc), ou de Zineb Sedira "Autoportraits ou la Vierge Marie", un triptyque fantomatique.   

 
© P. DUBUIS/MAXPPP
© P. DUBUIS/MAXPPP

Sur le même sujet

Les + Lus