Ordre d'expulsion : nouvelle menace sur la distribution de la presse nationale dans la Métropole de Lyon

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Écrit par Aude Henry

Le tribunal judicaire de Lyon a validé le 9 février 2021 l'expulsion des anciens de la SAD de Vénissieux. Les ouvriers du livre peuvent être délogés le 10 mars, alors qu'ils sont toujours à la recherche de locaux pour poursuivre la distribution de la presse, par le biais d'une société coopérative.

La distribution de la presse nationale sur la Métropole de Lyon et le Pays viennois va-t-elle de nouveau s'arrêter pour une question de locaux ? La question est posée depuis la décision du tribunal judiciaire de Lyon du 9 février 2021. Les ouvriers de l'ancienne SAD, filiale de Presstalis, sont expulsables des locaux de Vénissieux où ils continuaient de travailler, en attendant la concrétisation de leur projet de reprise via une Société Coopérative d'Intérêt Collectif.

Expulsion : arrêt de la distribution

La quarantaine de salariés de l'ex-Sad, et le syndicat CGT qui les soutient, étaient bien conscients qu'ils auraient à quitter les locaux de Vénissieux. Depuis plusieurs mois déjà, le propriétaire a fait part de son souhait de les récupérer. Des délais avaient été accordés, les loyers payés, mais cette fois-ci, le couperet est tombé : il va falloir quitter les lieux au 10 mars prochain. Faute de nouvel espace pour leur matériel de préparation à l'acheminement, la distribution de la presse dans la Métropole de Lyon sera forcément arrêtée.

"Le délai est trop court" indique l'Union départementale CGT 69 dans un communiqué de presse. Jérôme Bation explique qu'un projet de création d'une Société Coopérative d'Intérêt Collectif est en bonne voie, mais que la recherche de locaux pour assurer le transfert d'activité est toujours en cours. "Un projet sur Saint-Priest vient d'avorter au dernier moment, et nous avons interpellé par courrier le Préfet et les présidents de la Métropole de Lyon et de la Région pour qu'ils nous donnent un coup de main pour trouver".

Selon Jérôme Bation de la CGT 69, ces courriers datés du 27 janvier sont restés sans réponse. Alors même que certains ont pourtant validé leur soutien, voire même, leur entrée au capital de la future SCIC comme la Métropole de Lyon.

"Ce serait dommage de buter sur un problème de locaux"

Depuis la liquidation du groupe Presstalis et de sa filiale régionale, une régie provisoire a été créée pour assurer la transition, et permettre la distribution de la presse nationale jusqu'aux marchands de journaux. Comme à Marseille, l'idée d'une Société Coopérative d'Intérêt Collectif a donc fait son chemin. Le capital de cette SCIC est ouvert aux salariés, pouvoirs publics et usagers. Une quarantaine d'ouvriers du livre prévoit de détenir 50% des parts, tandis que la Métropole de Lyon, la ville de Vénissieux et autres communes ont également donné leur accord.

Mais tout cela risque de capoter si le préfet ordonne le 10 mars l'expulsion "manu militari". Pour Jérôme Bation, "tout est entre les mains de la Préfecture". Pour le syndicat et les salariés, un nouveau délai doit être envisagé, "le coût du loyer, même majoré d'une amende, peut encore être supporté quelques jours, quelques semaines". Et surtout, il faut éviter de perdre le matériel et l'outil de travail.

Dans les locaux de Vénissieux, il y a du matériel informatique, et surtout une imposante et coûteuse machine qui permet de mettre en liasse journaux et magazines. S'il y a expulsion, sans autre endroit pour transférer le matériel et que celui-ci est perdu, "il y aura menace sur l'équilibre financier et le projet de SCIC".

Marseille montre l'exemple

"Le plus gros est fait, ce serait dommage de buter sur une problématique de locaux", résume Jérôme Bation. Surtout que le même projet a pris vie à Marseille. Dans les Bouches-du-Rhône, les anciens de la SAD ont eux-aussi monté une Société Coopérative d'Intérêt Collectif. Le 14 janvier 2021, ils annonçaient avoir signé le bail de leurs locaux, et l'activité a officiellement démarré ce 15 février.

A Lyon, les ouvriers du livre veulent continuer à y croire. En appellent donc aux autorités, en rappelant que la distribution de la presse relève de l'intérêt général.