Patrimoine du Grand Lyon : la nécessaire et périlleuse reconstruction du pont de l'île Barbe prévue en 2025

Vétuste, dangereux, il est sans doute le pont le plus surveillé par les services techniques du Grand Lyon. Historique et patrimonial, le pont de l'île Barbe, près de Lyon est aussi très protégé. Les riverains s'intéressent particulièrement à son avenir. Il va être entièrement reconstruit.

© JC Adde

Plus d'une centaine de participants à la réunion d'information organisée par la Métropole de Lyon autour de l'avenir du pont de l'île Barbe. Parmi eux, autour du vice-président du Grand Lyon en charge des mobilités Fabien Bagnon, le maire LR de Caluire-et-Cuire Philippe Cochet, l'adjoint au maire de Lyon aux transports Valentin Lugenstrass, et la maire du 9ème arrondissement de Lyon Anne Braibant. Et surtout, des dizaines d'habitants, riverains et usagers de ce pont historique, né en 1828, et plusieurs fois réparé. 

"C'est le plus ancien pont suspendu de Lyon" rappelle d'emblée l'élu. Une occasion de rappeler l'importante surveillance des ponts existants dans la métropole de Lyon. Et de lier les décisions concernant l'avenir de cet ouvrage historique à l'actualité récente. Quelques jours auparavant, un poids-lourd de 33 tonnes a emprunté, malgré les interdictions, le pont de Couzon-au-Mont-d'Or, limité à 3,5 tonnes.

Cette initiative a endommagé durablement la structure de ce pont et contraint les services à sa fermeture brutale à tous les véhicules. "Les premières expertises ont montré que la circulation des piétons et des vélos pouvait être rétablie sans risque. En revanche, le risque est à ce jour trop élevé de le rouvrir aux automobiles". Pas question de risquer un drame comme l'effondrement du pont de Mirepoix en 2019.

21 millions d'euros pour sécuriser 5 ponts d'ici à 2027

La politique n'est jamais loin. Le vice-président écologiste n'a pas hésité à tacler la précédente majorité. "Lors de notre prise de fonction en juillet 2020, nous avons découvert que plusieurs ponts du Grand Lyon avait fait l'objet d'études pour des constructions neuves, mais très peu pour la maintenance ou la reconstruction de ponts existants."

Les élus métroplitains ont donc voté en janvier 2021, dans le cadre du plan d'investissement, un budget permettant de financer une maintenance pour anticiper les fermetures brutales. Dans le Val de Saône, le mandat prévoit d'intervenir sur le pont Bocuse à Collonge-aux-Monts-d'or en 2022, sur le pont Bonaparte à Lyon la même année, sur le pont de Neuville en 2025, sur le pont de Couzon fin 2026, et enfin le pont de l'île Barbe, dont la fin des travaux est envisagée en 2027. "Pas moins de 21 millions d'euros seront consacrés à la sécurisation de ces cinq ponts", précise Fabien Bagnon. 

Moins de cinq mètres de large

Le pont de l'île Barbe, long de 205 mètres, enjambe la Saône entre Lyon 9 et Caluire, à équidistance (2,5km) entre les ponts Bocuse et Schuman. Construit entre 1828 et 1830, il est de type "briquet", suspendu à deux travées, raccordées à une pile centrale. Comme de nombreux autres ouvrages, ce pont avait été abimé lors de la seconde guerre mondiale. Et il a donc été reconstruit entre 1946 et 1949.

"Cela s'est fait relativement vite, ce qui pose aujourd'hui de nombreux problèmes pour sa maintenance" explique Bérengère Pisier, responsable du service ouvrages d'art de la Métropole de Lyon. L'ensemble du tablier est soutenu par des câbles de métal. 

© JC Adde

Le pont de l'île Barbe mesure seulement 5,40 m de large, sans trottoir protégé. "A l'époque de sa construction, l'usage était différent. Le passage ne peut se faire qu'au milieu sur une largeur maximale de 4,70 mètres, ce qui n'est plus en accord avec le développement du trafic" précise Bérangère Pisier "Il n'a pas été conçu pour des charges lourdes et se limite à 3,5 tonnes maximum". 

Un pont "à bout de souffle"

Mais le plus préoccupant, c'est surtout son mauvais état de santé. "Depuis les années 80, l'ensemble des ponts suspendus en France ont été vérifiés. On s'est rendu compte que certains avaient des aciers fragiles. Lorsqu'il fait un froid intense, cet acier peut rompre de lui-même. C'est le cas du pont de l'île Barbe, qui est particulièrement surveillé". On note également des ruptures de fil au sein de ces câbles, sans oublier la corrosion qui touche fortement des pièces placées sous le pont, exposées au vent et à l'humidité.

© JC Adde

Depuis 2010, l'ouvrage est placé sous haute-surveillance, avec des examens quasi-quotidiens en hiver, réalisés par un bureau d'étude. Une inspection détaillée est réalisée tous les 3 ans. "La dernière inspection révéle l'état de classification le plus détérioré au niveau national". Les travaux de réparation sont donc urgents, car l'ouvrage est littéralement à bout de souffle. "La seule solution possible est la reconstruction de ce pont" conclut-elle.

Un ouvrage très protégé par les Architectes des Bâtiments de France

Pas si simple. Reconstruire un tel ouvrage est un véritable défi, particulièrement contraint par les Architectes des Bâtiments de France (ABF), qui confèrent au pont de l'île Barbe une grande valeur patrimoniale, après avoir étudié et collecté des documents sur son passé et son existence. Selon ces études, même son allure dans le paysage constitue une valeur paysagère historique qui doit être préservée.

"On va devoir démonter l'ouvrage pour essayer de garder un maximum d'éléments d'origine", explique la spécialiste. "Notamment la pile centrale qui est en maçonnerie, et qui est certainement l'élément le plus ancien de l'ouvrage. Peut-être que l'on nous demandera de récupérer, pièce par pièce, les éléments métalliques, que l'on enverrait en usine pour les réparer. Ensuite il va falloir remonter l'ensemble du tablier." résume la responsable du service des ouvrages d'art au Grand Lyon.

Une circulation interdite depuis novembre 2020

Reste la question qui inquiète tout autant les riverains et potentiels usagers : qui pourra à nouveau circuler sur le pont de l'île Barbe et quand ? En 2020, le trafic avait été estimé à 4600 véhicules par jour, essentiellement local. Aujourd'hui, sa dangerosité lui vaut une limitation de circulation.

© JC Adde

La travée rive gauche est fermée à la circulation générale. Cela a permis de créer une voie verte d’une largeur confortable. Sur la travée rive droite, le double sens de circulation est conservé pour permettre les entrées/sorties des riverains sur l’île. Une zone de rencontre est mise en oeuvre. Ces dispositions vont durer probablement jusqu'à la fin des travaux, qui doivent débuter à la mi-2025 pour s'achever, selon le planning prévu... fin 2027.

Quelle circulation après les travaux ?

Désormais, comme c’est d’ailleurs le cas depuis novembre dernier, seuls les cyclistes et les piétons pourront donc continuer d’emprunter le pont. Pour les usagers et riverains, des panneaux d’information et de déviation sont en place.

Conséquence directe : la liaison inter-quartiers existante entre l’ouest et l’est du secteur (St Rambert, Monts d’Or, Caluire, Lyon 4ème) doit se réaliser par le pont Bocuse ou le pont Schuman. Ce qui ne ravit pas vraiment les usagers concernés. Le maire LR de Caluire-et-Cuire, Philippe Cochet, a insisté sur le souhait que leur situation ne sera pas oubliée après la fin des travaux.

durée de la vidéo: 00 min 17
Fabien Bagnon Vice président Grand Lyon en charge des mobilités

De son côté, la Métropole n'a pas officiellement tranché sur l'utilisation future de l'ouvrage, ouverte ou non aux véhicules motorisés. "Il faudra probablement reconsidérer son usage" prévient toutefois Fabien Bagnon, vice-président du Grand Lyon en charge des mobilités. Il annonce que ces décisions seront prise ultérieurement, après concertation publique.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
transports économie